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Politique Publié Le 27/12/2016 à 16h15

Hamid Chabat, Mauritanie et prochain gouvernement : Décryptage de Mustapha Sehimi [Interview]

Beaucoup d’encre a coulé depuis les déclarations tenues samedi dernier par Hamid Chabat, secrétaire général du parti de l’Istiqlal, sur la «marocanité de la Mauritanie». Après que la formation politique marocaine et d’autres partis mauritaniens se sont renvoyé la balle à coups de communiqués, celui du ministère des Affaires étrangères ainsi que le déplacement du chef du gouvernement désigné à Nouakchott mercredi changent la donne. Le politologue Mustapha Sehimi décrypte pour Yabiladi la récente polémique, notamment ses répercussions sur les relations maroco-mauritaniennes et sur le très attendu gouvernement Benkirane III.

Abdelilah Benkirane, secrétaire général du PJD et Aziz Akhannouch, à la tête du RNI. / DR

Que pensez-vous du récent communiqué de presse du ministère des Affaires étrangères et de la coopération, d’autant que certains affirment que ce département n’est pas habilité à répondre aux sorties médiatiques des leaders de partis politiques ?

Il fallait bien une mise au point officielle pour prendre ses distances avec les déclarations du secrétaire général du parti de l’Istiqlal et il faut se féliciter de la rapidité de cette réaction. Le Maroc ne saurait être engagé par des déclarations d’un chef de parti qui, de mon point de vue, porte atteinte aux intérêts supérieurs de la diplomatie du royaume.

Je ne suis pas d’accord avec cette lecture parce que c’est le rôle du ministère des Affaires étrangères de rappeler et de recadrer les prises de positions des uns et des autres, des partis et même des individus soumis à un statut particulier. Dans ce cas, c’est un parti important de la vie nationale, un parti qui a des responsabilités. L’un de ses responsables, Mohamed Boucetta, a été ministre des Affaires étrangères de 1977 à 1979. C’est une formation associée pleinement à la vie politique et diplomatique. Le ministère était donc tenu de faire une mise au point.

Cette polémique est-elle à l’origine de la visite du chef du gouvernement désigné, Abdelilah Benkirane, en Mauritanie ce mercredi ?

Bien sûr. Il fallait réagir officiellement par la voie du ministère des Affaires étrangères et de la coopération, dont c’est la tâche, évidemment sur instruction royale. Il fallait aller plus loin et monter d’un cran en mandatant le chef du gouvernement désigné à Nouakchott ce mercredi auprès des autorités mauritaniennes pour expliquer clairement que la position du Maroc à l’égard de la Mauritanie n’a pas changé : la recherche de la coopération normalisée entre les deux pays. Je pense que ce message sera bien compris par les autorités mauritaniennes. Il y a une réactivité au plus haut niveau. Je crois qu’il est important que le roi ait décidé d’envoyer Abdelilah Benkirane pour réaffirmer les positions de principe du Maroc à l’égard de la Mauritanie.

Finalement il y a une réelle volonté de consolider les relations bilatérales entre le Maroc et son voisin du Sud…

Le Maroc souhaite effectivement consolider ses relations avec la Mauritanie, comme vous le dites. Il y a certes un certain nombre de problèmes dans ces relations bilatérales ; c’est bien connu. Mais il y a aussi cette volonté de normaliser les relations avec ce pays et d’évacuer toutes les nuisances partisanes ou autres, susceptibles de compliquer des relations qui ne sont déjà pas simples.

Hamid Chabat a déclaré que ses propos ont été sortis de leur contexte. Pensez-vous que sa déclaration initiale était innocente ou envoyait-elle déjà des messages à l’intérieur comme à l’extérieur du Maroc ?

Ce n’est pas la première fois que Hamid Chabat se distingue par des sorties de ce type. Je vous rappelle qu’il avait déjà pris position de manière très sévère à l’égard de l’Algérie en rappelant les titres de propriétés d’une partie du Sahara oriental. Ses propos avaient également été recadrés. Il prétend désormais que ses déclarations ont été sorties de leur contexte ; c’est évidemment la seule explication qu’il peut donner. Mais cette fois-ci, il a fait référence à un dossier réglé depuis 1960, soit depuis la proclamation de l’indépendance de la Mauritanie et en particulier depuis 1969, date à laquelle le royaume a reconnu officiellement l’indépendance de ce pays.

