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Société Publié

Frontexit : Lobbying contre l’agence européenne de surveillance des frontières

Crée en 2006, l’agence Frontex de surveillance des frontières de l’Union européenne a pris une ampleur considérable en toute discrétion. Le bien nommé réseau associatif international Frontexit vient de naître en réaction à l’opacité qui entoure cette agence. Elle réclame des comptes aux élus de l’Europe.

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«L’Europe est en guerre contre un ennemi qu’elle s’invente.» Une nouvelle campagne internationale de lutte contre l’agence européenne de surveillance des frontières a débuté, hier, mercredi 21 mars, à Bruxelles. « Frontexit» vise à informer et militer «pour réclamer la transparence sur le fonctionnement de l’agence […] et exiger le respect des droits des migrant-e-s aux finrontières», indique le communiqué du réseau international fédérant 21 associations, du Mali et de la Mauritanie, à la Belgique en passant par le Maroc.

Par l’action de lobbying qu’elle prévoit auprès de l’opinion publique et des hommes politiques ; le réseau demande : «la transparence sur les mandats, les responsabilités et les actions de Frontex, la suspension des activités de l’agence identifiées comme contraires aux droits humains, l’annulation du règlement créant l’agence Frontex, s’il est démontré que le mandat de l’agence est incompatible avec le respect des droits fondamentaux.»

Frontexit après Frontexplode

Ce mouvement militant n’est pas le premier a s’être formé en réaction à la très méconnue agence européenne. Le mouvement «Frontexplode» a également été créé il y a plusieurs années, sur le même principe, sans grand succès. Il relaie et soutient les actions de lutte pour les droits des migrants et, plus globalement, pour la liberté de circulation. Comme Frontexplode, Frontexit entend demander des comptes à l’Union européenne à propos de Frontex.

Il s’agit bien de comptes, car en plus de l’opacité qui entoure encore aujourd’hui, soit 9 ans après sa création, cette agence européenne, son budget est colossal. Dans son livre, «Xénophobie business, à quoi servent les contrôles migratoires ?», paru en octobre 2012, Claire Rodier, explique que Frontex a vu son budget passer de 6 millions d’euros en 2005, à 86 millions d’euros en 2011, soit 14,3 fois plus en 6 ans. Financée par les Etats membres, elle a pour fonction de lutter contre l’immigration irrégulière et renvoyer ceux qui sont entrés par avion.

455 euros par interception

En 2008, elle a dépensé 24 128 619 euros pour empêcher 53 000 personnes d’entrer, soit 455 euros par personnes, alors que dans le même temps, dans toute l’Europe, au titre de l’immigration, 2 millions de personnes sont entrées dans les Etats membres depuis un Etat extérieur à l’Europe (abstraction fait de nombre de personnes qui ont quitté, cette année là, le territoire de l’Union européenne). Le nombre de personnes interceptées représentent 2,65% du nombre total de personnes à être entrées légalement dans l’Union.

Le rapport coût/bénéfice de l’action de l’agence, se mesure aussi aux flux migratoires. Ponctuellement, les opérations menées par Frontex se révèlent d’une redoutable efficacité, au point de presque réduire à néant le nombre de personne à vouloir encore tenter de parvenir en Europe en passant par les Canaries, par exemple. Globalement, ces actions coups de poings ne font que convaincre les migrants d’adopter une nouvelle stratégie, une nouvelle route pour l’Union européenne.

A qui profite le crime ?

En 2008, Frontex annonçait que l’opération Minerva, mise en place pour protéger le sud-est de l’Espagne et les Baléares, avait fait chuter les arrivées en provenance du Maroc et d’Algérie de 23 % – sans préciser que, dans le même temps, le nombre de migrants ayant traversé la Méditerranée depuis la Libye vers Malte et le sud de l’Italie avait doublé», raconte Claire Rodier dans son livre.

Des sommes folles dépensées pour presque rien, les Etats de l’Union européenne sont-ils naïfs et aveugles ? Claire Rodier propose plutôt de répondre à la question : à qui profite le crime. Avec 86 millions d’euros de budget, Frontex a acheté ses propres équipements militaires. Une véritable petite armée : «vingt-six hélicoptères, vingt-deux avions légers, cent treize navires, quatre cent soixante-seize appareils techniques (radars mobiles, caméras thermiques, sondes mesurant le taux de gaz carbonique émis, détecteurs de battements de coeur…). Tel était en 2010 l’inventaire dressé par l’agence européenne des frontières […]», rapporte Claire Rodier. Autant d’équipement acheté aux industriels de l’armement.

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