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Maroc : Le danger des tatouages éphémères noirs à base de henné

Appréciés des plus jeunes, les tatouages éphémères au henné noir peuvent s’avérer être un poison pour la peau et la quête d’un dessin symbolique tatoué sur le corps peut se transformer en une cicatrice irréparable. Eczémas, urticaires et autres problèmes affectant la peau ont été signalés à maintes reprises après l’utilisation du henné noir.  Retour sur les cas de deux enfants survenus cet été sur une plage et les explications du docteur Fatima Zahra Mernissi, présidente de la Société marocaine de dermatologie.

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Affiche de l'Agence française de sécurité du médicament (ANSM) contre le henné noir. /ANSM
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Souvenirs de vacances pour certains, symboles de bonheurs pour d’autres, les tatouages au henné est une partie intégrante du patrimoine traditionnel marocain qui a même tendance à s’exporter vers l’étranger. Mais si plusieurs femmes marocaines préfèrent le henné traditionnel, le henné noir attire de plus en plus les adolescents et les enfants désirant exhiber leurs tatouages éphémères auprès de leurs amis. Mais ce genre de tatouage est souvent réalisé par des tatoueurs ambulants, souvent présents sur les plages marocaines, avec une incertitude sur la qualité des produits utilisés.

Les cas des complications dues à ces tatouages sont assez récurrents. Le plus récent témoignage nous est parvenu par le biais de Mariam Khalifa, maman de trois enfants qui se sont faits tatouer sur la plage de Taghazoute cet été. Leurs vacances se sont brusquement transformées en panique dermatologique.

«Le problème vient de moi, parce que je n’étais pas au courant que ce henné noir pouvait être dangereux pour mes enfants, sinon jamais je n'aurai accepté de faire le tatouage à mes enfants avec un produit qui est fiché en France comme poison », nous confie-t-elle avec regret ce vendredi. Le produit en question est la paraphénylènediamine (PPD), connu au Maroc sous son appellation courante «Dilio » (traduction phonétique de diluant).

Des cloques qui suintaient et qui s'infectent

Revenant sur son vécu, Mariam raconte que ses trois enfants, un garçon de 8 ans et deux filles de 6 et 3 ans se sont faits tatouer des motifs sur la plage située au nord de la ville d’Agadir. Près de 15 jours après, « des cloques qui suintaient puis se sont infectées » sont apparues sur les corps des deux aînés, selon la maman, qui ajoute que «le problème est que mes enfants n’ont pas eu de réactions tout de suite».

Notre source poursuit en indiquant que ses enfants n’«ont plus de cloques maintenant grâce aux traitements mais cela ressemble à une brulure en 3D, c’est-à-dire que si vous passez votre main pour caresser le tatouage vous sentez que ces cloques sont incrustées sur la peau ». Une amélioration due notamment à un traitement choc de 10 jours, composé de corticoïdes et antibiotiques pour les enfants, selon elle, mais «l’allergie à ce produit reste à vie».

«Si c’était une réaction sur le champ j’aurai porté plainte sur place et on serait parti chercher le tatoueur », nous affirme cette maman dont la benjamine a été heureusement épargnée. La mauvaise expérience a poussé la jeune maman à alerter autour d’elle du risque encouru avec ce poison utilisé comme ingrédient du henné noir pour qu'il dure plus longtemps. «Je n’étais pas du tout au courant des dangers de ce henné et j'ai donc mis un statut sur mon compte Facebook afin de prévenir les gens pour qu’ils ne le fassent pas à leurs enfants », nous explique-t-elle.

Mariam Khalifa indique également qu’« il y avait beaucoup de MRE autour de nous qui se faisaient tatouer et tatouaient leurs enfants». «Maintenant je pense à tous les touristes qui sont rentrés dans leur pays d’origine qui auront cette réaction allergique», conclut-elle sa déclaration.

