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Culture Publié

Maroc : Le festival du film amazigh ne diffusera pas de film en amazigh

Le festival du film amazigh ne diffusera pas de film en amazigh cette année, en signe de protestation contre le budget alloué par le Centre cinématographique marocain (CCM) et le ministère de la Communication. Le directeur de l’événement avait bien lancé l’alerte depuis plusieurs semaines, mais les autorités n’ont pas réagi. Le CCM  rejette toute responsabilité, tandis que Mustapha El Khalfi aurait promis de mieux faire l’année prochaine «inch Allah».

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Le Festival Issni N’Ourgh international du film amazigh se déroulera du 23 au 28 septembre à Agadir. Cette 7ème édition, organisée à la Chambre de commerce, d’industrie et de services, ne diffusera que des films étrangers, sans en projeter un seul en langue amazighe. Il est vrai que le cinéma catalan est à l’honneur cette année, mais là, n’en est pas la raison.

Il s’agit, en fait, d’une manière pour les organisateurs de protester contre le budget alloué à l’évènement : 50 000 dirhams. Un budget fixé par une commission interdépartementale en charge du dossier. «La somme que la commission du CCM [Centre cinématographique marocain, ndlr] et du ministère de la Communication nous octroie n’est pas au niveau de notre festival devenu international depuis sa deuxième édition», affirme à Yabiladi Rachid Bouksim, directeur du festival.

Il accuse le CCM de ne pas correctement gérer le dossier de cet événement. «Nous n’apparaissons même pas sur leur site internet. Pourtant, jusqu’à l’an dernier, c’est cet organisme qui s’occupait du festival du film amazigh», relève M. Bouksim. «La première et la deuxième année, nous n’avons rien eu. La troisième année, on nous a donné 10 000 dirhams. Pour la quatrième et la cinquième édition, nous avons eu 20 000, pour la sixième 30 000 et maintenant 50 000 dirhams», explique-t-il. L’homme estime que ce festival vaut beaucoup plus que cela. «C’est la mairie d’Agadir qui l’a compris et nous a attribué une enveloppe de 300 000 dirhams».

Le CCM rejette la responsabilité

De son côté, le CCM rejette toute responsabilité. «Ce n’est pas le [Centre] qui organise ce festival», nous a sommé notre interlocuteur au CCM qui a juste eu le temps de nous donner le contact du directeur Nourredine Saïl, avant de nous raccrocher au nez.

Finalement l’assistante de M. Saïl nous contactera pour nous dire que le CCM «n’est pas l’organe à consulter concernant cet événement». «Nos éléments membres de la commission n’en n’assurent pas la présidence [ils n’ont donc pas un pouvoir décisionnaire, ndlr]. Ce sont des gens qui ne sont pas salariés au CCM», affirme-t-elle.

«C’est absolument faux», renchérit M. Bouksim soulignant que «la commission est majoritairement constituée des hauts fonctionnaires du CCM». Il cite en exemple le secrétaire de ladite commission et bien d’autres collaborateurs. «Nous accusons le CCM, car c’est l’organisme qui s’occupe des manifestations cinématographiques dans ce pays. De plus, cette commission travaille dans les locaux du centre, utilise son matériel (e-mail, fax, etc.)», explique-t-il. «Ils disent qu’ils ne sont pas responsables, pourtant cela fait six ans que nous travaillons avec eux», ajoute-t-il.

«Nous ne travaillons pas avec inch Allah, nous travaillons suivant le cahier des charges»

Le ministre de la Communication, Mustapha El Khalfi, aurait quant à lui discrètement contacté Rachid Bouksim pour calmer le jeu. «Il nous a demandé d’accepter les 50 000 dirhams cette fois et que l’année prochaine il fera mieux inch Allah. Mais nous lui avons dit  que nous ne travaillons pas avec inch Allah, nous travaillons avec le cahier des charges dont notre festival rempli toutes les conditions», tranche-t-il.

Pour l’heure, le ministre de la Communication n’a pas encore officiellement réagi à ces plaintes. Nous avons en vain essayé de le contacter vendredi après-midi. D’après Rachid Bouksim, toutes les parties concernées par le cinéma au Maroc, au lieu d’essayer d’agir ainsi vis-à-vis du film amazigh devrait mieux réfléchir à une stratégie pour améliorer leur qualité. D’autant plus que «le cinéma amazigh est un produit marocain pour le Maroc tout entier».

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