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Société   Publié Le 02/02/2015 à 17h33

Un nouveau rapport dénonce la « marchandisation » de l’éducation au Maroc

Récemment encore, les autorités de l’éducation nationale tentaient de minimiser les impacts de la privatisation sur le système public marocain. Mais le rapport fraichement publié par un collectif d’ONG discrédite les officiels. Le document dénonce la «marchandisation» de l’éducation via une «privatisation croissante et alarmante» basée «en réalité» sur une logique orientée marché et compétition, qui renforce les inégalités en matière de droit à l’éducation. Détails.

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Les parents marocains inscrivent-ils encore de gaité de cœur leurs enfants dans une école publique ? C’est la question que l’on pourrait se poser après la lecture du nouveau rapport d’un collectif de six associations œuvrant pour le droit à l’éducation au Maroc. Ces organisations dénoncent la «marchandisation de l’éducation, du diplôme» qui, selon elles laissent dubitatif quant aux «valeurs qui sous-tendent l’éducation» au sein de l'Etat. Cette éducation, elles la défendent comme étant un droit et bien public.

«30 ans de privatisation croissante et alarmante»

Dans leur rapport, les ONG pointent du doigt les politiques menées par les gouvernements successifs qui ont mené à ce qu’elles appellent «30 ans de privatisation croissante et alarmante de l’éducation». Alors qu’avant les années 80 l’école publique marocaine était réputée pour son excellence, la réduction de 11% du budget alloué à l’éducation entre 1983 et 1989 - suite au programme d’ajustement structurel mis en place sur recommandations de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international (FMI) – marquera le premier pas vers cette privatisation.

En 2000, les choses ont pris une autre tournure, selon le rapport, avec l’adoption de la Charte nationale de l'éducation et de la formation qui considérait le secteur privé «comme un partenaire principal, aux côtés de l’Etat, dans la promotion du système d’éducation-formation, l’élargissement de son étendue et l’amélioration continue de sa qualité». Mais, souligne le collectif, cela n’a pas été combinée avec un effort similaire de régulation correcte de l’enseignement privé. Les frais de scolarité par exemple sont fixés au gré et selon le standing de l’école.

Le rapport relève également les incidences produites par le Programme d’urgence Najah adopté en 2009. Il dénonce que non seulement «aucun bilan n’a été fait» au terme de ce programme en 2012, mais ce dernier a instauré «de façon franche» les principes phares de la privatisation de l’école publique ainsi que «la marchandisation de l’enseignement» via des mesures telles l’instauration de la gestion déléguée pour le gardiennage et le nettoyage, ou encore les internats et les cantines scolaires. Dans la foulée, l’Etat a adopté de nombreuses mesures visant à promouvoir l’enseignement privé, les incitations fiscales notamment.

Par la suite, c’est le discours du Chef du gouvernement Abdelilah Benkirane au cinquantenaire de la Banque africaine de développement (BAD) en novembre 2014 qui marquera ce que le collectif qualifie de «dernière étape de la remise en cause progressive de l’éducation en tant que droit et bien public». «Il est temps que l’Etat lève le pied sur certains secteurs, comme la santé et l’enseignement. […] Le rôle de l’Etat doit se limiter à assister les opérateurs privés qui veulent s’engager dans ces secteurs», affirmait le premier ministre. Quelques temps après, la BAD livrait un rapport préconisant une libéralisation de l’enseignement qui permet aux entrepreneurs de l’éducation de «dégager de bons retours sur investissement». Une recommandation ardemment critiquée par de nombreuses ONG à travers le monde.

191 écoles publiques fermées en 5 ans

Le rapport note également la fermeture de 191 écoles entre 2008 et 2013, sachant que de nombreuses écoles sont actuellement menacées de fermeture, comme c’est le cas du lycée Chawki à Casablanca. C’est bien là, estime l’ONG, «un indicateur alarmant du recul de l’engagement étatique pour une éducation pour tous, gratuite et de qualité». Selon elle, cette situation n’est qu’une résultante des politiques appliquées pendant toutes ces années par les autorités marocaines

De plus, au moment où le nombre d’enfants scolarisés dans le primaire public décroit (3 497 926 élèves en 2000 contre 3 475 190 élèves en 2013), le pourcentage d’élèves inscrits dans le privé au niveau primaire a bondit à plus de 300% en 13 ans, passant de 4% en 1999 à 14% en 2013, révèle l’association, soulignant que l’augmentation annuelle moyenne de la proportion de cette catégorie d’élèves est de 8%. A cette allure, le collectif s’attend à ce que ces derniers atteignent le tiers de la scolarisation dans le primaire au terme de la prochaine décennie.

