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Economie Publié

La dette publique marocaine est insoutenable

La Banque centrale marocaine, Bank al-Maghrib (BAM), a publié fin juillet 2015 son rapport annuel qu’elle a présenté devant le roi. Ce document présente la situation économique, financière et monétaire du Maroc, en lien avec son environnement international. Le rapport passe en revue également les réalisations de l’institution, notamment sa supervision du secteur financier. Le rapport aborde également la question de la dette publique[1]. BAM prévoit qu’elle va augmenter pour l’année 2016, et analyse la capacité de l’économie marocaine à supporter le service de la dette pour la période 2015-2019. 

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Le rapport constate l’augmentation continue de la dette publique. Fin 2014, son encours représente 741 milliards de DH (environs de 74 milliards d’euros) , soit environ 81% du PIB marocain, la dette ayant repris sa tendance à la hausse dès 2008. La crise du capitalisme mondial (2007-08) a précipité le retour à l’endettement.

La crise alimentaire, la baisse de la demande internationale, la hausse des prix des produits pétroliers, le tarissement des sources des devises (IDE, tourisme et transferts des MRE), ces facteurs contribuent à la crise de l’économie nationale.

Dans ce contexte, les besoins en devises augmentent et le Maroc décide d’emprunter sur le marché financier international. Conséquence de ce choix, ce secteur représente désormais 25% de l’encours de la dette extérieure marocaine, alors qu’il ne constituait que 11% en 2010.

Le Maroc et sa relation de dépendance

BAM s’attend à une hausse de l’endettement du Maroc en 2016, mais prévoit une baisse entre 2017 et 2019. Ce scénario table sur la réduction du déficit public et l’amélioration du taux de croissance. Cette projection prévoit «une moyenne de croissance de 4,6%, une inflation à 1,9% et un déficit public à 3%» .

Ces prévisions ne résistent pas au pessimisme actuel sur les possibilités d’une reprise économique. La crise du capitalisme mondial a des effets directs sur l’économie marocaine. Les faillites et la fermeture des unités industrielles, les licenciements massifs, la hausse du chômage, la généralisation des politiques d’austérité ont atteint un niveau inégalé, spécialement dans les pays développés. Ces facteurs amplifient la récession en cours de l’activité économique. C’est d’ailleurs le diagnostic fourni par la Banque centrale dans les premières pages de son rapport. L’investissement et la croissance sont encore très faibles dans la zone Euro, alors que la dette publique explose.

Cette crise est supportée lourdement par les pays de Sud de l’Europe. La situation en Grèce illustre cette situation. Les acquis sociaux sont dangereusement attaqués depuis plusieurs années dans ce pays. Le peuple grec subit une offensive de type colonial, dirigée par la Commission européenne (CE), la Banque centrale européenne (BCE) et le Fonds monétaire international (FMI).

Cette situation dans les pays du Nord n’est pas sans dégâts dans les pays du Sud comme le Maroc. Notre économie est intégrée à la zone Euro. Dans cette relation de dépendance, le Maroc se trouve dans une position de faiblesse. L’économie du pays est totalement inféodée au capitalisme international et aux grandes puissances.

A cela s’ajoutent les effets des politiques d’austérité menées au Maroc. Ils induisent indiscutablement un ralentissement de la croissance économique. L’endettement entrave le développement et le service de la dette est de 163 milliards de DH en 2013, soit 50% du Budget général de l’Etat, ce qui équivaut au montant des recettes fiscales ou encore à trois fois le budget de l’investissement. 

La dette publique marocaine est insoutenable

Le rapport de BAM se fonde pour juger de la soutenabilité de la dette sur des projections d’indicateurs macro-économiques recommandés par le FMI et la Banque mondiale. La sauvegarde des équilibres entre ces mêmes indicateurs avait déjà été à l’origine du Programme d’ajustement structurel (PAS) mis en œuvre au Maroc dans les années 1980-1990. Ce sinistre programme n’a fait qu’appauvrir la majorité des classes populaires. Pour se conformer à ces équilibres, le gouvernement actuel réduit les dépenses publiques et fait pression sur les salaires et les retraites. Ces mesures sont prises pour atteindre des objectifs fixés par le FMI en matière de déficit et de remboursement de la dette. C’est la même logique qui prévaut, toute proportion gardée, contre le peuple grec qui se trouve asphyxié par les créanciers.

Toujours selon les projections de BAM, la dette du trésor devrait être ramenée à 62,1% du PIB en 2019. Dans le cas de la réalisation de ce scénario, cette baisse n’atteindra pas le niveau d’avant la crise. Lors de la période 2007-2012, la dette du trésor représentait 50,4% du PIB en moyenne pour ces six ans.

En outre, le poids de la dette réelle, en incluant la dette garantie par l’Etat contractée par les entreprises publiques, est de 81%. Cette dette est insoutenable et insupportable. La soutenabilité de la dette ne peut être réduite à des projections économiques abstraites. Le remboursement de la dette est une hypothèque qui pèse sur les 34 millions de Marocains. Ces citoyens payent directement cette dette avec la sueur de leur front, leurs salaires, l’avenir de leurs enfants. Chaque marocain paie chaque année au titre du service de la dette 5000 DH/marocain. Qu’il soit un enfant, une personne âgée, un chômeur, femme, toutes les catégories de la population paient cette dette.

