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Société Publié

Khadija Hamouchi, la Marocaine qui veut réunir la jeunesse arabe sur une plateforme éducative basée à la Silicon Valley

Réunir les jeunes du monde arabe sur un réseau social entièrement dédié à l’éducation, l’apprentissage en français, anglais et en arabe, ce dans tous les domaines. C’est ce que prépare la Belgo-marocaine Khadija Hamouchi via Sejaal, une plateforme qui reliera les quatre coins du globe depuis la Silicon Valley, en Californie.

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Eh oui ! C’est à la Silicon Valley, au milieu des géants des réseau sociaux comme Facebook, que Khadija Hamouchi va installer les bureaux de Sejaal, une plateforme qu’elle conçoit pour partager du contenu éducatif en français, anglais et arabe aux jeunes du monde arabe âgés de 18 à 30 ans. Le projet est tout aussi gigantesque, qu’atypique. Khadija en a conscience et elle s’est donnée les moyens de le réaliser.

Du sang nadori dans les veines

Née à Etterbeek (en région bruxelloise) il y a 26 ans de parents originaires de Nador, Khadija grandit à Molenbeek-Saint-Jean, où elle développe très vite une passion pour l’éducation. Petite, elle rêve de devenir enseignante et directrice d’école. Mais après des études de langues à l’Université Saint-Louis de Bruxelles, suivi d’un master «Education : Culture, Langue & Identité» à la Goldsmiths University of London, sa vision s’affine. «J'ai compris qu'il y avait d'autres possibilités et alternatives», confie-t-elle dans un entretien avec Yabiladi.

Et parmi ces «possibilités et alternatives», il y a Sejaal. Un projet grâce auquel Khadija est aujourd’hui entrepreneur social à temps plein. L’idée lui vient suite à deux évènements : un séjour en Egypte et un autre en Jordanie où elle découvre deux jeunesses au potentiel délaissé, remplies d’une «soif d'apprendre, qui ne baisse pas les bras face au manque d'opportunités et d'encouragement». Ayant fait de la justice sociale un de ses chevaux de bataille, Khadija commence alors à réfléchir au rôle qu’elle pourrait jouer.

Après la rencontre, la vision

C’est alors qu’émerge en elle une «vision puissante pour les populations», dit-elle, «où les jeunes prennent tellement conscience de leurs besoins qu’ils se chargent personnellement de leur avenir». Et la jeune femme ne baptise pas son projet au hasard : Sejaal signifie en arabe «conversation, dialogue, échange». «Il est temps que dans le monde arabe on discute de manière ‘meaningful’», argue la jeune femme.

Consciente des connaissances que la réalisation pérenne d’un tel projet nécessiterait, Khadija s’offre une formation diplômante en business, innovation et leadership à l’Université de Stanford. Elle est ensuite admise à la Do School à Berlin pour incuber son projet.

Primée parmi 6 000 par BMCE Bank of Africa

Khadija franchit un cap décisif pour la réalisation de son projet en novembre 2015 lorsqu’elle remporte - parmi 6 000 candidats de toute l’Afrique dont plus de 150 du Maroc - le prix africain de l’entrepreneuriat organisé par BMCE Bank of Africa. Une fierté pour la jeune femme qui avoue que la compétition a été rude. «J’ai dû défendre ma vision devant des venture-capitalistes», explique-t-elle, se disant également «fière parce que le pays que mon grand-père a dû quitter, il y a de nombreuses décennies, a su reconnaître une de ses descendantes».

Grâce à cette distinction, elle a reçu une bourse de 25 000 euros pour financer la conception du projet. Cette somme n’étant pas suffisante pour couvrir l’ensemble des charges de lancement, Khadija a lancé une campagne de crowdfunding pour récolter 12 000 euros. Cet argent servira à financer le trajet jusqu’à San Francisco ainsi que ses frais sur place.

En attendant de rassembler cette somme, Khadija prépare déjà son installation dans la métropole californienne, où elle s’établira dès septembre prochain grâce au programme Accelerator Parisoma. Seule femme sélectionnée, elle aura l’opportunité - pendant trois mois - d’achever une autre phase de planification des activités de Sejaal, ainsi que la construction d'un prototype.

Une valeur ajoutée pour les jeunes Marocains

Aujourd’hui, cette passionnée de « la jeunesse arabe et de culture arabe avec un grand C» veut faire de Sejaal «le premier réseau social du learning mondial en partant à la conquête du monde arabe puis de toute l’Afrique». Son rêve ? Voir 100 millions de jeunes Arabes connectés à sa plateforme.

Dès janvier 2017, Khadija démarrera la levée de fonds et espèrera que son projet sera un appui pour un maximum de jeunes au Maroc dont le système éducatif, selon elle, donne à réfléchir. «Je sais que le système marocain a eu ses défis. Il connaît encore plusieurs améliorations et plusieurs projets positifs en cours. Je me permets tout de même d’émettre mon inquiétude quant à la privatisation des écoles au Maroc. J’aimerais tout simplement souligner que ‘privation’ ne signifie pas forcément ‘qualité de l’éducation’», fait-elle remarquer. Elle estime que les efforts doivent être consentis par tous les acteurs de la société civile, y compris les parents afin de rectifier le tir et se met à la disposition des acteurs locaux pour d’éventuelles collaborations.

Sejaal pour les jeunes Marocains, Khadija le conçoit comme un «complément, une valeur ajoutée à coté de leur formation universitaire ou institutionnelle». Et de conclure : «Mon projet veut soutenir les talents, les potentiels, et les lumières qui font mon bonheur à chaque fois que je retourne au pays !»

Site de présentation de Sejaal Project

Article modifié le 12.08.2016 à 20h58

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