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Société Publié

Humeur : Cette France qui infantilise le monde

Cette semaine une "bonne nouvelle" est tombée : la France, après environ cinquante années de sourde oreille, a enfin décidé de rendre justice à nos grands parents qui ont combattu sous le drapeau tricolore, en acceptant de revaloriser leurs pensions. "Un acte de justice" selon le gouvernement Chirac. Soit. Mais on se désole que ce soit 47 ans après !
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Et il a fallu un film, "Les indigènes" de Rachid Bouchareb, un rétrospectif bien documenté et admirablement interprété par des acteurs petits-fils des vétérans de la deuxième guerre mondiale pour relancer le débat sur l’inégalité des pensions et extirper ce problème de l’oubli.

Rafraîchissons-nous un peu la mémoire. En 1959, le gouvernement De Gaulle décide de "cristalliser" les pensions. Les vétérans issus des anciennes colonies crient à l’injustice. Rien n’y fait. En 1985 les avocats Sénégalais portent plainte contre l’Etat français auprès de la Commission des droits de l’homme des Nations-Unies. Quatre ans plus tard, ladite commission se prononce sur la législation française qui a décidé de la cristallisation des pensions, en estimant qu’elle "heurte non seulement les principes de droit les plus élémentaires, mais aussi la morale et l’équité". Malgré ce reproche, encore oualou ! Jusqu’en 2002 quand le gouvernement Raffarin, à l’occasion du soixantième anniversaire du débarquement de Provence, décide de revaloriser les pensions à hauteur de 20℅.

Enfin cette semaine, tapage médiatique à la clef, on nous apprend que les anciens combattants des ex-colonies percevront désormais les mêmes sommes que leurs homologues français. Fini donc le temps où un Français recevait 690 euros d’invalidité par mois alors que son camarade Marocain et Tunisien en recevait 61 euros. Pas mal comme décision. Mais on ne peut s’empêcher de se poser une question sur le pourquoi de tout ce temps pris avant de rétablir ces valeureux vétérans dans leur droit, et de se perdre en conjectures. Mais allons-y quand même.
1. Cette initiative est un calcul machiavélique qui intervient au moment où l’on sait que beaucoup de ces anciens combattants sont morts.
2. Un calcul politique, car Chirac va bientôt quitter l’Elysée, et qu’il veut laisser une bonne image de lui, celle de ‘’Chirac l’Africain’’ dont on l’affuble souvent, comme son prédécesseur Mitterrand qui lors du sommet de la Baule en 1990 voulait ‘’aider’’ les Etats africains à se ‘’démocratiser’’…

Mais ne mettons pas tout sur le dos du pauvre Chirac. Car disions-nous que c’est sous De Gaulle que la cristallisation a été décidée, et que ce monsieur qui ‘’représente tout pour les Français’’ était censé être plus solidaires de ces indigènes plus que quiconque !
A la France donc, nos grands-parents prendront acte de la décision. Car ce n’est pas une aumône que vous leur faites, c’est un dû. Et comme vous reconnaissez que c’est un acte de justice, on vous l’accorde, mais il reste encore d’autres pas à franchir : pour être juste comme vous le prétendez, il faut rattraper les 47 années d’inégalité en versant la somme équivalente à ceux qui y ont droit. Et pour être juste encore, dans vos manuels scolaires, à côté de ceux que vous considérez comme vos héros, à l’instar de Charles de Gaulle, faites figurer aussi les noms de ces téméraires et valeureux goumiers. Pour que le grand public Français s’habitue aussi aux noms de ces oubliés de l’histoire, pour que les enfants dès le primaire sachent que Mechti, Si Ali, Tassouma… font partie aussi de ceux qui ont écrit avec l’encre de leur sang l’histoire de l’hexagone. Oui il le faut, sinon vous infantilisez le monde que vous croyez naïf.



Précision :
Ce billet d’humeur a été écrit par notre journaliste Bassirou dans des conditions particulières. Le père d’un de ses amis était goumier dans l’armée Française. Après avoir appris la revalorisation des pensions par la France, Bassirou a voulu lui rendre visite à Kenitra pour recueillir son sentiment pour Yabiladi. Malheureusement juste un peu avant, son ami lui téléphone pour lui annoncer la triste nouvelle de la mort de son père. (Paix à son âme)
Une forte émotion qui a poussé Bassirou à écrire ce billet d’humeur.
La rédaction
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