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Culture Publié

Chibanis : La pièce les « Invisibles » bientôt au Maroc ?

Après un succès long de 3 ans en France, la compagnie Nasser Djemaï souhaite venir présenter sa pièce  «Les Invisibles» au public du Maroc. Elle raconte l’histoire d’un jeune homme partant à la recherche de son père au milieu des vieux immigrés maghrébins.

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Les 5 "invisibles" photographiés par Philippe Delacroix. /DR

«Nous serions ravis de faire une tournée au Maghreb et notamment au Maroc.» L’appel est lancé. La compagnie Nasser Djemaï joue «Invisibles», mettant en scène les chibanis - ces immigrés âgés qui restent vivre en France pendant leur retraite - depuis 2011 et jusqu’en mai 2014, dans tous les théâtres de France. «Ce serait presque indécent de ne pas jouer au Maroc. Ils viennent de là, du Maghreb. Tout le monde me demande pourquoi nous n’y avons pas encore joué», fait remarquer Nasser Djemaï, auteur et metteur en scène de la pièce.

«Invisibles» raconte l’histoire d’un jeune homme, Martin Lorient, 27 ans, qui a la mort de sa mère part à la recherche d’un père qu’il n’a jamais connu. Sa quête le mène jusque dans un foyer Sonacotra où vivent les premiers immigrés maghrébins arrivés en France après la seconde guerre mondiale ; aujourd’hui âgés et oubliés. «C’est avant tout l’histoire d’un homme détruit qui se reconstruit aux contacts de ces hommes», précise son auteur.

Sans rancoeur

La durée de vie de la pièce est assez rare pour être soulignée, au regard du nombre de représentation moyen dans le spectacle vivant, en France. «Je pense que notre succès tient aux qualités dramatiques de la pièce, à celle des acteurs qui ont su s’effacer derrière leur personnage, mais aussi parce que nous abordons un terrain dangereux. Les gens se disent ‘encore un gars qui va nous donner des leçons’, mais au contraire si je pointe des erreurs liées à la colonisation, des souffrances, je le fait sans rancœur, sans juger et de façon apaisée.», explique Nasser Djemaï.

En 3 ans d’existence, la pièce n’a pas vraiment évolué, elle s’est plutôt affinée. «On a beaucoup coupé dans les dialogues pour laisser place au mystère. Au début j’avais peur de ne pas être compris et je donnais parfois trop d’explications dans des scènes qui se suffisaient à elle-même», détaille le metteur en scène. De fait, la pièce ne se veut pas didactique, mais développe au contraire une dimension onirique, poétique et fantomatique qui l’éloigne de la démonstration sociale et militante.

Mémoire collective marocaine

Elle a pourtant une utilité sociale que reconnaît Nasser Djemaï. «Beaucoup de spectateurs venaient me remercier d’avoir traité ce sujet de cette façon. Beaucoup m’ont dit ‘on ne regardera plus jamais ces hommes de la même façon’, raconte-il, ma pièce les a aidés a mieux comprendre ces hommes.»

Si la pièce est programmée au Maroc comme l’espère la compagnie, elle permettra également aux spectateurs marocains qui viendront la voir de mieux les comprendre, ces chibanis qui reviennent encore régulièrement au pays. Contrairement à ce que pense l’auteur de la pièce, même si l’émigration appartient à la mémoire collective des peuples du Maghreb, il est moins sûr que la réalité quotidienne crue et douloureuse de ceux qui sont aujourd’hui des chibanis, y soit véritablement connue.

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