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Culture Publié

Etats-Unis : Une bibliothèque a acquis des livres marocains datant du 19ème siècle

Si le Maroc a été le dernier pays maghrébin à être sous domination française, il est aussi le pays qui a mis le plus de temps à se mettre aux nouvelles techniques de diffusion de connaissance, telle l’imprimerie. Au 19ème siècle, la  lithographique était la technique d’impression la plus répandue. Deux siècles plus tard, elle refait surface lorsqu’une bibliothèque américaine reçoit une grande collection de lithographie marocaine.

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Kitab al-Shihab bi-hamd al-Malik al-Wahhab de Mohamed ibn Salamah al-Qudai

Technique d'impression utilisée pour la création ou la reproduction d'œuvres, la lithographie  a été introduite par les français en Algérie en 1845. Au Maroc, elle n’a vu le jour qu’en 1865. «Le matériel fut acheté en Egypte par un obscur cadi de Taroudant, qui par la suite en fit don au sultan Mohammed IV», explique Abdallah Laroui dans «Les origines sociales et culturelles du nationalisme marocain».

Récemment,  «Penn Librairies»,  les bibliothèques de l'Université de Pennsylvanie, ont acquis une grande collection de lithographies marocaines imprimées à Fès, en plus d’un nombre important de manuscrits marocains datant de la fin du  19ème siècle-début 20ème siècle.

Datant plus précisément de 1865 à 1936, la collection comprend des ouvrages issus du début de la pratique de la technique à Fès jusqu’à l’avènement du protectorat, dont cinq productions qui datent des toutes premières lithographies produites à Fès et imprimées en caractères mobiles. A noter que la capitale spirituelle du royaume comptait à l’époque quatre ateliers lithographiques. Des ateliers où se réunissait une intelligentsia marocaine désireuse «de conserver son savoir face à aux colonisateurs» et soucieuse de «préserver un héritage culturel riche aux générations futures.»

Et aujourd’hui, c’est le Dr. Faouzi Abdulrazak qui a décidé de remettre ces lithographies à la lumière du jour. Auteur et expert en histoire de l’impression au Maroc, c’est lui qui a fait don de sa collection à la bibliothèque américaine, qui est annexée à l’université de Pennsylvanie. «La collection lithographies de Fès offrira aux étudiants de l’université une opportunité d’étudier l’histoire de l’imprimerie au Maroc et leur permettra d’apprendre des choses sur le monde islamique, en général, mais aussi sur le Maroc, dans une période délicate de son histoire » déclare David Giovacchini, bibliothécaire spécialiste du Moyen Orient à Penn Librairies.

De la lithographie à l’imprimerie

Pour revenir un peu plus récemment à l’histoire de l’imprimerie au Maroc, plus particulièrement celle des imprimeurs,  Bouâzza Benchâra est sans doute le plus subversif des imprimeurs marocains, victimes des années de plomb. Actuellement âgé de 75 ans et libraire à Oujda, il fut longtemps celui qui défendait les plumes acerbes, censurées par le pouvoir en place dans les années 60 et 70, car révélatrices d'une réalité trop crue pour être servie au grand public. Il a notamment accompagné Mohamed Choukri dans «Majnoun Lward», «Souk Dakhili» et «al-Khayma» et «Le Pain nu» en version originale arabe. Malgré la pression et les menaces, rien n’arrêtait ce «kamikaze» de l’imprimerie. Jusqu’au jour où, pour les autorités, c’en était trop, et pour la rentabilité, c'en était peu. Dans les années 80, Benchâra imprime un recueil de poèmes d'Ali Kaitouni Idrissi en français, ce qui vaut à l'auteur une arrestation et 15 ans d'emprisonnement. Pour les représentants du pouvoir, l’auteur de ce recueil n’aurait jamais dû évoquer Che Guevara et Mehdi Ben Barka dans ses poèmes… Quelques années plus tard, Benchâra fermera son imprimerie.

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