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Société Publié

Maroc : 73 enfants subsahariens scolarisés sur plusieurs centaines

Cette année, le Maroc reçoit 73 enfants subsahariens supplémentaires dans ses écoles grâce à la nouvelle politique migratoire, mais ils sont au moins des centaines à pouvoir y prétendre. Si les difficultés rencontrées par les parents, les enfants et les enseignants marocains sont réelles, elles "ne sont pas insurmontables", selon le rapport de l'association Tamkine Migrants rendu publique hier.

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Depuis octobre 2013, les enfants de migrants subsahariens ont très expressément le droit d'aller à l'école au Maroc (DR/© UNICEF/NYHQ2005-2244/GiacomoPirozzi)

73 enfants de migrants subsahariens ont pu être scolarisés à Rabat, Casablanca, Tanger et Oujda, pour l'année scolaire 2013-2014, selon les 4 associations qui ont porté leurs dossiers auprès des délégations provinciales de l'éducation nationale. "Grâce à la publication de la circulaire du 9 octobre 2013 pour la scolarisation des enfants subsahariens, les associations n'ont enregistré aucun refus", ajoute Halima Qassemy, coordonatrice éducation et formation de l'association Oum El Banine et auteur du rapport "Les enfants migrants et l'école marocaine" présenté hier, mardi 6 mai, à Rabat par l'association Tamkine Migrants.

Par le passé, les refus à des demandes de scolarisation n'étaient pas rares. Entre 2009 et 2013, seuls 101 enfants de migrants ont été scolarisés à Rabat dans 31 écoles publiques marocaines, majoritairement congolais, selon l'AREF de Rabat. Aujourd'hui, à la satisfaction des associations marocaines, se mêlent l'incompréhension de certaines associations de migrants. "Lorsque les parents cherchent à scolariser leurs enfants eux mêmes en abordant une école munis de la circulaire ministérielle elle même, ils essuient régulièrement des refus", rapporte Eric William membre de l'association ALECMA.

Les familles ont peur

Le total d'enfants de migrants subsahariens en âge d'aller à l'école est inconnu de la même façon que le nombre de migrants subsahariens en situation irrégulière au Maroc n'a jamais été estimé ou rendu public. "Je peux vous dire que dans les 3 quartiers de Rabat dans lesquels je travaille, il y a plus d'une centaine d'enfants qui pourraient être scolarisés", estime Halima Qassemy. Ils ne l'ont pas été cette année parce qu'il est difficile d'envisager de nouvelles inscriptions en cours d'année or la circulaire n'a été publiée qu'en octobre. Certaines écoles se montrent également encore réticentes face aux demandes individuelles. Surtout, les familles elles mêmes ignorent encore les nouvelles possibilités et quand elles sont au courant elles ont souvent peur de confier leur enfant au système éducatif marocain.

"J'ai fait des sessions de sensibilisation à plusieurs dizaines de parents, des migrants subsahariens, sur ce système. La peur de voir leurs enfants subir les mêmes comportements racistes qu'ils subissent au quotidien, la peur d'être rejetés a tendance à dissuader les parents de faire l'effort de demander la scolarisation de leur enfant, a pu constater Halima Qassemy, mais à force de leur expliquer les barrières tombent. Ce n'est pas un problème insurmontable."

Enseignement islamique problématique

Les comportements discriminants envers certains enfants, le manque de moyens financiers, la langue en particulier les enseignements en arabe classique et la religion apparaissent comme les principales difficultés rencontrés par les enfants subsahariens et leurs parents. Certains d'entre eux, mais pas tous, refusent que leur enfant reçoive un enseignement islamique parce qu'eux mêmes sont chrétiens.

Interpelé à ce sujet, le ministre de l'Education nationale et de la Formation professionnelle, Rachid Belmokhtar, présent lors de la présentation du rapport - lequel n'a donné aucun chiffre officiel de scolarisation d'enfants de migrants pour l'ensemble du royaume - a botté en touche. "Historiquement, le Maroc est un pays ouvert aux réseaux scolaires étrangers ou confessionnels", a-t-il répondu. Autrement dit, si ces familles refusent la dimension islamique de l'enseignement marocain, elles peuvent le quitter pour réaliser leurs propres écoles. Difficile à imaginer quand elles n'ont même pas les moyens de payer une école publique marocaine.

De "bonnes pratiques"

Dans les écoles de "bonnes pratiques", selon l'expression canadienne, e sont développées pour surmonter les différentes difficultés. Des cours de soutiens d'association, un attention plus soutenue des professeurs envers les enfants qui peinent en arabe, la gratuité des frais de scolarité dans les écoles privées, l'exemption de cours islamiques pour ceux dont les parents s'y opposent. "Ces bonnes expériences ne sont malheureusement pas durables et les ministère de l'Education et des Affaires de la migration doivent en effet prendre ces problèmes à bras le corps", insiste Halima Qassemy.

Le ministère de l'Education nationale a publié le 21 janvier un note aux AREF pour ouvrir officiellement l'éducation non formelle aux enfants de migrants. Début avril, le ministère chargé de la Communauté marocaine résidant à l'étranger et des Affaires de la migration a publié un appel d'offre à destination des associations pour leur proposer de financer une action en faveur de l'insertion sociale et de l'éducation des enfants de migrants subsahariens.

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