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Interview

Réchauffement climatique : « Il n’y a plus de saison », confirme le directeur de la météo marocaine

Un automne relativement chaud et résolument sec, un mois de janvier pluvieux … Abdalah Mokssit, directeur de la Direction nationale de la météorologique, confirme ce sentiment populaire : «il n’y a plus de saison». Entre modèles prédictifs et réchauffement climatique, il a tenté de nous expliquer pourquoi.

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Temps de lecture: 4'

Yabiladi : Aviez-vous anticipé l’hiver atypique auquel nous avons assisté ?

Abdalah Mokssit : Le Maroc avait connu presque 5 années normales. Qu’il survienne donc une année sèche est dans la logique climatique. La sécheresse est une donne structurelle du climat marocain, indépendamment même du changement climatique. Pour la zone, le manque de pluie est presqu’un état normal. En plus, dans le cadre du changement climatique, la sécheresse est l’un de ces phénomènes extrêmes dont l’accélération est clairement observée.

Cette année, nos bulletins pour l’hiver prévoyaient des précipitations de normales à inférieures à la normale. Bien sûr, quand on voit ça on n’a pas envie de les transmettre ; c’est … déprimant !

Avez-vous pu, à l’automne prévenir les pouvoirs publics de ces évolutions ?

Notre direction transmet chaque mois, à quelques personnalités ciblées comme le ministre de l’Agriculture et son secrétaire général, les prévisions pour les trois prochains mois des températures et des précipitations selon trois états : normal (entre 133 et 66 mm/saison), supérieur à la normal ou inférieur, sur une carte du Maroc. Ces prévisions sont pondérées en fonction de leur probabilité. Elle est mesurée en fonction du nombre de modèles globaux qui prévoient la même chose. Si tous les modèles prévoient de la pluie en forte quantité, on peut affirmer une prévision supérieure à l’état normal de façon certaine.

Il s’agit d’une aide à l’action publique. C’est donc une très grande responsabilité car les pouvoirs publics mettent en œuvre des actions importantes, engagent de l’argent public sur la base de ces prédictions…

Si aujourd’hui, on ne diffuse pas ces informations publiquement, ni même aux ministères dans leur ensemble, c’est que l’on ne veut pas prendre le risque d’essuyer des critiques injustes de quelqu’un qui n’aurait pas bien compris les limites de nos prévisions et viendrait nous reprocher de nous être trompés.

Comment le changement climatique agit-il sur la météo nationale sur une année ? De quelle façon affecte-t-il les saisons ?

Le changement climatique c’est d’abord un dérèglement. Il n’y a plus de saison. Par le passé, en moyenne, novembre était le mois le plus pluvieux. Il pouvait, selon les années, y avoir un glissement sur octobre ou décembre, mais janvier était habituellement sec et froid. Cette année est édifiante à ce titre : tout a été bouleversé. On ne sent plus les cycles saisonniers. La distribution des évènements climatiques est également affectée : les phénomènes extrêmes ont pris le pas sur la normale.

Avec le réchauffement, les moyennes sont décalées : vers le haut pour les températures, vers le bas pour  les précipitations. On a pu déterminer qu’au Maroc, les climats humides allaient devenir semi-arides à arides. Nous constaterons un glissement du sud vers le nord dans beaucoup de régions. Avec la variabilité naturelle du climat marocain nous avions déjà tendance à manquer de pluie, vous imaginez bien qu’avec le dérèglement climatique ce sera pire.

Comment réalisez-vous ces prévisions saisonnières ?

Nous avons lancé les prévisions saisonnières dès les années 1990. Pour les réaliser, nous avons cherché dans l’Atlantique un phénomène météorologique qui a une très forte influence sur la météo des pays avoisinant, comme El Nino et El Nina dans le Pacifique. Dans l’Atlantique, il y a ce que l’on appelle l’Oscillation Nord Atlantique : une tension entre la dépression de l’Islande et l’anticyclone des Açores. Quand la première est forte et le second faible, l’ensemble offre un couloir aux précipitations vers le Maroc.

