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Environnement Publié

Abdeladim Lhafi, coordinateur de la COP22 : « Accélérer la cadence et augmenter les volumes des interventions pour être à la hauteur des défis climatiques »

Les forêts sont au cœur des préoccupations dans le cadre de l’Agenda de l’Action lancé lors de la COP22. Après la journée thématique organisée hier, le Maroc a annoncé qu’il compte planter un million d’arbres ce samedi. Quels sont les objectifs de cette initiative ? Quelle est la problématique majeure ? Que fait le Maroc pour faire face aux changements climatiques ? Les réponses d’Abdeladim Lhafi, coordinateur de la COP22 et Haut-commissaire aux eaux et forêts et à la lutte contre la désertification (HCEFLCD).

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Abdeladim Lhafi, coordinateur de la COP22 et Haut-commissaire aux eaux et forêts et à la lutte contre la désertification (HCEFLCD). / Ph. MAP

Quels sont selon vous les indicateurs de la réussite de cette COP22 ?

Le premier indicateur se traduit par la réussite de la mise à disposition d’un site avec sa complexité et sa dimension pour les négociateurs. Je crois que cela a été un premier défi à relever, et je pense que tout se passe plutôt bien.

Le deuxième indicateur est le taux de participation. Nous sommes dans le top 3 des COP depuis leur existence en termes d’influence. On compte plus de 25 000 accréditations et la zone verte dépasse les 35 000 accréditations. C’est un chiffre important. Le troisième indicateur est le nombre de parties qui prend part à cet événement. Il y a aussi les pays qui sont dans la Convention-cadre des Nations unies pour les changements climatiques. Les 198 pays sont tous représentés.

Un quatrième indicateur est celui du contenu, c’est-à-dire l’état d’avancement des négociations. Je pense que les négociations se passent dans de bonnes conditions sur les quatre points que la présidence marocaine a définis comme étant essentiels, dont le financement, le transfert de technologies, l’adaptation et la formation des capacités. Les négociations continuent. Nous espérons qu’à la fin de cette COP, nous aurons des outputs à la hauteur de nos attentes.

Qu’en est-il de la place des forêts dans cette 22e conférence des Parties ?

Il y a une série de mesures sur lesquelles les négociateurs négocient et il y a les événements de la COP22 qui traitent de toutes les thématiques. La première journée de l’Agenda de l’Action a été consacrée aux forêts et, de façon générale, je crois que cela montre le point essentiel et le rôle central de la forêt comme puits de carbone. Nous savons que les océans et les forêts sont les principaux puits de carbone pour absorber les gaz à effets de serre (GES), notamment le CO2. Cela a été discuté pendant cette première journée qui avait pour but de montrer le rôle central du développement durable.

Quelle a été la problématique majeure au centre des débats lors de cette journée ?

Il y a des espaces forestiers et péri-forestiers directement liés aux revenus des populations. La forêt n’est pas uniquement un puits de carbone, c’est aussi un lieu de vie, un lieu de revenus et de développement durable. La problématique majeure, c’est de savoir comment faire pour que les prélèvements ou les revenus qu’on tire de la forêt ne compromettent pas sa pérennité. Il s’agit donc de faire du développement durable et prélever ce qu’il faut pour permettre à la forêt de se maintenir et de se renouveler. C’est au centre du débat global.

Le Maroc compte planter un million d’arbres ce samedi. Quels sont les objectifs de cette initiative ?

Elle rentre dans le domaine du symbolique pour montrer que le Maroc est déjà placé dans cette politique de reforestation. Nous implantons pratiquement entre 45 000 et 50 000 hectares par an. Cette journée constitue le lancement de la campagne. Pourquoi ? D’abord parce que nous avons voulu montrer cet effort et cet engagement majeur du Maroc dans le domaine de la préservation des ressources forestières. Nous voulions aussi associer l’ensemble des partenaires, la société civile et les citoyens dans cette campagne de plantation et non pas uniquement les forestiers ou les entreprises. Troisièmement, nous voulions que la plantation ne concerne pas seulement Marrakech qui abrite la COP22, mais que ce débat sur le changement climatique et les forêts puissent concerner la totalité des provinces du royaume. La quatrième symbolique était de planter les divers arbres, les diverses espèces autochtones forestières pour qu’elles soient toutes sur le même pied d’égalité selon les écosystèmes.

Le Maroc dispose-t-il aujourd’hui de ce qu’il faut pour faire face aux changements climatiques et à la désertification ?

L’actualisation du programme national de lutte contre la désertification a établi une nouvelle approche. On sait que l’intégration ou la gestion de cette problématique est une approche territoriale qui prend en compte les fragilités de chaque territoire, au nombre de huit écorégions ou éco-zones. Dans cette approche, chaque écorégion a un plan d’actions qui permet de tenir compte de plusieurs problématiques : l’eau, la dégradation des ressources en eau, l’érosion, la fixation des sols, la lutte contre l’ensablement…

Je crois que le Maroc a fait un progrès très important de telle sorte que certains programmes nationaux commencent à être exportés. Je cite le programme des bassins versants et la lutte contre les incendies de forêts, déjà exportés vers des pays comme l’Amérique latine. Le chemin est encore long puisque les défis climatiques sont majeurs. Ce sont des défis qui demandent des connaissances extrêmement approfondies en termes de fonctionnement et de dynamique des écosystèmes. Le Maroc travaille, il a des plans mais on doit encore accélérer la cadence et augmenter les volumes de nos interventions pour essayer d’être à la hauteur des défis auxquels nous faisons face aujourd’hui.

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