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Maroc : la corruption, fléau ou fatalité ?

Au Maroc, personne ne nie l'existence de la corruption. Pire, elle est considérée comme une fatalité. Sa traduction en darija suggère la plus totale banalité. En gros, la corruption, on n'y peut rien. Au fil du temps, elle se transforme en une forme de consentement pour les uns, et de résignation pour les autres.
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Le dernier rapport de Transparency Maroc classait le Maroc au 80ème rang sur 180 pays sondés. Dans cette même étude, le Royaume obtient la note de 3,5 sur 10. A se demander si la stratégie de lutte du Gouvernement n'a pas régressé en cours de route. Mais toute société ayant pour ambition de créer un Etat de droit doit s'efforcer de soumettre à la loi la totalité de ses membres. Les choses se compliquent alors quand la Justice se trouve le secteur le plus touché par la corruption.

La corruption touche tous les secteurs. Elle intervient aussi bien au niveau de la sphère privée que professionnelle. Selon une étude établie par Transparency Maroc en 2006, 94% des entreprises considèrent la corruption dans le secteur public comme un obstacle à leur développement. Nombre d'études ont été menées sur le système « clientèliste » du pays. La société marocaine fut analysée comme un système de patronage généralisé, dans lequel le « patron » entretient ses relations clients par des faveurs, apparaissant comme indispensables à son maintien. Sachant que ces mêmes « patrons » sont souvent détenteurs d'une fraction du pouvoir administratif. Dans le monde économique circule l'idée que le secteur privé est moins perméable à la corruption. Les entreprises classent cette dernière au deuxième rang des obstacles à leur développement, après les taux d'imposition.

87% des ménages classent la corruption en quatrième position dans le classement des maux spécifiques au Maroc. Le chômage arrive en première position avec 98%, suivi du coût élevé de la vie (92%) et des problèmes de déchets et propreté (91%). Face à une situation de tentative de corruption, faire semblant de ne pas comprendre peut apparaître comme dissuasif. Mais le fatalisme marocain au regard de ce fléau ne change en rien son opacité, rendant la chose toujours plus difficile à éradiquer.

Pour 95% des chefs d'entreprise et 80% des ménages, la première raison favorisant la corruption est l'impunité de ceux qui la pratiquent. Certes, la loi existe, mais son application est loin d'être acquise. Ne serait-ce que pour les difficultés à prouver que l'on en a été victime. Sans compter que certains supérieurs mettent la pression sur leurs subordonnées pour se laisser corrompre. Toujours selon l'enquête de Transparency Maroc, le désir de s'enrichir et la faiblesse des salaires sont les deux grandes motivations. Mais à force, il apparaît que 84% des entreprises et 69% des ménages admettent que la corruption devient un comportement normal.

Les choses arriveront-elles à changer ? Selon Abdesslam Aboudrar, président de l'Instance centrale de prévention de la corruption (ICPC), l'éducation est le plus important. La conduite du changement induit un certain consensus autour d'une vision commune. Mettre également en place des objectifs à court terme, « parce que les gens doivent y croire ». Notre plus gros problème serait une défaillance de la gouvernance, qu'elle concerne la justice, l'administration ou autre. Une notion qu'il faut « se dépêcher de mettre en œuvre ». Mais pas seulement, rien ne sera possible tant que n'est pas instaurée une politique de méritocratie et une certaine culture du résultat.

Au Maroc, la poursuite judiciaire n'est pas obligatoire quand l'infraction est constatée. Le parquet reste seul juge du bienfondé et de la pertinence de la poursuite. Il est également tenu de prendre des réquisitions en conformité avec les instructions qui lui ont été données par le ministre de la Justice. On aura beau se plaindre du fatalisme qui enveloppe, et cautionne en un certains sens, ce fléau, mais il semble que rien ne puisse être résolu sans une profonde réforme de l'administration. Pourtant, et de par leurs positions, les fonctionnaires détiennent le pouvoir d'accepter ou refuser d'accorder des droits et autres avantages aux administrés. En somme, les fonctionnaires monnayent leur pouvoir. Si entrer dans l'administration devient un privilège, comme le mentionne le rapport, pour lequel il faut payer, pour avoir à son tour le droit de faire payer les autres, le fatalisme se retrouve nourrit de ce cercle vicieux.

Pour lutter contre la corruption, 42% des entreprises et 39% des ménages se disent prêts à payer plus chers les services publics. Mieux, 54% des entreprises se déclarent prêtes à lutter contre ce phénomène en lui attribuant un pourcentage de leur chiffre d'affaires. Une volonté louable, mais la société civile, sans remettre en cause son influence, n'a pas à s'octroyer des responsabilités qui incombent aux pouvoir publics. Chacun son travail.
Un sketch de la talentueuse Hanane Fadili sur la corruption




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