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Société Publié

Najat Azmy, une candidate gênante pour le PS à Tourcoing

Les législatives de juin 2007 constitueront l'heure de vérité pour les discours enflammés pour la diversité « républicaine ». Tous les partis se sont engagés à faire une place pour les minorités visibles parmi les notables des palais de la république. Mais à l'épreuve des faits, ces promesses volent en éclat. L'UMP avoue son incapacité à bousculer la vielle garde sortante, tandis que le PS a pris l'engagement de présenter un vingtaine de candidats. La désignation de ces candidats a soulevé quelques polémiques ici et là. A Trappes c'est Safia Otokoré qui débarque de Bourgogne. La franco-marocaine Najat Azmy quant à elle passe de Roubaix à Tourcoing, mais ce déplacement ne fait pas que des heureux. Les responsables de la section locale ainsi que le maire de Tourcoing n'ont que faire de la diversité promise par les instances nationales du PS. Mais Najat Azmy, entourée de quelques militants et encouragée par des électeurs, fait de la résistance. Elle doit d'abord gagner cette première bataille avant d'affronter le célèbre député de droite Vanneste. Entretien.
Temps de lecture: 6'
DR
Yabiladi: Êtes vous, enfin la candidate du PS à Tourcoing?
Najat Azmy :
Je l’ai toujours été, et pas qu’à Tourcoing puisque je suis candidate dans la 10ème circonscription du Nord qui recouvre Tourcoing mais aussi Halluin, Bousbecque, Roncq, Linselles et Neuville-en-ferrain.
J’ai été désignée par la Convention nationale du 1er juillet 2006, à l’unanimité pour porter les couleurs de mon parti dans la 10ème circonscription. Le premier fédéral du PS dans le Nord, Gilles Pargneaux a d’ailleurs voté pour moi, tout comme tous les membres de la municipalité de Tourcoing.
Donc je suis candidate et les retours sur le terrain, extrêmement bons, me confortent chaque jour dans cette position.


Votre projet de candidature a déchaîné les passions dans le nord et plus particulièrement au sein du PS de Tourcoing. Que s'est il passé?
Certains auraient bien aimé se servir de cette investiture pour négocier tranquillement : je te mets là et tu me mets là… Et voilà qu’une candidate qui s’engage, pour le logement, contre la corruption politique, contre la vie chère et contre le cumul des mandats et qui habite le Nord depuis 40 ans est investie. Bien entendu, une minorité s’est opposée à mon investiture. Par exemple, on a refusé de me donner les coordonnées de l’ensemble des militants. Ce n’est pas grave : la réalité est là, des militants se sont engagés à mes côtés parce qu’ils croient en mes valeurs.
La difficulté principale, c’est que ceux qui se sont opposés à ma candidature, ce sont les responsables locaux de la section, alors leur parole est entendue. Mais les vrais militants, eux, l’ont bien compris et il ne faut pas se tromper d’adversaire. D’ailleurs je tiens à la disposition de ceux qui le souhaitent les soutiens écrits que j’ai reçus des militants de la circonscription. Vous savez, si je n’étais pas soutenue, j’aurais été contrainte d’en prendre acte. Si nous avons décidé de continuer, c’est parce que nous sommes soutenus. Les responsables locaux du PS feraient bien d’en prendre conscience.


Un véritable front anti-Najat s'est constitué à la section PS de Tourcoing, comment expliquez vous cette déferlante, alors que le nord n'est pas particulièrement brillant en matière de diversité?
Des personnes se sont effectivement opposées à ma candidature, mais ce n’est pas un front anti-Najat puisque je n’ai jamais reçu autant de soutien qu’aujourd’hui. Ces personnes ont certes crié très fort mais sont en minorité. Ce n’est pas parce qu’on « force » les gens à soutenir quelqu’un qu’au fond d’eux ils vous soutiennent. Moi je pense qu’une fois dans l’isoloir, chacun se prononce en son âme et conscience. Quand ils auront le choix entre un bulletin Azmy et un bulletin Vanneste, qui représente la droite extrême et communautariste, je pense que nous saurons nous retrouver autour des valeurs qui après tout sont censées nous être communes…


Vous n'avez pas le soutien ni du PS local ni de la fédération du Nord, comment comptez vous mener la bataille contre la droite de Vanneste?
Le PS local et la fédération du Nord ont soutenu la Convention nationale du 1er juillet 2006 donc mon investiture. Aujourd’hui, les gens qui changent d’avis devraient prendre leurs responsabilités. Si les valeurs que je représente et la population qui me soutient ne convient pas au PS local, qu’ils le disent…Néanmoins, je suis confiante, François Hollande et Ségolène Royal se sont engagées dans la voie de la diversité , qu’elle soit culturelle ou sociale et il faudra bien qu’ils se prononcent : je ne pense pas que le parti socialiste souhaite se passer d’un vivier de voix.
En outre, j’ai refusé certaines compromissions que l’on me proposait : je ne suis pas à vendre et les personnes qui me soutiennent non plus. Nous avons le devoir de changer les pratiques politiques, pas que dans le sens de la diversité d’ailleurs. Je suis par exemple engagée dans l’association Anticor qui lutte contre la corruption politique. Si mon engagement fait peur à certains, qu’ils me disent précisément pourquoi.

