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Environnement Publié

Phytothérapie : Quand les plantes médicinales et aromatiques font parler la nature

La phytothérapie requiert une maîtrise parfaite des composés chimiques que les plantes médicinales et aromatiques renferment. Aujourd’hui tombée dans les reliques d’un savoir-faire ancestral, cette médecine fondée sur les principes actifs naturels tend à être remise au goût du jour. Détails.  

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Au Maroc, certains spécialistes dénombrent jusqu’à 400 plantes médicinales et aromatiques. / DR

Soulager ses ballonnements intestinaux à coups d’infusions à l’origan ? Ses migraines qui frappent la boîte crânienne comme un marteau à grand renfort de camomille ? Aux esprits cartésiens, l’idée doit sembler saugrenue. Aux autres, elle apparaît comme une alternative à la médecine conventionnelle occidentale. Prisée par les revues spécialisées, les ouvrages consacrés au bien-être et aux techniques de guérison dites «douces» qui pullulent sur les rayons des librairies et de leurs concurrentes d’enseignes grand public, la phytothérapie est devenue un phénomène bien rodé. Plus encore, certains ne jurent que par elle.

Bien sûr, personne n’ira jusqu’à prétendre que les plantes aromatiques et médicinales jouent dans la Cour des miracles. «Ce sont surtout pour des désagréments du quotidien, des maladies bénignes, explique Chaouki Al Faiz, directeur de recherche à l’Institut national de recherche agronomique. Des maux de tête, de ventre, des démangeaisons, des nausées… Evidemment, on ne va pas soigner un cancer avec.» On s’en doutait.

Dans quelle mesure peuvent-elles être une alternative à la médecine telle qu’on la pratique habituellement ? «Ça dépend de plusieurs facteurs, notamment de ce qu’on veut soigner et de comment on va le soigner. Quand on parle d’une espèce donnée, cela ne signifie pas que la plante contient le même ingrédient partout», poursuit Chaouki Al Faiz.

400 espèces au Maroc

Car le monde merveilleux du végétal répond lui aussi aux lois naturelles. «Il y a une grande variabilité chimique. Une plante récoltée dans telle région ne présentera pas les mêmes composés qu’une autre qui a été cultivée ailleurs, même s’il s’agit de la même. Après analyse, on se rend compte que deux espèces similaires n’ont pas le même profil chimique en fonction de l’endroit où elles sont produites. On peut trouver une vingtaine de composés chimiques au total. Lorsqu’ils sont majoritairement présents dans une plante, cette dernière possède alors une vertu qui lui est propre.»

A chaque vertu sa fleur ; à chaque fleur sa traçabilité. Certains composés chimiques, loin d’être inoffensifs, sont à proscrire aux enfants ou aux femmes enceintes. «D’où l’importance d’effectuer un suivi pointu sur toute la chaîne de valeur, de la production de la matière première jusqu’à sa commercialisation. La culture doit être parfaitement maîtrisée», insiste le chercheur. Au Maroc, les plantes médicinales et aromatiques se comptent par centaines. Certains spécialistes en dénombrent même jusqu’à 400, dont une centaine est commercialisée à grande échelle.

La bonne réputation de cette médecine traditionnelle, ainsi qu’elle est considérée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), doit beaucoup à l’interaction qui s’exerce entre l’espèce humaine et la nature. L’homme a appris à apprivoiser puis utiliser les plantes ; celles-ci le lui ont bien rendu. «Elles restent un moyen de traitement efficace car elles ont co-évolué avec nous. C’est pour ça qu’un même médicament ne peut pas convenir à tout le monde. Les plantes qu’on trouve en Amérique du Nord, par exemple, ne vont pas forcément correspondre à nos populations, et inversement», analyse le chercheur.

Un concept qui gagnerait à être modernisé

A chaque population sa plante ; à chaque plante son conseil. Sauf qu’au savoir-faire traditionnel - «aujourd’hui disparu» - perpétué de génération en génération, s’est substitué un «esprit de commerce, au détriment d’un esprit de guérisseur», déplore Chaouki Al Faiz. Celui-ci de remettre en cause les compétences affichées par certains professionnels : «On voit ressurgir des ‘pseudos-herboristes’ qui ne disposent pas d’une vraie formation et, par conséquent, ne sont pas habilités à donner les bons conseils».

Quand ce ne sont pas les amateurs qui lèsent la phytothérapie, ce sont les industries pharmaceutiques qui prennent volontiers le relais. Sur le tableau, c’est David contre Goliath ; un rapport de force même pas comparable. «Le problème, c’est qu’on n’a pas cherché à moderniser le concept d’herboriste. En Chine, ces boutiques sont comme des pharmacies. Les gens s’y rendent avec des ordonnances, c’est entré dans les habitudes. Au Maroc, il faut organiser ces secteurs, les réglementer, prévoir des sessions de formation. C’est seulement à partir de ce moment là que cette médecine aura sa place face à la médecine moderne.»

Pour aller plus loin

« La pharmacopée marocaine traditionnelle », du pharmacien et chercheur en ethnobotanique marocain Jamal Bellakhdar (Ibis Press, 1998), livre-référence sur la médecine traditionnelle communément utilisée aujourd’hui par les populations du royaume.

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