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Environnement Publié Le 05/08/2016 à 20h38

Certification des hammams : Une orientation non négociable en raison du caractère polluant du secteur, selon les ONG

Le Maroc va bientôt labéliser ses hammams. Le projet de certification qualité annoncé cette semaine a été préparé en étroite collaboration avec les associations de propriétaires de bains traditionnels et hammams pour qui, la mise à niveau du secteur est une urgence en raison de son caractère polluant. Explications.

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«Les hammams et bains traditionnels sont de grands émetteurs de CO2. Et nous sommes contents que les autorités prennent désormais en main un secteur polluant qui a été longtemps délaissé», déclare à Yabiladi Khadija Kadiri, vice-présidente de l’association des propriétaires et exploitants de hammams (APEH) et trésorière à la Fédération qui regroupe les 16 associations travaillant dans le domaine.

En effet, le ministère de l’Artisanat et de l'économie sociale et solidaire a révélé cette semaine son projet de labélisation des hammams et bains traditionnels. Le label certifiera la sécurité en milieu de travail, les installations d'hygiène et la consommation durable de l’eau et du bois des structures. 

Pour une généralisation de la certification

Dans le cadre d’une phase pilote, un «certificat de qualité» sera attribué à dix hammams dans chacune des cinq grandes villes du Royaume à savoir Fès, Marrakech, Casablanca, Rabat et Tanger. Deux types d’attestation seront ainsi créées : l’une pour les hammams d’une étoile et l’autre pour les deux étoiles proposant notamment les services d’un spa. Selon l’APEH qui a participé aux travaux ministériels, le but final est d’emmener tous les bains traditionnels à travers le pays à se conformer aux normes. «On est obligé de se mettre à niveau parce c’est un secteur polluant», déclare-t-elle.

Selon les données ministérielles, le Maroc compte environ 12 000 hammams. Mais d’après les ONG, ce nombre est « certainement» plus élevé. «Il y a un hammam dans chaque quartier au Maroc», souligne Mme Kadiri. Traditionnellement, ces maisons de bain fonctionnent avec des chaudières à bois et consomment en temps normal pas moins de 1 à 2 tonnes de bois par jour. Et c’est la combustion de cette matière qui favorise l’émission de CO2. Pour l’heure les chiffres exactes des émissions de gaz à effet de serre restent méconnus, mais des études seraient en cours selon les ONG qui estiment que «la consommation de bois à elle seule est un indicateur de l'ampleur de la situation».

Depuis quelques années toutefois, la pratique s’améliore. Les travaux de sensibilisation sur le réchauffement climatique et la promotion des énergies propres portent peu à peu leurs fruits. «C’est vrai qu’il y existe encore les hammams traditionnels qui utilisent des tonnes de bois, mais beaucoup ont pu diminuer les quantités», explique Mme Kadiri qui exploite un hammam à Rabat depuis 36 ans. «Moi par exemple, je suis arrivée à consommer 200 kg de bois environ par jour. Mais, j’ai dû installer le solaire notamment…», confie-t-elle.

Des critères réalistes, selon IMANOR

Comme elle, plusieurs autres propriétaires et exploitants de hammams à travers le Royaume ont pu diminuer leur consommation de bois, grâce, entre autres, à l’accompagnement de l’association EnSEn. Et ce, dans le cadre de son initiative de modernisation énergétique des hammams, lancée en partenariat avec le groupe français Énergies renouvelables, environnement et solidarité (GERES) et financée par le Fonds français pour l’environnement mondial (FFEM). Ce programme devrait bénéficier à une quarantaine de bains publics à travers le Maroc d’ici 2018.

Pour l’APEH,  de telles initiatives constituent un soubassement fort pour la «certification qualité» à venir. D’ailleurs à l‘institut Marocain de Normalisation (IMANOR), on estime le volet écologique très important, surtout en cette période de réchauffement climatique. Toutefois, «nous évitons les critères de qualité exhaustivement élevés et difficilement atteignables pour les opérateurs», explique à Yabiladi Mekki Kabbaj, responsable du département production de normes. Et d'ajouter : «Le Marocain attend une amélioration de la qualité des services et les institutions en sont conscientes. D’autant que le hammam au Maroc d'aujourd’hui n’est plus le hammam traditionnel d'autrefois, puisqu'il associe également la relaxation, le bien-être… A travers la labélisation, le secteur sera mieux contrôlé et le marché mieux segmenté».

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