Il s’agit là d’un phénomène explicatif, mais pas prédictif, hélas. El Nino dans le Pacifique influe toujours de la même façon sur la météo de la région pendant 8 mois ! Au contraire, l’indice d’oscillation nord-atlantique et les pluies qui affectent le Maroc sont simultanés. Nous avons donc essayé de prévoir les évolutions de cet indice. Cela fonctionne en partie. Pour compléter, nous avons adopté un modèle agrégé qui fait la synthèse de tous les autres. Nous prenons notre propre modèle, mais également les résultats de tous les autres grands modèles globaux qui tournent dans les services météo aux Etats Unis, en Europe …

Dans ce contexte, prévoir la météo du Maroc est-il chose facile ?

Le Maroc est situé à la confluence des zones tempérées au nord et des zones tropicales au sud. La météorologie nationale est donc le fruit d’un conflit entre le nord et le sud. Il y a ainsi 4 grands schémas possibles : un air froid venu du nord qui passe par le continent, l’Espagne ; donc un air sec. Par le passé, c’était en général la météo du mois de janvier. Un air froid venu du nord qui passe par-dessus l’océan se charge en humidité. En arrivant sur le continent, il produit des précipitations, disons, classiques.

Par le sud, un air chaud et sec qui passerait par le continent africain offre des températures élevées et de la poussière. C’est le Chergui. Un air chaud qui passerait par l’océan se charge en humidité et provoque de violents orages en pénétrant sur le continent. La météo nationale est le fruit de ce conflit, selon que le courant du nord ou du sud prend le dessus.

A l’hiver 2010, il est tombé plus de 200mm d’eau en 24 heures à Casablanca, car une remontée tropicale humide a rencontré une descente d’air froid et humide. Les nuages froids étaient lourds donc situés à basse altitude. Les nuages chauds ont glissé au-dessus. Les deux précipitations ne se sont pas mêlées mais superposées au-dessus de Casablanca.

Avec le réchauffement climatique, allez-vous devoir modifier vos modèles prédictifs ?

Il faut bien comprendre que le dérèglement climatique se définit sur une dizaine d’années à l’échelle d’un continent. Ce changement de moyenne, à une telle l’échelle semble mineur : qu’est-ce qu’une élévation de température de 1,5°C ? On assiste en fait à une cascade d’échelles. Au niveau local, cette augmentation mineure aura des conséquences catastrophiques.

Ces changements n’influent cependant pas sur notre travail. Nos modèles sont suffisamment fins et leurs qualités avec ou sans changement climatique restent les mêmes. Par contre, ces changements parce qu’ils se caractérisent par une augmentation du nombre d’évènements extrêmes, nous imposent de créer une vigilance, de nous outiller de tous les outils de prévisions, mais aussi de réaction. Ces prévisions sont essentielles pour nous permettre de comparer la situation du Maroc dans 20 ans à celle d’un autre pays qui vit depuis plusieurs années dans cette situation. Cela nous permettra de voir quelles sont les réactions d’adaptation possibles, s’inspirer de son expérience et avoir la capacité de chiffrer cette adaptation.

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« Il n’y a plus de saison »
Auteur : Abder.
Date : le 10 mars 2016 à 21h50
Une grande exagération ! Qu'allez vous nous dire l'année ou les années à venir ? Le dérèglement climatique n'existe pas, puisque le climat n'est jamais constant. Il fluctue tout le temps, selon des cycles plus ou moins allongés, qui se relayent et se superposent. Le réchauffement est là depuis la fin du petit âge glaciaire, longtemps avant l'industrialisation. La pause atteindra bientôt deux décennies, malgré les émissions fortes des GES, et la "karlization" ne l'éliminera pas, Le prétendu "glissement" de l'aridité du sud vers le nord est établie sur la comparaison de courtes périodes successives, minutieusement choisies pour exprimer un fait inexistant.
A. E.-H.
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