Le service de la dette absorbe une partie importante des ressources nécessaires pour les besoins en éducation, santé, logement décent, investissement dans les infrastructures publiques de base, les programmes nécessaires à la croissance économique et au développement social, … C’est pour cette raison que la dette publique est insoutenable et insupportable. Son paiement approfondit la crise sociale dont souffre notre peuple et pour cette raison, il faut exiger la suspension de son paiement.

Mobilisation populaire et audace politique

En Grèce, la Commission pour la vérité sur la dette grecque a montré les aspects illégitimes, illégaux, insoutenables et odieux de la dette de ce pays. Elle a recommandé aux autorités grecques le non-paiement de ces parties. Dans son rapport, on peut lire : «S’agissant des dettes insoutenables, tout État est juridiquement fondé à utiliser l’argument de l’état de nécessité qui permet à un État confronté à situation exceptionnelle de
 sauvegarder un de ses intérêts essentiels menacé par un péril grave et imminent. Dans une telle situation, il peut s’affranchir de l’exécution d’une obligation internationale telle que le
 respect d’un contrat de prêt. Enfin, les États disposent du droit de se déclarer unilatéralement insolvables lorsque le service de leur dette est insoutenable, sachant que dans ce cas ils ne commettent aucun acte illégal et sont affranchis de toute responsabilité» .

Pour atteindre cet objectif, deux choses sont nécessaires : la mobilisation populaire et de l’audace politique. Le président équatorien avait cette audace en décidant de manière unilatérale la suspension du paiement de la dette de son pays. Il s’est appuyé sur les conclusions du rapport de la commission d’audit de la dette dans ce pays , mise en place en 2007.

Attac/Cadtm Maroc s’appuie sur ces expériences pour mobiliser autour de cette question. Notre objectif premier est la constitution d’une commission d’audit composée d’une large coalition pour lancer un audit citoyen de la dette publique marocaine.

[1] CADTM, comité pour l’annulation de la dette du tiers monde www.attacmaroc.org  & www.cadtm.org                               
[2] BAM, rapport annuel 2014, juillet 2015. http://www.bkam.ma
[3] 1 euro = 10,79 dirhams marocain
[4] Rapport BAM, 2015

Visiter le site de l'auteur: http://attacmaroc.org/

Tribune

Omar Aziki
Secrétaire général d’ATTAC Maroc
ça ne tourne pas rond!
Auteur : netstat
Date : le 19 août 2015 à 21h25
D'une part nous avons des chiffres réels qui montrent bel et bien qu'il y une crise latente et que si rien n'est fait ça sera trop tard.

D'autre part le nombre de voitures de luxe ne cesse d'augmenter, les prix de l'immobilier équivaut ceux de l'Europe, sans oublier, en passant, les dépenses du palais.

Bref, ça ne tourne pas rond.
Dilapidation
Auteur : Rif_ino
Date : le 17 août 2015 à 11h56
A l'époque de Abderrahmane Youssoufi, la dette était passée sous la barre de 20 milliards de dollars et était constituée essentiellement par la dette public interne. Depuis son départ l'oligarchie aidée par les partis islmao-conservateur ( Isiklal+PJD+haraka) libéraux (RNI) est repassée à l'attaque. Résultat, c'est les marocains qui s'endettent et c'est cette oligarchie qui s’enrichit. Ils ont vendu le Maroc et placé leur argents et progéniture à l'étranger. Cette oligarchie utilise le pouvoir pour piller les richesses du pays et neutralise les patriotes avec l’appareil sécuritaire du régime
Démagogie !!
Auteur : Slimanof
Date : le 14 août 2015 à 13h34
Un discours obsolète qui rappelle celui des années 70 et l’anti-impérialisme primaire.

Le problème n'est pas de s'endetter mais d'utiliser ces crédits à bon escient et ce ne sont pas les grands chantiers qui manquent au Maroc..

Certes la pauvreté( e non plus la misere) existe toujours au Maroc et les disparités avec mais elles ne sont pas l'apanage du seul Maroc qui n'est pas au bord de l'explosion comme veut nous le faire comprendre cet article.

La stabilité du Maroc et sa croissance annuelle autour de 4/5% sont citées comme exemple malgré la crise en Europe .
la dette publique marocaine
Auteur : sukamenulis
Date : le 11 août 2015 à 16h17
Il est bien vrai que les remedes sujeres par le FMI ne font que appauvrir les milieux populaires et il s explique simplement : les coupes aux salaires et aux retraites imposent aux familles de couper les depenses et donc les achats, achats qui restent seulement a une elite tres riche
qui finalement profitent des coupes de salaires et retraites et ne donne aucun contribution au developpement du pays.
Si un gouvernement veut sauver son peuple et son pays doit carrement s enficher des recettes du FMI et de la Banque Mondiale et soutenir les salaires comme les retraites et la depense publique en matiere de formation,
sante, transport, communication.
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