D’autre part, le moment était très mal choisi puisque nous entretenons des relations déjà compliquées avec la Mauritanie du fait de ce qui se passe actuellement dans la zone de Guerguerate et de ce qu’on pourrait appeler la «neutralité passive», sinon l’implication, d’une manière ou d’une autre, des autorités mauritaniennes dans ce dossier. De plus, le Maroc a effectué une demande pour une réadmission au sein de l’Union africaine. Ce dossier doit être bouclé d’ici à la fin du mois de janvier à Addis-Abeba. C’est un argument qui va être repris par les adversaires du Maroc, comme pour dire «vous voyez bien qu’on ne peut pas admettre dans l’UA un pays dont l’une des composantes soutient des thèses de cette nature portant atteinte au principe de l’intangibilité des frontières». Cette polémique tombe donc au plus mauvais moment et va peser dans la balance. On n’avait pas besoin d’une affaire comme ça au moment où on essaie de montrer que le Maroc joue un rôle pacificateur qui va donner une valeur ajoutée à l’UA.

Cette polémique aura-t-elle des répercussions sur la formation du prochain gouvernement ?

Oui, bien évidemment. Il est difficilement concevable en l’état de voir ce parti en être l'une des composantes, dans les prochains jours ou en tout cas dans les plus brefs délais. Cela signifierait qu’on a passé l’éponge et que la situation est normalisée. Or, ce n’est pas le cas. La participation du Parti de l’Istiqlal au sein de la future majorité va être plombée. Le RNI (Rassemblement national des indépendants, ndlr) va trouver là un motif justifiant et légitimant son véto à la participation de l’Istiqlal, en disant «vous voyez bien que le secrétaire général de ce parti n’est pas maîtrisable». Cela va aussi régler le problème d’Abdelilah Benkirane puisqu’il aura un élément de justification pour dire «je ne peux pas mettre dans mon gouvernement un parti dirigé par un leader qui provoque des débordements de cette nature». Cela le délie de sa parole donnée à ce parti et le met à l’aise pour ne pas le prendre en compte dans la future majorité.

Des répercussions sont aussi à prévoir lors du congrès national du Parti de l’Istiqlal, prévu en mars 2017. Le statut de Hamid Chabat sera certainement discuté, lui qui postule pour un deuxième mandat. Je pense qu’il va y avoir une réflexion sérieuse sur le profil de ce leader pénalisant pour la formation politique qui a une vocation gouvernementale et qui était sur le point d’intégrer le prochain gouvernement.

Cette polémique n’est finalement pas fortuite…

Mais elle n’a été provoquée ni par (Aziz) Akhannouch, ni par (Abdelilah) Benkirane. Elle est venue du fait des déclarations de Hamid Chabat. C’est ce dernier qui s’est mis dans ce «pétrin», c’est pourquoi il est difficilement envisageable que ce parti dirigé par ce même monsieur soit présent dans le futur cabinet.

7 commentaires
moha73100
Date : le 28 décembre 2016 à 19h45
Apparemment la visite de benkirane c'est mal passé. J'avais raison, faut avoir de la merde dans les yeux pour pas voir se qu'il se passe au Sahara, la force est l'unique solution, sa fait 40 ans que le Maroc privilégie la solution pacifique sa suffit!! Ps: la vérité n'est pas bonne à dire, mais je dirais toujours la vérité quitte à froisser certains.
Belahcen
Date : le 28 décembre 2016 à 13h48
Aujourd hui il y a des brebis du haut atlas qui paturent aux confins du Sahara dans l ignorance magistrale des frontières politiques. Je crois fermement qu' a y regarder de près , de tels pâturages survivent depuis la nuit des temps tout le long d un ruban allant jusqu en Tunisie.Alors une brebis noyau dur de l unité et porte drapeau du Maghreb tant chanté ? Nonobstant le symbole bizarrement accolé à cet animal, pour ma part je n y vois aucun inconvénient. Cela pendant que des lièvres internautes, de part et d autres de ces frontieres, se prelassent et se chamaillent en regardant avec l illusion de s y comparer, tantôt vers le nord, tantôt vers le sud. Toute comparaison par rapport an nord étant hélas bouclée depuis l aube de la renaissance, reste notre rapport au Sud, aux immenses terres riches africaines. Oui belles et riches! Avec des gens humbles et brillants par leur culture et leur sagesse que nos cyber lievres au Nord croient être des tortues....mais la fin de la fable nous la connaissons tous..
moha73100
Date : le 27 décembre 2016 à 20h10
Je manipule pas un mongolien, c'est trop fatiguant. Va baisser ton pantalon bouffon!!! Les américains, la France etc... protège leur intérêt en faisant la guerre à d'autres pays ( Afghanistan,Irak, Syrie,etc) ils défendent pas leurs territoires, mais leurs intérêts. Tu comprend toi moi. béni oui oui. Si les mourabitoune pensaient comme toi, il n'aurait jamais pris l'Espagne. Debile !!
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