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Transports Publié

Voiture « 100% marocaine et 100% électrique », retour sur un emballement médiatique

Imad Morchid, jeune ingénieur marocain de 25 ans, est au centre d’une polémique depuis la médiatisation de son projet. En cause, ses propos sur sa voiture «100% électrique» mais surtout «100% marocaine». Le véhicule est exposé depuis lundi dans la zone verte du village COP22 à Bab Ighli.

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Imad Morchid, ingénieur de 25 ans et concepteur de la voiture « 100% marocaine et 100% électrique », d'après lui. / DR

«C’est une voiture sportive et 100% électrique, pensée, développée et produite au Maroc. J’y ai consacré treize inventions, que j’ai brevetées à mon nom à l’international», racontait au micro de nos confrères de 2M l’ingénieur marocain Imad Morchid. Dans une autre déclaration accordée à Hespress, le jeune homme de 25 ans à la tête du cabinet Morchid Ingénierie affirmait que la voiture qu’il a créée est dotée d’une puissance de 650 chevaux et d’une autonomie, en conduite normale, capable de dépasser les 500 kilomètres. Des chiffres à couper le souffle, qui laissent très perplexes sur un modèle qui, si l’on en croit l’intéressé, écrasera les géants de la construction automobile.

Pas l’ombre d’un doute, naturellement, pour Imad Morchid. Ce dernier n’est pas peu fier de lister «une nouvelle boîte à vitesses, un nouveau système de suspension, un système d’absorption de chocs en cas de collision et beaucoup d’innovations qui permettent la cogénération et l’augmentation de l’autonomie».

«L’objectif est de commercialiser, produire et développer la marque au Maroc, même si c’est encore tôt pour parler de production», poursuit-il. «Rivaliser avec de grandes marques», c’est aussi l’autre objectif de son invention.

Mais sur les réseaux sociaux, tout le monde n’applaudit pas à l’unanimité ce talentueux et surtout très ambitieux ingénieur. Les internautes restent divisés depuis hier soir entre ceux qui se disent fiers qu’un ingénieur ait conçu et développé cette voiture électrique «made in Morocco», tandis que d’autres restent dubitatifs sur les informations qu’il avance.

Imad Morchid donne rendez-vous après la COP22

Nous avons donc décidé de prendre les questions les plus préoccupantes et les avons présentées à Imad Morchid, qui dit être au courant de ce que certains Marocains connectés pensent de lui.

«C’est une vraie voiture. C’est un pro’ (prototype, ndlr) roulant. Ce n’est pas une voiture commercialisable mais elle roule», affirme-t-il. «C’est un prototype avec un vrai moteur, un vrai châssis, une vraie carrosserie, de vrais sièges, une vraie boîte à vitesses et une vraie suspension, donc elle roule», s’empresse de détailler le jeune homme. «Les prototypes ne sont là que pour montrer la vision du constructeur.»

Cette voiture où tout est «vrai» roule-t-elle réellement ? L’ingénieur persiste et signe : «Après la COP, on fera une parade en ville pour montrer que la voiture que j’ai créée roule vraiment», répond-il à ceux qui mettent en cause son «innovation».

Quant à la marocanité de ce petit bijou qui attire les regards des visiteurs de la zone verte du village de Bab Ighli, Imad Morchid ne manque pas d’apporter quelques précisions :

«Pour une voiture, on parle de sa chaîne de valeur. Je ne vais pas traiter du caoutchouc pour fabriquer des pneus pour ma voiture afin qu’elle puisse être 100% marocaine. Ma chaîne de valeur ne s’intéresse pas aux pneus parce que je ne traite pas les matières premières.»

Les pneus, le cuir, les câbles et tout ce qui va avec ne sont donc que des matières premières pour Imad Morchid, c’est pourquoi elles ont été acquises auprès d’autres fournisseurs ou même importées.

Selon lui, des prototypes en 2 mois, «c’est très possible !»

Même si ces pièces là ne sont pas entièrement produites au Maroc, le patron de Morchid Ingénierie affirme que «la chaîne de valeur automobile est, elle, 100% marocaine». «C’est mon châssis que j’ai fabriqué moi-même, que j’ai conçu, que j’ai dessiné et que j’ai étudié, c’est ma carrosserie que j’ai étudiée, que j’ai dessinée, que j’ai fabriquée tout seul et c’est ma boîte à vitesse nouvelle invention. Je dispose d’ailleurs d’un brevet…». Puis, faisant le tour de son véhicule, il cite encore le système de suspension, les amortisseurs, l’habitat et mêmes les sièges.

Où a-t-il fabriqué tout ça ? Dans ses ateliers et ses machineries, répond Imad Morchid. «J’ai tout ce qu’il me faut pour faire ça ! Les gens sont en train de critiquer sans comprendre ce qui se passe derrière», dit-il. «Ils disent que je suis un menteur. Il faut qu’ils viennent voir ce qui se passe derrière pour comprendre».

L’ingénieur challenge même les internautes qui affirment qu’un prototype ne peut pas être réalisé par un seul ingénieur en cinq mois. «D’où est-ce qu’ils sortent cette information ? Je peux vous ramener une déclaration d’un grand constructeur qui affirme qu’il peut sortir un prototype en 2 mois», se défend-t-il, oubliant peut-être qu’il se compare avec des géants disposant d'un nombre conséquent d’ingénieurs parmi les plus compétents dans le monde.

Mais il n'en démord pas. Pour lui, ce qui prend plus de temps, ce sont «les chaînes de production, les crashs tests, l’homologation de circulation» souvent plus longues pour un prototype, donc «une pièce à l’unité».

Brevets : invention et innovation, deux mots qui font toute la différence

Il poursuit sa défense, reprochant aux internautes de «critiquer et commenter sans comprendre». Selon lui, les reportages tournés par 2M et Hespress abordent la réalisation du véhicule sans s’étaler sur les détails de son invention. «Si quelqu’un a des questions, qu’il vienne vers moi pour que je lui explique puisque c’est un domaine que je maîtrise», fait-il savoir.

Et d’ajouter : «Sur un prototype, je peux me permettre ce que je veux, même des trucs de folie, parce que je n’ai pas de limite budgétaire. Je peux mettre une autonomie de 1 200 km, cela ne me dérangera pas, mais avec des matériaux qui coûtent plus chers, je ne pourrai jamais passer à la commercialisation».

Au sujet des 650 chevaux, une puissance dépassant de loin celle de la plupart des voitures de Telsa, Imad Morchid avance qu’il s’agit d’«un couplage de plusieurs moteurs à plat et [que] les batteries peuvent durer jusqu’à 500 km en conduite normale».

Et sur la question des brevets, au nombre de 13 et qui sont majoritairement scellés, donc «maintenus dans le secret», Imad Morchid précise que ce sont des brevets d’invention et d’innovation, qui sont finalement la combinaison nouvelle de moyens connus.

Si on se laisserait volontiers charmer par sa force de persuasion, reste qu’en l’absence d’une fiche technique détaillée, des tests d'homologation ou au moins un test sur route, ses affirmations étonnantes incitent à la prudence. 

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