Scolarisation de qualité pour le plus offrant ?

L’autre problématique concerne l’aspect financier. A Casablanca par exemple, les écoles les moins chers fixent à 400 dirhams leurs frais de scolarité mensuels, quand ceux-ci atteignent les 5 000 dirhams pour les plus chers, alors que le salaire minimum d’un parent marocain s’élève à 2 333 dirhams par mois. Ainsi, de nombreux enseignants préfèrent s'orienter vers le privé au détriment des établissements relevant de l'enseignement public où les salaires peu encourageants ainsi que les lacunes dans la formation poussent nombre de ces enseignants à négliger leurs fonctions. Du coup, de plus en plus de parents préfèrent inscrire leurs enfants dans le privé, quitte à faire quelques sacrifices. Mais, ceux qui ne peuvent s’offrir ce luxe doivent se contenter d’un système public quasiment livré à lui-même..

D'après le collectif, cela occasionne une «croissance rapide des inégalités en termes d’éducation», faisant des populations les plus démunies, les premières victimes du système. Pourtant, note le rapport, le modèle chilien dont s’inspire le Maroc a été un échec. Au Chili en effet, le gouvernement qui s’était engagé dans une privatisation à tout va de l’éducation, avait dû revenir à la valorisation de l’enseignement public sur fond de révolte sociale.

Ces ONG lancent ainsi un appel au groupe de travail pré-session du Comité des droits économiques, sociaux et culturels de l’ONU, espérant qu’il aborde le cas du Maroc à sa 55ème session qui se tiendra du 9 au 13 mars prochain. Leur principale requête : Mettre fin à la privatisation/marchandisation de l’éducation «camouflée en ‘’partenariat public-privé’’, en ‘’réformes éducatives’’ ou en ‘’modernisation’’».

Illustration du comportement des Marocains aujourd'hui par rapport à l'éducation

4 commentaires
Très bon article
Auteur : Education droit
Date : le 02 février 2015 à 22h05
Qui résume bien les points clés du rapport.
en meme temps..
Auteur : idbel
Date : le 02 février 2015 à 21h30
en meme temps l'ecole publique est une catastrophe. rien que l'emploi du temps parle de lui meme : les eleves ont cours de 8h a 10h OU de 10h a 12h, meme chose l'apres midi de 14h a 16h ou de 16 a 18h. je sais pas a quel moment de la journée ils sont censés apprendre le programme!
les profs se font remarquer par leur absence, frappent encore les eleves, les insultent etc
normal que les parents se tournent vers le public meme a 500dh au moins ils frappent pas les enfants et ils essayent de faire des horaires de classe normaux et pas a trou
a mon epoque l'ecole publique avait un bon niveau, l'etat donnait meme des bourses pour les premiers (c'etait mon cas et j'ai eu l'honneur de faire mon college en internat d'excellence), maintenant ca fait peur.
MAUVAIS CHEMIN.
Auteur : sidi_babar
Date : le 02 février 2015 à 20h43
La singuliere Depute Espagnole Concepción Arenal, une pionniere de la demande l'égalité dans toutes les sphères de la société dans l'Espagne du 1922, a également été célébre pour sa pensé: «les écoles ouvertes et les prisons seront fermées".
Il y avait des moments au Maroc ,où l'école publique a été saluée comme authentique porteuse de bien-être. Il n'y pas une volonte politique de changement. Dommage, Mehdi Ben Barka ,voulais creer des Ecoles fonctinnant jour et nuit capables de alphabetiser enfants et parents,.¿¿¿¿¿¿¿
Ne vendons pas...
Auteur : GhostWar
Date : le 02 février 2015 à 19h35
L'avenir de notre pays, à savoir sa jeunesse, au rapace du privé qui ne voient qu'une chose le profits et l'argents. Le Maroc doit mettre en place un puissant pôle publique dans l'éducation et la santé car le privé ne pourras jamais remplacer le publique, ce n'est tout simplement pas les mêmes valeurs qui régissent les deux secteurs.
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