Mon combat contre Vanneste, il est aussi dans le fait de montrer ce qu’il a soutenu comme politique depuis 5 ans : regardez l’état des finances de l’Etat aujourd’hui. Regardez la situation des personnes en France. Moi je dis aux gens, honnêtement, vous voulez vraiment signer de nouveau pour cinq ans d’échec ?


Des mots très durs ont été prononcés par certains socialistes du nord à votre égard, on parle même d'insultes et de menaces, est-ce cela le parti ou il fait bon "vivre" pour les français d'ailleurs?
La politique, c’est vrai, c’est parfois dur…Mais ce n’est pas une nouveauté...Quand on me dit « Retournez chez vous » ou « vous n’êtes pas légitime », moi je le prends juste comme une tentative d’intimidation et ça ne m’atteint pas. La population française est prête à élire une Assemblée effectivement représentative. Des personnes conservatrices n’ont rien à faire au sein d’un parti qui a toujours porté des valeurs progressistes.

Je constate aujourd’hui qu’il y a 12% de femmes au sein de l’Assemblée nationale et aucune femme issue de la diversité, et guère plus de 17,5 % de femmes au sein du Sénat.

Comme par hasard, les seules candidatures qui posent problème sont des candidatures issues de la diversité. Sur les 20 personnes issues de la diversité investies par le PS il y a un an, il en reste aujourd’hui une dizaine. Ce n’est pas ça le parti socialiste français : il y a au parti socialiste une majorité de gens qui défendent une représentativité réelle de la société française à l'assemblée nationale. Je compte bien sur François HOLLANDE qui a toujours défendu cette position pour qu’il prenne position en ce sens.
Les rétrogrades n’ont pas leur place dans notre parti et il est temps de le dire.


Est-ce l'accueil que vous réserve la population qui vous donne la force de continuer ou c'est le soutien des instances nationales?
L’accueil des électeurs et le soutien des instances nationales, effectivement, me confortent dans l’idée que ma candidature est la bonne. Néanmoins, il y a surtout les valeurs que je prône qui sont l’essence même de ma candidature qui, plus que jamais, me motivent.

La pratique politique saine, c’est une valeur que je défends.

Je suis en outre déterminée à lutter contre le cumul des mandats. Quand une même personne est maire, Vice-président d’une communauté urbaine et Vice-président d’un Conseil régional, non seulement il ou elle ne peut pas faire son travail correctement, et ça retombe un jour ou l’autre sur son parti politique, mais surtout c’est une source potentielle de ce qu’on peut appeler une « corruption politique ». Répartir, entre des personnes différentes, les pouvoirs, cela permet de générer un maillon de contrôles successifs, qui va dans le sens d’une démocratisation des valeurs et des pratiques.

Mon parti prône la répartition du temps de travail, il est temps qu’il prône la répartition des mandats et qu’il la mette en œuvre.

Tous ces chantiers, mais aussi le droit effectif au logement et la lutte contre la vie chère me motivent. Je constate, contrairement à ce que certains ont longtemps pensé, que nous avons le pouvoir d’améliorer la situation quotidienne des gens en faisant sauter certains verrous. Alors, pas question de s’arrêter en si bon chemin. Je comprends à présent pourquoi mon discours dérange une minorité de parvenus attachés à de petits avantages. Mon Pays vaut mieux que cela et je suis fière d’être française, socialiste et femme.


Ne pensez vous pas que le soutien du PS "national" est dicté par des préoccupations "marketing" en terme de représentativité des minorités alors que les locaux n'ont que faire de cette question?
Je ne suis pas un produit, je suis une femme et je défends des valeurs et une meilleure qualité de vie. Le parti socialiste a investi Najat AZMY pour les idées qu’elle représente. De plus, il faut du courage aux instances nationales du PS pour lutter contre les réticences de certaines personnes, rétrogrades et fermées sur elles-mêmes, donc je n’ai pas ce sentiment. En outre, les locaux sont des gens comme vous et moi, donc ce sont les premiers concernés. Il ne faut pas confondre les caciques locaux qui eux n’ont rien à faire de la diversité et les véritables locaux, les habitants, qui eux sont touchés directement par cet engagement. En 2002, Lionel Jospin, s’il avait obtenu deux voix supplémentaires par bureau de vote, aurait été qualifié pour le second tour. Je ne pense pas que Ségolène Royal puisse donc faire l’impasse sur cette question : le local et le national sont liés par cette question qui leur est commune. Je n’en suis que la traduction concrète. Alors bien sûr, si, par marketing on entend cohérence et représentativité, on en prend le chemin. C’est long, mais c’est nécessaire.

Blog : http://najatazmy.typepad.fr

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