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Environnement Publié

Prévention des catastrophes naturelles : Le Maroc n’a toujours pas appris de ses leçons

Depuis 1990, l’Organisation des Nations Unies consacre le deuxième mercredi du mois d’octobre pour célébrer la Journée internationale de la prévention des catastrophes naturelles. Au Maroc, c’est l’occasion de rappeler des catastrophes naturelles qui ont marqué douloureusement l’histoire du pays, mais également de revenir sur la stratégie en matière de gestion des risques, encore inexistante au Royaume.

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L'état d'une route nationale dans la région d'Agadir après des inondations. / M. Terrier

Alors qu’il est l’un des pays les plus exposés aux risques naturels, à en croire l’étude sur la gestion des risques naturels au Maroc, réalisée par l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et présentée en mai dernier, le Maroc ne dispose toujours pas de stratégie nationale en matière de gestion des risques. Un constat formulé par plusieurs entités internationales mais aussi nationales à l’instar de la Cour des comptes. Célébrée le deuxième mercredi du mois d’octobre, la Journée internationale de la prévention des catastrophes naturelles est sans doute la date où il est utile de revenir sur l’absence de prévention.

Dans un rapport assez alarmant, la Cour des comptes avait indiqué en avril dernier que le Maroc ne dispose pas de « plateforme nationale opérationnelle pour initier les orientations politiques nécessaires en la matière et coordonner les activités des différents intervenants dans la gestion des risques». Il est important de souligner à cet égard que notre pays dispose de plusieurs plans sectoriels et d’une multitude d’intervenants s’agissant des catastrophes naturelles.

Ce qui ne va pas selon la Cour des comptes

Dans son rapport, la Cour des comptes cite, entre autres, le plan d’action national pour l’environnement, le plan national de lutte contre le changement climatique, la charte de l’aménagement du territoire, le plan national de lutte contre les inondations et le plan directeur pour la prévention et la lutte contre les incendies de forêts. Mais la Cour présidée par Driss jettou avait pointé du doigt l’absence d’un système d’information géographique couvrant tous les risques ainsi que la non exploitation de l’outil d’analyse probabiliste des risques de catastrophes naturelles «MnhPRA».

A en croire le même rapport, face à la multitude de textes juridiques qui traitent de questions en relation avec la gestion des catastrophes naturelles, le Maroc n’a toujours pas de loi-cadre portant sur la prévention et la gestion des risques. Il faut également savoir que plusieurs entités publiques s’occupent de la gestion des risques de catastrophes naturelles, à l’instar du centre de veille et de coordination (CVC) et la Direction générale de la protection civile, sous tutelle du ministère de l’Intérieur, des Forces armées royales, de la Gendarmerie royale et de plusieurs ministères. Des départements qui ne se coordonnent que très peu entre eux, ce qui met en péril les efforts déployés.

Et ce n’est pas tout. La Cour des comptes fustige également, dans son rapport, le volet relatif à la sensibilisation, à la formation et à l’éducation des citoyens, et juge que les mesures restent insuffisantes. Même le recours au volontariat des citoyens restent très peu envisagé par les autorités publiques, dont les ressources humaines et matérielles restent très en deçà à en croire le rapport.

La stratégie nationale attendra-t-elle un nouveau drame avant de voir le jour ?

Il faut également avouer que le Maroc est habitué aux drames. Son histoire est marquée par plusieurs séismes et inondations si on exclut les feux de forêts saisonniers suite auxquels plusieurs dizaines d'hectares chaque année sont ravagés par les incendies.

Même les plus jeunes des Marocains ont déjà entendu parler du séisme de 1960 qui a failli rayer de la carte la ville d’Agadir. Le 29 février, et en seulement une dizaine de secondes, le séisme de magnitude de 5,9 sur l’échelle de Richter est devenu le tremblement de terre le plus destructeur et surtout le plus meurtrier de l’histoire moderne du Maroc. Le bilan officieux fait état de 12 à 15 000 personnes décédées et environ 25 000 blessées. Avant cette tragédie, l’Oued Agay avait débordé sur la ville de Sefrou en tuant une centaine de personnes, alors qu’en 1963, c'est le fleuve de la Moulouyia qui avait emporté une partie du barrage Mohammed V faisant un nombre de victimes qui demeure jusqu’à nos jours, inconnu.

La mémoire retient également les inondations survenues en 1965 au niveau de la Valée du Ziz au sud du Maroc, où plusieurs dizaines de milliers d’habitants se sont retrouvés, du jour au lendemain, sans abri. En octobre 1992, Mère nature avait varié ses catastrophes. Deux séismes de magnitude 5,2, à une semaine d’intervalle, ont fait deux morts, plusieurs blessés et des dégâts dans la région de Rissani dans l'Anti-Atlas.

D’autres inondations, survenues en 1997 avaient causé d’importants dégâts matériels à El Jadida, Mohammedia, Kénitra, Tanger, Beni Mellal et même Casablanca. L’histoire retiendra également la date du 17 août 1995 et les 200 personnes avaient perdu la vie emportées par les crues dans la vallée de l’Ourika, à 30km de Marrakech ainsi que celle du 24 février 2004 et les 600 personnes ayant péri dans le séisme d’El Hoceima.

Le drame le plus récent est celui survenu le 23 novembre 2014, lors des inondations meurtrières qu’a connu la région du Sud-est du Maroc. Au moins 32 personnes avaient perdues la vie, six étaient portées disparues, notamment dans la région de Guelmim qui était la plus touchée. A quand l'anticipation et la prévention pour éviter un nouveau drame ?

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