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Grand Angle

Pays-Bas : A Musica Mundo, Zainab Afailal mêle la musique andalouse à l’opéra d’Aylin Sezer

La clôture du festival Musica Mundo, dimanche à Amersfoort (Pays-Bas), a été l’un des moments les plus forts de cette septième édition. Dans le cadre de la programmation de cette dernière journée, l’intitulé de cet événement a pris tout son sens, avec le concert de deux artistes issues d’écoles musicales classiques : Zainab Afailal, chanteuse de musique andalouse vivant en Espangne, et la soprano turco-néerlandaise Aylin Sezer. Les mélomanes en sont comblés.

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Aylin Sezer (g.) et Zainab Afailal (d.) / Ph. Peter Putters - Musica Mundo - Rythms of the World
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En coproduction avec l’Orchestre andalou d’Amsterdam, le compositeur néerlandais Thijs Borsten, la soprano turco-néerlandaise Aylin Sezer et la chanteuse soliste de musique andalouse Zainab Afailal, basée en Espagne, ont fait de la clôture du festival Musica Mundo à Amersfoort (Pays-Bas) un moment fort qui a enchanté les férus de tous les styles musicaux. Pour la quatrième fois consécutive, l’événement a en effet proposé un ensemble spécialement composé pour l’occasion. Le Musica Mundo Orchestra a ainsi réuni des artistes de différentes écoles, pour interpréter le concept de «musique classique» à partir de leurs propres cultures. Les artistes se défient, se complètent et s’offrent un espace d’expérimentation, créant des sonorités recherchées et innovantes inédites, dans une dimension résolument universelle.

Violon, qanun, luth, violoncelle, percussions de riqq et darbuka, tous les instruments classiques ont accompagné sur scène l’interprétation en toute finesse d’Aylin Sezer et de Zainab Afailal, célébrant ainsi l’héritage andalou et sa capacité à s’actualiser, ou à rencontrer d’autres styles musicaux classiques. Dans son entretien avec Yabiladi, à la fin de son concert sur place, la chanteuse marocaine a exprimé sa joie «d’avoir eu l’occasion de sortir de [sa] zone de confort, étant forgée principalement à la musique andalouse».

«Le défi a été que j’interprète des morceaux de la musique classique occidentale. L’idée de l’Orchestre musical d’Amsterdam a été que je choisisse des chansons de mon répertoire pour que nous travaillions dessus toutes les deux aussi, Aylin et moi, sur la base d’une sélection de morceaux adaptables en duo, tenant compte du background classique d’Aylin et du principe de mettre à sa portée des Mouachah et d’autres chants andalous, interprétables par une soprano», nous a dit Zainab Afailal.

Zainab Afailal / Ph. Peter Putters ; Musica Mundo - Rythms of the WorldZainab Afailal / Ph. Peter Putters ; Musica Mundo - Rythms of the World

Expérimenter chant andalou et soprano

L’expérience a été des plus riches, lors des préparations comme sur scène, a estimé Aylin Sezer auprès de Yabiladi. «Il m’a été demandé aussi de choisir des morceaux de mon répertoire, adaptables au chant arabe et soprano à la fois, pour nous toutes les deux sur scène. Zainab s’est brillamment prêtée à l’exercice et son interprétation a été de toute beauté. J’ai été très impressionnée par sa prestation», nous a-t-elle déclaré. Pour la chanteuse marocaine, l’idée a en effet été d’être «challengée» sur une couleur musicale qu’elle a toujours écoutée, mais jamais performée. «Avec les répétitions chacune à part, puis celles que nous avons faites à deux ici, nous avons pu réussir le pari», s’est-elle félicitée.

Pour Alyn Sezer, cette création artistique est la preuve que même les musiciens de différentes nationalités et de divers bagages artistiques peuvent se réunir sur scène et se mettre en symbiose les uns avec les autres.

