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Sport Publié

Ne jetons pas la « jeunesse possible » avec l’eau du hooliganisme !

Bien qu’on ne puisse retirer leurs parts de responsabilités dans les incidents du "jeudi noir de Casablanca" suite au match de foot Raja versus FAR, il est essentiel de rappeler que ces jeunes supporters sont les premières victimes d’un système d’enseignement totalement défaillant, tant sur le plan académique que morale.

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Tifo des supporters du Raja de Casablanca /DR

L’école est non seulement un lieu d’apprentissage mais également un espace où doivent se diffuser des valeurs, comme le respect, l’entente, la recherche de la paix et du bien être avec le reste de la communauté. La délinquance et le hooliganisme sont les conséquences néfastes d’un système d’enseignement dont les failles montrent aujourd’hui le danger pour l’ensemble de la société.

Avant de juger les auteurs des incidents de Casablanca, et bien que nous respectons l'indépendance de la justice, il est important de noter qu’ils ne seront pas les derniers à commettre de tels actes. En effet, un travail de sensibilisation doit avoir lieu à différents niveaux de la société à commencer par l’école, le domicile familial, les maisons de jeunesse, les clubs de foots, les associations de supporters, pour in fine prévenir de nouveaux actes de violences tels que ceux de Casablanca il y a quelques semaines. Une mesure punitive ne résoudrait pas ce problème, qui est un problème de fond.

Arrestations arbitraires

Sans pour autant faire preuve de laxisme, j'estime que des arrestations, décrites par les familles comme arbitraires, ne sont pas une solution viable au problème du hooliganisme. Aussi, dans une société comme la nôtre, où la violence est malheureusement extrêmement présente, notamment dans les milieux défavorisés, l’option d’une vengeance/vendetta collective est envisageable. Les jeunes sont parfois victimes d'un système de sécurité inhumain de bavures répressives intolérables. Nous entrerons dans un cycle de violences néfastes pour l’ensemble de la société marocaine, avec une radicalisation de certains groupes de supporters de football.

La violence est désormais une composante de notre société contre laquelle il faudra lutter avec courage et convictions. On parle aujourd’hui de «violence normalisée». La meilleure façon de prévenir la violence est d’encourager l’égalité des chances, car chaque fois qu’il y inégalité et rapport de domination la prédisposition à la violence prend une ampleur considérable et peut représenter un danger pour le lien social.

Il faut adopter une démarche préventive et pédagogue, et entamer un effort d’intercompréhension et d’entente mutuel, et ce au niveau de toutes les composantes de notre société. Cette démarche ne saurait être concluante sans un relai dans les modes de communication que nous utilisons pour réduire la violence, sa portée, sa teneur et ses conséquences. Ces jeunes sont des victimes, et souffrent d’un problème de sociabilité, d’où l’urgence de réfléchir à des modalités visant la promotion d’une culture non violente.

Le football fabrique du lien social

Rappelons également que les auteurs de ces incidents sont une minorité active, leurs agissements ne font pas l’adhésion de la grande majorité des supporters marocains, qui aiment le football et refusent l’instrumentalisation de ce sport à des fins violentes. Le football est pour de nombreux jeunes un lieu de loisir, un espace de solidarité, où se noue des relations sociales et humaines fortes, où l’esprit d’équipe, de cohésion peut se former. Il forge aussi le sentiment d’appartenance et participe au «vouloir vivre ensemble». Le football est une passion et un moteur pour une grande partie de notre jeunesse, il est un domaine où tous les rêves sont possibles, où l’espoir jaillit.

Un message optimiste de sensibilisation doit être élaboré de concert avec les clubs de football et les associations de supporters pour prévenir du hooliganisme et de la violence dans les stades. Le vouloir vivre ensemble et le respect de l’autre doivent l’emporter sur les tensions, la haine et la violence, tant de valeurs contraires à la culture d’ouverture de notre Maroc.

Rappelons que le Maroc se trouve à la croisée des chemins depuis la publication du rapport pour le 50ème anniversaire du développement humain (communément appelé rapport du cinquantenaire). Le Maroc se trouve dans une position historique, face à deux projets de société distincts : celui du progrès et du développement, et celui de la régression et de la violence. Notre devoir est d'accompagner la jeunesse marocaine vers la première voie. L’exclusion et la marginalisation d’une partie de la jeunesse marocaine auront des conséquences néfastes non seulement sur notre développement socio-économique, mais également sur notre processus démocratique et la cohésion sociale. Nous visons l’instauration d’une société juste, démocratique, tolérante et humaniste et la jeunesse doit en être le moteur. C’est la «Jeunesse Possible» !

Tribune

Omar Alaoui
Acteur associatif et politique
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