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Culture Publié

Taha Adnan: "L’exil, comme la « patrie » d’ailleurs"

Taha Adnan est un poète marocain résidant à Bruxelles. Arrivé en Belgique en 1996 pour continuer ses études supérieures, il se tourne vers la poésie, et spécialement celle centrée sur l’exil. Dans le cadre du festival transsaharien de Zagora, le poète était présent pour intervenir sur le thème de cette sixième édition, le cinéma des migrants.
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Yabiladi.com: Vous venez de participer à la 6ème édition du festival de Zagora, qu’en avez-vous retenu ?

Taha Adnan: Comme à l’accoutumée, le désert était à l’honneur. Cette édition a été distinguée par le vibrant hommage qui a été rendu au vétéran des comédiens marocains Abdeljebbar Louzir, pour toutes ses contributions signées dans le monde du théâtre et du cinéma. Mais ce qui a fait vraiment la particularité de cette édition c’est son ouverture sur le thème du cinéma de l’immigration.

En quoi le cinéma des migrants peut avoir une dimension universelle ?

Lorsqu’on parle ici d’insertion ou d’intégration cela présupposait, la nécessité pour l’immigré d’oublier son identité première ou tout-au-moins d’adhérer à un certain cosmopolitisme, défini selon le pays d’accueil. Mais on oublie souvent que les migrants sont d’abord des citoyens, citoyens d’ici et d’ailleurs, citoyens du monde qui sont capables de raconter, par le billet du cinéma, à la fois leur spécificité et leur universalisme.

Vous écrivez beaucoup sur l’exil, quelles sont les différences entre votre traitement de cette thématique en tant qu’écrivain et poète et le traitement cinématographique ?

« Les poèmes de Sargon Boulus m’ont séduit/ La littérature de l’exil m’a séduit/ Depuis la ligue pour la Plume/ Jusqu’au dernier poème gelé/ D’un poète irakien/ Attendant d’être reconnu réfugié politique au Danemark/ Hicham Fahmi, mon ami/ Arrête de rêver pour rien/ D’émigrer en Suisse/ Et garde à ta poésie/ Sa cruauté familière ». C’est ainsi que j’ai abordé le concept d’exil dès mon arrivée à Bruxelles. Je me suis vite trouvé partisan d’une conception de l’exil, comme de la « patrie » d’ailleurs, allégée des dimensions symboliques dominantes et de ses surcharges affectives, sentimentales. Bien que Cervantès m’ait précédé en disant que là où il met les pieds est son pays, ceux qui sont épris d’exil trouveront quelque consolation dans le fait que le premier homme à marcher sur terre fut un exilé du paradis divin. Dans ce sens, la Terre toute entière s’érige en exil de toute la création. Malheureusement dans le cinéma on préfère généralement chanter la douleur de l'exil et l'amour des racines.

Qu’entendez-vous par 3ème voie de cinéastes ?

L’attitude des gens du cinéma varie entre ceux qui même en choisissant de vivre et d’exercer à l’étranger, choisissent de développer des cultures de ghetto et de parler du mal de vivre loin de son pays, ou ceux, plus intégrés, qui optent pour faire des films tellement « spécifiant » qu’ils tombent dans le genre purement ethnographique ou absolument « universalisant » qu’ils finissent par manquer d’originalité et faire le plagiat des œuvres du pays bien faisant.

La troisième voie qui transparait maintenant, c’est celle de cinéastes, qui se sont exorcisés de ces phobies et qui sont entrain de développer partout dans le monde un cinéma transnational, un cinéma dont on ne peut renier la spécificité et dont l’universalité relève de l’incontestable.

Vos projets futurs ?

Permettez-moi d’abord de rappeler la parution cette année de mon dernier recueil de poèmes intitulé "Akraho Al Hob" (Je hais l'amour) chez Dar Nahda Al Arabia à Beyrouth. Une traduction française signée Siham Bouhlal et une version espagnole signée par Antonio Lopez-Pena verront le jour dans le courant de 2010. Je vais aussi proposer des poèmes de ce recueil au public de Bucarest où je participe à la 13ème édition du festival international de poésie du 8 au 14 juillet. Après je dois songer sérieusement à préparer la 4ème édition du Salon littéraire arabe de Bruxelles prévue du 23 au 25 octobre prochain.
Festival Zagora 2009: Un programme riche sous le signe de l’universalité

La sixième édition du festival transsaharien qui s’est déroulé du 17 au 20 juin, a connu la présence de plusieurs artistes, écrivains et poètes nationaux et internationaux. Les organisateurs ont tenu à rendre un vibrant hommage à l’acteur comédien marocain Abdeljebbar Louzir, un grand nom du théâtre marocain. L’édition a proposé plusieurs films avec notamment Amour Voilé d’Aziz Salmi, Whatever Lola wants de Nabil Ayouch, Number One de Zakia Tahiri, un film de la réalisatrice palestinienne Nada Al Yassir et Australie du réalisateur australien Baz Luhrmann. Tous Les films projetés lors de cette sixième édition avaient un trait commun avec la thématique du festival : L’universalité.

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