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Environnement Publié

Maroc : Un bras de l’Oued Laou pollué par les huiles de vidange d’une station Afriquia

Des photos illustrant la pollution par une station Afriquia dans le Nord suscitent l’indignation auprès des écologistes et associations de protection de l’environnement. Mais la compagnie décline toute responsabilité en raison du statut de franchisée de ladite station. Détails. 

Temps de lecture: 3'
Maroc : Un bras de l’Oued Laou pollué par les huiles de vidange d’une station Afriquia
Maroc : Un bras de l’Oued Laou pollué par les huiles de vidange d’une station Afriquia
Maroc : Un bras de l’Oued Laou pollué par les huiles de vidange d’une station Afriquia
Maroc : Un bras de l’Oued Laou pollué par les huiles de vidange d’une station Afriquia
Maroc : Un bras de l’Oued Laou pollué par les huiles de vidange d’une station Afriquia
Maroc : Un bras de l’Oued Laou pollué par les huiles de vidange d’une station Afriquia
Maroc : Un bras de l’Oued Laou pollué par les huiles de vidange d’une station Afriquia

Une station Afriquia située sur la route Chefchaouen/Jebha vers Dardara déverserait ses huiles de vidange dans un bras de l’oued Laou. Le fait a été mis en lumière par un citoyen soucieux de l’environnement qui a fait parvenir les images à notre rédaction. En effet, l’une d’elle montre le tuyau mis en place par la station pour diriger les huiles usées dans une rigole menant au cours d’eau.

Le fait est jugé «inacceptable» par les écologistes qui estiment qu’une telle pratique ne devrait pas exister. «Il y a beaucoup de lois, beaucoup de trucs officiels du genre charte de l’environnement… Mais sur le terrain, les gens font ce qu’ils veulent», regrette Mohamed Benata, président de l'Espace de Solidarité et de Coopération de l'Oriental (ESCO), une association qui oeuvre entre autres dans la sensibilisation à la protection de l'environnement. «C’est une véritable menace pour l’homme, l’animal et l’agriculture. Les hydrocarbures attaquent l’oxygénation de l’eau ce qui peut entrainer la mort des poissons s’il y en a. Si l’eau de l’oued sert à irriguer les cultures de tomates par exemple, cela a des conséquences directes sur la santé», alerte-t-il dans un entretien avec Yabiladi, soulignant que cela pourrait ressembler au scandale de Sucrafor de 2011 où la société était accusée de déverser des eaux usées et des produits chimiques dans le fleuve Moulouya, dans l'Oriental. «Ils ont continué de dire que Sucrafor n’est pas coupable, mais tout le monde sait ce qu’il en était», lance l’écologiste.

«C’est très grave»

Même son de cloche chez Mohamed Amezian de l’association de la protection de l’environnement des oiseaux du Maroc. Outre les conséquences néfastes sur l’homme, il prévient : «l’impact sur l’écosystème sera catastrophique». Il entend par là la destruction de la vie aquatique (insectes, crustacés et plantes..) dont dépendent les oiseaux aquatiques et ainsi que les mammifères aquatiques tels que la loutre. «C’est une espèce menacée de disparition qui vit encore dans l’oued Laou. Si les huiles de vidange sont déversées dans un bras de ce cours d’eau, elles pourraient à long terme empoisonnée l’eau, ce qui serait mortel pour la loutre», explique-t-il. Pourtant cet animal est protégé dans la plupart des pays à cause de sa disparition progressive. Si rien n’est fait, on pourrait revivre dans quelques temps un Oued Martil bis. Pour rappel ce cours d’eau du nord-ouest de Tétouan a connu une forte pollution en 2010 qui avait entrainé la mort de milliers d’oiseaux aquatiques.

A l’Association de développement et de protection de l’environnement de Oued Laou et de son bassin versant, le sentiment est identique. «On ne doit jamais faire de rejet industriel ou domestique dans la nature, surtout quand il s’agit d’hydrocarbures. C’est très néfaste», rappelle Mohamed Ahniche, l’un des responsables joint par Yabiladi. «Au niveau du bassin versant, on aura des problèmes avec ce rejet [de la station Afriquia, ndlr]. Sur le long terme c’est très grave», martèle-t-il, expliquant que «cela va engendrer une pollution de l’eau, mais aussi du sol, puisque les huiles vont s’infiltrer dans la nappe phréatique».

C’est une franchise : Afriquia décline toute responsabilité

Normalement, les stations disposent de cahiers des charges qui prévoient les méthodes de gestion de leurs déchets. Mais comment se fait-il que la station Afriquia vers Dardara se débarrasse de son huile de vidange dans le bras de l’Oued Laou ? «Non, les huiles de vidange n’y sont pas déversées», se défend notre interlocutrice au bureau régional d’Afriquia à Tanger. «Il y a une citerne des huiles usées installée à la station», explique-t-elle. Quand nous cherchons à savoir comment la station se débarrasse de cette huile usée une fois la citerne pleine, elle nous renvoie vers la direction à Casablanca.

«Lafarge récupère les huiles usées de nos citernes installées dans chaque station Afriquia. Mais la station dont il est question ici est franchisée. Dans ce cas, nous ne gérons que l’hydrocarbure, c’est le propriétaire de la station qui assure la vidange», explique à Yabiladi le responsable des stations Afriquia, Adil Cheid. L'image de la société n'est-elle pas tout de même engagée ? Notre interlocuteur nous renvoit vers la direction générale que nous n'avons pu avoir.

Le franchisé aurait-il préféré faire des économies plutôt que de s’offrir les services d’un prestataire ? Nous avons tenté en vain de joindre la direction pour savoir comme elle gère la vidange. Nous avons voulu savoir si les autorités sont informées de cette situation, mais la wilaya ainsi que l’Agence du bassin hydraulique du Loukkos chargée de veiller à la qualité de l’eau sont également restées injoignables. Affaire à suivre...

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