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Société Publié

Vieillesse et mobilité résidentielle : Nouveaux enjeux dans la migration

C’est Alfred SAUVY qui disait qu’il n’est jamais facile d’écrire à contre courant. Pour avoir été attentif depuis plus d’une vingtaine d’années à la question de la vieillesse des immigrés en France, je n’ai rien perdu du souvenir des moments pionniers et des difficultés que semblait poser cet autre visage de l’immigration, par son incongruité presque, jugée à l’aune du seul retour du migrant. Je mesure donc aujourd’hui et au plan de la seule réflexion intellectuelle, ce qu’il nous faudra d’efforts à déployer pour aborder sereinement une question qui se pose à nous comme dans d’autres pays du reste.

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Les progrès scientifique, la qualité de vie de bon nombre de personnes âgées en France sont sans doute l’un des éléments d’explication de l’allongement du cours de la vie et d’un vieillissement des populations européennes et dans une large mesure dans tous les pays industrialisés, en bonne santé.

La retraite n’est plus synonyme de maladie, ni même d’immobilité mais ouvre au contraire sur des horizons nouveaux telle la culture des loisirs, des voyages et des découvertes ou d’autres engagements beaucoup plus portés par une participation active à la vie sociale. L’implication des ainés en France, dans le monde associatif et dans les actions de solidarité en est un exemple.

Il se dessine aujourd’hui chez bon nombre de personnes du 3ème âge une sorte de mobilité résidentielle (un goût du voyage) qui ne se traduit ni par un tourisme classique, ni par un établissement et une fixation définitive sur d’autres territoires et dans d’autres pays ; mais dans les deux hypothèses opérant comme une «extension territoriale» motivée une autre appropriation du temps de vie ou par des paramètres sociaux, économiques, culturels et financiers.

Il est sans conteste que les destinations vers les rivages de la méditerranée comme le Maroc ont les faveurs des populations âgées venant d’Europe ou d’Amérique. Ce phénomène du reste est déjà connu en Espagne ou encore en Tunisie.

Une question fondamentale se pose aujourd’hui et consiste à s’interroger s’il s’agit réellement d’une immigration de retraités comme le laisseraient supposer les premières perceptions de ce phénomène ou bien s’agit-il d’une autre façon d’être et de vivre la vieillesse, une vieillesse active ?

Il est également utile de savoir quelles interactions sociales ou culturelles ces situations produisent avec leur environnement d’accueil ? Mieux même comment celles-ci influent ou non sur des réalités locales qu’elles soient économiques, sanitaires ou autres ?

Il est indéniable que des considérations économiques et financières comme le coût de la vie laisse la possibilité à des personnes âgées avec des revenus non confortables au regard du niveau de vie en France, la possibilité de pouvoir vivre très correctement.

Mais nous avons également à réfléchir sur des considérations socio-sanitaires au regard de la vieillesse et des problèmes de santé qu’elle peut occasionner. Il est bien évident que les prises en charge sanitaires ou médicales risquent d’être de moindre coût dans un environnement à salaires relativement bas. Plus important encore ce sont les situations de dépendance physique ou mentale et somme toutes des risques liés au grand âge qui doivent être aussi pris en compte.
Cette problématique bien qu’avec ses propres particularités ne soulève moins les mêmes interrogations d’avenir pour les ressortissants marocains établis encore en Europe et dont certains pratiquent soit des retours intermittents, soit des retours définitifs. Avec toutefois, le renoncement contraint de ces derniers, à l’ensemble des prestations sociales soumises à des conditions de séjour ou de résidence dans les pays de la migration.

N’est-ce pas là autant d’occasions qui s’offrent au pays (et comme l’on fait d’autres pays) pour réfléchir sur le développement des métiers de services et de l’aide de proximité ? Il y a nous semble-t-il dans ces problématiques qui se profilent autant d’opportunités à saisir dans le cadre du développement social et de l’émergence de secteurs d’activités bénéfiques pour l’emploi. Bref, ce n’est point une histoire de tourisme et de tourisme uniquement, mais nos économistes de la santé au Maroc doivent en tenir compte aussi.

Visiter le site de l'auteur: http://www.gerontologie-migration.fr

Tribune

Omar Samaoli
Gérontologue et docteur en anthropologie
Directeur de l'Observatoire Gérontologique des Migrations en France
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