«L’école classique repose sur le principe de lire les partitions. Mais généralement, la musique est d’abord quelque chose que nous ressentons. Une fois que nous commençons, chacun fait des interprétations selon son langage musical, tout en y mettant de sa personne. La plus belle des choses, pour nous en tant que musiciens et artistes, est que nous avons l’exigence d’être ouverts aux possibilités que permettent ces interactions, tant qu’on leur donne le temps nécessaire pour comprendre les expressions des uns et des autres, puis surtout de les accepter afin de tenter l’aventure d’expérimenter de nouvelles choses.»

Alyn Sezer

Alyn Sezer / Ph. Peter Putters ; Musica Mundo - Rythms of the WorldAlyn Sezer / Ph. Peter Putters ; Musica Mundo - Rythms of the World

Pour sa part, Zainab Afailal rappelle que «même le concept du festival porte bien le nom de Musica Mundo : ce sont des musiques et des musiciens du monde entier».

«Lors de notre concert, nous avons chanté en français, en allemand, en anglais, en arabe classique, en turc, en dialect marocain. Sur scène, il y avait des musiciens de différentes nationalités. On sent intérieurement que l’essence du festival se traduit bien lors des spectacles. Il suffit pour nous d’écouter nos âmes et de nous laisser suivre là où elles nous mènent, selon les couleurs artistiques et les langues qu’elles veulent parler», nous dit-elle.

«La musique est un langage universel qui s’écrit de toutes les façons, car elle parle l’âme, notre amour pour l’art qui nous rassemble sur scène. Techniquement, cela demande un peu plus de répétitions que d’habitude, mais simplement pour trouver l’harmonie entre cet ensemble.»

Zainab Afailal

Retrouver le sens universel de l’expression musicale

Eduquée à l’école occidentale, Aylin Sezer nous confie apprécier particulièrement ce type de projets. «Je suis musicienne occidentale, mais ma personne est un tout : je suis née et j’ai grandi en Turquie, dont il en reste toujours quelque chose dans mon oreille et dans mon âme musicales. Je ne peux m’empêcher de bouger en entendant un rythme de darbouka. Dans un spectacle comme celui avec Zainab, la personne et la musicienne en moi se rencontrent et s’entremêlent. Dans ces moments-là, la musique n’est plus quelque chose de technique pour moi, mais une prestation qui vient du cœur, que je partage avec moi-même, avec les musiciens et avec le public», a-t-elle déclaré.

Ph. Peter Putters ; Musica Mundo - Rythms of the WorldPh. Peter Putters ; Musica Mundo - Rythms of the World

En tant que professionnelle de la musique andalouse, Zainab Afailal a également grandi et été éduquée à cette école uniquement, «en tant que courant musical classique de la culture marocaine, né et développé à Al-Andalous, puis évolué et richement élaboré au Maroc». «Par le fait de mon vécu dans le pays d’origine puis en Espagne, de part et d’autre de la Méditerranée, j’ai l’impression de vivre la même expérience, comme si j’avais simplement voyagé à travers le temps pour m’imprégner réellement de l’idée que cette musique n’est pas uniquement celle développée par Ziryab dans son parcours, entre la Mésopotamie et la péninsule ibérique», a souligné la chanteuse.

«Le style andalou, c’est aussi celui qui s’est ensuite mêlé aux chants amazighs et ceux de l’église, dans la péninsule. Contrairement à ce que l’on pense, même la musique andalouse est un mélange de l’essence de celles aux divers affluents. De ce fait, lorsqu’elle rencontre d’autres couleurs musicales, il suffit que nous soyons férus d’un certain esprit de l’aventure, pour découvrir de nouvelles expériences artistiques.»

Zainab Afailal

Le pari est réussi. Dans une harmonie captivante, Zainab Afailal et Aylin Sezer ont tenu en haleine un public varié, de par son bagage culturel, son âge ou son origine. C’est tout le succès de l’incarnation du caractère universel de la musique, qui aura été célébré dans une dimension mondiale à Amersfoort, du 27 au 30 juin.

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