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Sport Publié

Jaouad Achab, le taekwondoïste belgo-marocain qui rêve d'or aux JO de Rio

Caresser le rêve olympique et même l’étreindre pour de vrai, voici le rêve de Jouad Achab, le taekwondoïste belgo-marocain parti à la conquête des tatamis. Après des difficultés d’intégration en Belgique, le jeune homme d’à peine 23 ans, a connu une ascension fulgurante qui fait qu’il sera surveillé de très près lors des premiers Jeux olympiques qui se tiendront en Amérique du Sud. Retour sur le parcours d'un Belgo-Marocain devenu le premier à décrocher un titre mondial pour la Belgique dans une discipline olympique. 

Temps de lecture: 3'
Jaouad Achab après son titre de Champion du Monde à Tcheliabinsk(Russie)
Jaouad Achab après son titre de Champion du Monde à Tcheliabinsk(Russie)
Jaouad Achab après son titre de Champion d'Europe à Bakou(Azerbaïdjan)

Bien avant de valider son ticket pour les JO de Rio 2016, Jaouad Achab s'est fait d'abord connaître en Europe et bien au delà. En mai 2014, face au Slovène Jure Pantar, le Marocain de 21 ans naturalisé Belge un an plus tôt, remporte la finale du Championnat d’Europe des moins de 63 Kg à Bakou en Azerbaïdjan après un parcours sans faute (4 victoires). L’étincelle s’était mue en flamme. L’année suivante, le jeune homme est sacré champion du monde à Tcheliabinsk en Russie face à l’Espagnol Joel González Bonilla. L’histoire se souviendra de lui comme du premier champion du monde belge dans cette catégorie et comme du 2ème belge à se qualifier pour l’épreuve de taekwondo aux JO. En effet, après Laurence Rase à Athènes en Grèce en 2004, le drapeau de rouge jaune noir de la Belgique ne s’était plus introduit aux JO pour cette discipline.

Les débuts difficiles d’un futur champion 

Mais comme tous les grands champions, Jaouad Achab s’est formé dans la douleur … et la patience. C’est à la faveur d’un regroupement familial que Jaouad alors âgé de 17 ans quitte Tanger pour aller à Bruxelles. Mais sans parler un mot de français, l’intégration du Tangérois fut lente et difficile. «J’avais 17 ans, j’étais plutôt bon élève, prêt à entrer en dernière année du secondaire. On a fait le tour de plusieurs écoles mais comme je ne parlais que l’arabe, toutes les portes se sont fermées», confie Jaouad au Soir.

«Dans la seule qui a bien voulu m’accepter, les Arts et Métiers, on m’a rétrogradé de quatre années et inscrit en section mécanique, moi qui n’avais aucun intérêt pour cette matière. Je me suis retrouvé, désespéré, avec des gamins de 13 ans qui n’arrêtaient pas de se moquer de moi. "Tu t’adapteras", m’a-t-on dit», poursuit-il. Mais la chance finit par lui sourire «Dès l’année suivante, heureusement, j’ai pu intégrer un autre institut, à Anderlecht, en technique sociale et animation. Là, j’ai vite progressé en français. Mais ce recul forcé restera, jusqu’au bout, le plus gros handicap de ma vie ; j’ai dû attendre 22 ans pour enfin sortir de rhéto…»,poursuit-il

Signe d’un mental de vainqueur, le jeune Jaouad ne se laisse pas abattre. Il décide de se libérer de ses frustrations en pratiquant un sport. Il se met au football qu’il pratiquait déjà chez les U17 du club de Tanger. Mais son cœur penche vers le taekwondo, sport qu’il pratique depuis l’âge de 3 ans. « Ce que j’aime, c’est que tu y utilises toutes les parties de ton corps ; il faut à la fois de la force, de la vitesse et de la souplesse.» A cette passion pour cet art martial coréen, il faut aussi y voir une influence de sa mère férue de sport. «Je sais qu’elle aurait voulu en faire. Alors, parfois, on fait des petits combats dans le salon. Elle frappe très fort mais la seule chose que je ressens, c’est du bonheur !». Jaouad entre dans un club à Saint-Josse à Bruxelles pour y pratiquer sa passion. Ce sera le début de sa carrière.

Cap sur Rio pour décrocher l’or 

Lors d’une compétition en 2011, il est remarqué par Laurence Rase, l’ex-championne d’Europe, première à représenter la Belgique aux JO en taekwondo. Devenue la coordinatrice du haut niveau, Laurence Rase propose à Jaouad de rejoindre la ligue flamande et venir s’entraîner à Anvers. Le jeune champion en herbe fait la navette via train entre les 2 villes 4 fois par semaine ce qui lui pose des problèmes de récupération. «C’est là, avant la rentrée 2012-2013, qu’on m’a proposé de m’établir à Wilrijk et d’y rejoindre le sport-études. Il fallait évidemment que je me mette au néerlandais. Pour moi, qui commençais à peine à maîtriser le français, ce n’était pas possible. C’est comme si on me demandait d’apprendre le japonais après avoir étudié le chinois ! Mais Laurence a insisté et à l’école, les profs ont tout fait pour m’aider. Et ça a marché ! »

Naturalisé belge en 2013 pour pouvoir concourir au haut niveau, Jaouad Achab se forge sous les ordres de son entraîneur belgo-marocain, Karim Dighou duquel il reçoit des directives en français, flamand, anglais ou arabe en fonction de son adversaire. « J’ai toujours voulu être le meilleur mais je ne pensais pas que c’était possible. Quand j’étais au Maroc, il m’arrivait souvent de me demander ce que j’allais devenir. Là-bas, ce ne sont pas toujours les meilleurs athlètes que l’on envoie dans les grands championnats… ». Meilleur, il l’a été puisqu’il est le premier belge à remporter un titre mondial en taekwondo. Mais la reconnaissance est arrivée en retard. En 2015, il ne figure même pas au TOP 3 pour le titre de «Meilleur sportif de l’année». Un «affront» que la Flandre s’est vite empressée de corriger en lui remettant le «Sportjuweel», un trophée qui couronne l’ensemble de la carrière d’un sportif. «Un prix très important, d’autant que je suis le plus jeune et le premier Belgo-Marocain à l’avoir gagné !» confie-t-il. Mais Jaouad Achab lorgne un autre rêve. «Je vis un rêve. Mais je veux en réaliser un autre, l’été prochain : devenir champion olympique !»

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