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Politique Publié

Moustapha Salma : « Le chef du Polisario, Brahim Ghali, n'a pas visité la ville de Lagouira »

Alors que l'impasse sur le dossier du Sahara se poursuit face aux instances de l’Organisation des Nations Unies, le Maroc a récemment renforcé sa diplomatie sur le continent africain, après avoir déposé une demande formelle pour récupérer son fauteuil au sein de l'Union africaine. Le roi Mohammed VI a même rendu visite à certains pays africains très favorables au Front Polisario. L'ancien responsable au sein du Front Polisario, Moustapha Salma Ould Sidi Mouloud, donne son avis sur les actualités que connaît ce dossier. Interview.

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Moustapha Salma Ould Sidi Mouloud : « Le chef du Polisario, Brahim Ghali, n'a pas visité la ville de Lagouira ». / DR

On parle depuis peu d’une crise dans la zone de Guerguerat. Pensez-vous que celle-ci sera bientôt résolue ? Pourquoi le chef du Polisario a-t-il récemment choisi de se rendre à Lagouira ?

La situation dans la zone de Guerguerat est assez dangereuse et ne doit pas se poursuivre. Étant donné que la distance entre les deux camps ne dépasse pas les 120 mètres, une solution doit être trouvée. 

Au sujet du chef du Polisario, ce dernier n'a pas visité la ville de Lagouira, dont l'accès est sous contrôle de la Mauritanie, mais est parvenu jusqu'aux rives de l'Atlantique, situées à environ 40 kilomètres au nord de cette ville (ndlr : côté mauritanien). Nous savons que le chef du Polisario a décidé de visiter les secteurs militaires du front brusquement après l’annonce de son incapacité à se rendre en Espagne pour assister à une conférence de la coordination des amis du Front dans ce pays. La raison n’est autre que la procédure engagée contre lui. Son apparition sur les rives de l'Atlantique est donc destinée à couvrir ce scandale, en optant pour l’escalade et la provocation. Il s’agit aussi d’une rupture de la promotion interne du nouveau chef du Front.

Cela peut aussi être une menace implicite vis à vis de l'Espagne, puisque le pays ibérique est le voisin le plus proche de la zone du conflit. Le Polisario serait donc en train de montrer que ses membres peuvent avoir recours à l'escalade si Brahim Ghali devient persona non grata en Europe. Actuellement, le leader du Front n'a pas le droit de se rendre en Europe en raison de la recevabilité d’une plainte déposée contre sa personne par la justice espagnole.

Comment expliquez-vous le silence des autorités marocaines face au déplacement du chef du Polisario ?

Le Maroc a ignoré cette visite. Il s’agit, selon moi, de la bonne attitude à avoir. Le message que le Polisario voulait livrer à l’international signifiait que le Front fera appel à l’escalade si ses membres sont encerclés ou empêchés de voyager. Cette escalade ne sera médiatisée ou ressentie que si le Maroc la reconnaît. Mais le royaume a finalement préféré ne pas commenter cette visite.

Pensez-vous que le retour du Maroc au sein de l'Union africaine affaiblira la position du Polisario sur le continent africain ?

Absolument. La plus grande réalisation du Polisario est son appartenance à l'Union africaine, et l’UA est le seul organisme international qui reconnaît l'entité fondée par le Front.

Le retour du Maroc dans l'espace africain permettra de réduire la marge de manoeuvre du Polisario et de l'Algérie. Cela permettra aussi au royaume d’exposer son point de vue et de défendre ses intérêts dans un espace qui a été exclusivement utilisé pour nuire à ses intérêts.

Le royaume retrouvera ses amis et ses alliés africains à la tête des pays qui applaudissent son retour au sein de l'Union africaine. Il ne faut pas oublier également les efforts déployés par les autorités marocaines envers des pays qui soutiennent la thèse du Polisario afin que ces États retirent ou gèlent leur reconnaissance de la "RASD".

Pensez-vous que les visites royales effectuées dans des pays qui soutiennent le Polisario peuvent changer leur position ?

La diplomatie marocaine se retrouve aujourd’hui face à un cumul de mobilisation des Africains contre le Maroc qui a commencé il y a plus de trente ans. La bataille diplomatique avec l’Algérie dans les couloirs de l'Union africaine ne sera pas facile parce que cette dernière défend, elle aussi, ses propres intérêts.

Mais d’après ce que nous constatons, il semble qu'il y ait un progrès pour le Maroc au détriment de l'Algérie et du Polisario, puisque chaque nouvelle relation tissée entre le Maroc et un pays africain représente un progrès pour le royaume. D'autant que nous n'avons pas observé de progrès récemment dans le camp algérien au niveau africain.

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