Le paraphénylènediamine (ou PPD) serait à l’origine de nombreux problèmes allant de la simple irritation jusqu'aux cas les plus grave : le cancer. Au contact de la peau, cette amine aromatique dérivée de l’aniline et utilisée par les femmes dans un but cosmétique, peut être responsable principalement d’eczémas de contact. L’allergie à ce produit s’exprime aussi sous forme d’une urticaire.

Henné naturel, «Dilio» et absence de contrôle sanitaire

Selon le docteur Fatima Zahra Mernissi, présidente de la Société marocaine de dermatologie (SMD), «la paraphénylènediamine (PPD), connue au Maroc sous le nom de «Dilio», est un produit qui réagit avec le soleil et cela donne des eczémas très sévères avec des brulures et un risque de surinfection secondaire ». Elle précise que les gens utilisent ce produit pour que la couleur du henné «se fixe et apparait plus rapidement, mais malheureusement cela donne des complications».

Malgré les campagnes de sensibilisation de la SMD, «les gens ignorent les dangers de ce produit et nous enregistrons une absence de contrôle sanitaire rigoureux », affirme-t-elle. En effet, des campagnes de sensibilisation notamment sur les ondes des radios ont eu lieu à la veille de la Nuit sacrée du 27 Ramadan dernier, «puisque les filles, dans le rituel traditionnel marocain, mettent du henné durant cette nuit », poursuit notre interlocutrice.

Revenant sur les cas des tatoueurs ambulants, elle met en garde contre les arguments présentés par ces derniers. «Les gens à la plage et même si les mamans connaissent ces informations, posent des questions aux tatoueurs ambulants sur les produits utilisés. Ces derniers affirment de leur côté que ce ne sont que des produits naturels, ce qui s’avèrent faux dans plusieurs cas », argumente-t-elle en citant les cas qui se présentent devant les dermatologues suite à l'utilisation de ce «Dilio ». Même ceux n’ayant pas eu de réactions allergiques, «il faudrait s’orienter vers des médecins compétents parce que l’absence de symptômes ne veut pas dire que la personne est à l’abri».

Fatima Zahra Mernissi met aussi l’accent sur l’absence du contrôle sanitaire. «S’il y avait un contrôle de ne serait-ce qu’une ou deux fois durant lequel on récupère ce henné de ces tatoueurs et qu’on le teste pour détecter ce poison, on aurait pu éviter plusieurs cas », nous dit-elle. La présidente de la SMD ne manque pas d’inviter les personnes désirant se faire tatouer avec du henné à utiliser la plante naturelle qui «n’est pas toxique et qui est sans risque», en rappelant à tous à «rester vigilants ».

Les cinq conseils du docteur Leïla Benamar, dermatologue à Casablanca

Contactée ce vendredi pour plus de précisions sur les mesures à prendre en cas de réactions allergiques suite à l’utilisation du henné noir, le docteur Leïla Benamar nous livre ses conseils :
- Les personnes allergiques à la molécule PPD sont interdites à vie de faire appel à la teinture des cheveux avec du henné noir.
- Il ne faut pas mettre du henné noir parce que le risque d’allergie est très important. La première fois qu’une personne applique le henné noir, une réaction après quelques jours pourra se manifester, mais dès la deuxième application, la réaction pourra être plus explosive au bout de quelques heures d’application seulement.
- Il faut d’abord laver à l’eau froide et non pas chaude pour calmer les démangeaisons. L’eau chaude ne fera que déclencher des démangeaisons. Il faut rincer et essayer de retirer le tatouage.
- Il faut également mettre un bandage ou un écran et éviter l’exposition solaire à cause du risque d’hyperpigmentation.
- Il ne faut surtout pas attendre la fin des vacances pour aller consulter. L’idéal est d’aller immédiatement consulter un dermatologue pour calmer la réaction inflammatoire qui est un eczéma très aigu.

Article modifié le 26/08/2016 à 19h34

Tatouage noir
Auteur : nora kam
Date : le 28 août 2016 à 12h21
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