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Tribune

Ighermen : Un village au cœur de la crise de l'eau après le séisme d’Al Haouz

Grâce à des échanges approfondis avec les habitants du village d'Ighermen (commune de Adassil, province de Chichaoua) lors d'un focus group, à l’occasion de réunions de mise en place du projet d’accompagnement au développement de Amal Biladi, nous avons pu recueillir des informations détaillées sur la crise aiguë de l'eau potable que subit ce village de 405 habitants. Depuis le tremblement de terre du 8 septembre 2023, la situation déjà difficile est devenue critique, avec la moitié des infrastructures hydrauliques (financées par des bienfaiteurs) gravement endommagées.

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Photo du village Ighermen dans la province de Chichaoua / Ph. Amal Bladi
Temps de lecture: 3'

A Ighermen, les collecteurs permettant un accès direct à l'eau ne sont plus opérationnels, et les systèmes de distribution restants sont vétustes et mal entretenus, souffrant de fuites et de pertes importantes. Le village est desservi par une source située 3 km plus haut en montagne, d'où l'eau est acheminée par des tuyaux souterrains jusqu'à un château d'eau avant d'être redistribuée aux points d'eau du village, mis en place par l’association de développement locale.

Cependant, les infrastructures de distribution, vieilles de 10 à 20 ans, sont désormais en mauvais état, avec des sections de tuyauterie cassées à cause du séisme et bouchées par le calcaire et la terre. En amont du village, les tuyaux cassés causent une surconsommation d'électricité pour le pompage, entraînant des coûts extrêmement élevés.

Ighermen n'est pas raccordé au réseau national, et faute de moyens prévus à cet effet par la commune, aucune analyse de potabilité ou de salinité de l'eau ne peut être effectuée. Les habitants rapportent que l'eau, calcaire, est traitée au chlore de piscine ou à l'eau de Javel, parce qu’ils ont entendu dire que cela diminuait les risques. De nombreux villageois souffrent de calculs rénaux, une conséquence probable de cette eau de mauvaise qualité, et selon ce que nous ont dit les habitants avec lesquels nous avons discuté, environ 80 à 90 % des habitants rencontrent ce problème. Certains prennent la précaution de laisser l’eau «reposer» une nuit pour que les traces de calcaire et de terre descendent au fond du grand réceptacle dans lequel ils mettent l’eau.

L'été, période critique

La crise de l'eau est particulièrement sévère de mai à novembre, période durant laquelle les pénuries peuvent durer 3 à 4 mois. Pour se ravitailler, les habitants doivent parcourir de longues distances à travers les montagnes, une tâche ardue qui incombe principalement aux femmes et aux enfants. Pendant les périodes de pénurie, chaque foyer envoie une personne marcher une heure aller-retour pour remplir des bidons de 10 à 20 litres ; une tâche qu'ils peuvent répéter jusqu'à cinq fois par jour.

Le coût élevé de l'eau, à 4 dirhams le m³ avec une augmentation progressive jusqu'à 25 dirhams le m³ pour décourager la consommation excessive, et de l'énergie nécessaire pour la pomper sur de grandes distances, constitue une lourde charge financière. Cette situation limite l'eau disponible pour l'irrigation et impacte gravement les récoltes, exacerbant les tensions sociales. Les foyers plus aisés consomment davantage, au détriment des moins fortunés, entraînant des conflits, notamment dans le secteur agricole, où le détournement et le non-respect des quotas sont fréquents.

En somme, l'offre en eau dans le village d'Ighermen est largement insuffisante pour répondre aux besoins de ses habitants. Les difficultés d'approvisionnement, aggravées par le tremblement de terre, imposent une période de restrictions sur un tiers de l'année. Cette pression excessive sur les rares points d'eau fonctionnels génère des tensions et des inégalités, mettant en lumière la vulnérabilité de ce village face aux crises hydriques.

Des solutions innovantes expérimentées

Le village d'Ighermen utilise l'eau pour la boisson, la cuisine, l'hygiène et l'agriculture, avec environ 7 litres par jour par foyer. Malgré l'existence d'une association locale pour gérer les ressources hydriques, la communauté n'a pas reçu de formations sur la gestion de l'eau et l'hygiène. Les habitants sont cependant favorables à l'adoption de nouvelles technologies pour améliorer l'accès à l'eau potable, comme les panneaux captant l'eau atmosphérique, et sont prêts à participer à l'entretien des nouvelles infrastructures.

Suite à nos visites terrain dans plusieurs villages depuis le séisme, et le partenariat qui a été entériné avec Agua de Sol il y a plusieurs mois, nos discussions avec quelques habitants du village Ighermen et des membres du bureau de l'association de l'eau ont confirmé notre approche. Amal Biladi va mettre en place la technologie Sun Air Fountain de Agua de Sol, qui sont des panneaux solaires équipés de capteurs d'humidité, qui transforment l'eau atmosphérique en eau potable reminéralisée. Les habitants du village auront ainsi un accès grandement facilité à l'eau, via une coopérative féminine qui sera mise en place à cet effet.

Et bien évidemment, nous pensons aux deux autres villages dans lesquels Amal Biladi agit depuis le 10 septembre, et de manière plus globale aux 3000 impactés par le tremblement de terre, et qui doivent aussi traverser des situations similaires.

Visiter le site de l'auteur: https://amalbiladi.com/

Tribune

Marylise Maraval
Association Amal Biladi
Chargé de recherche de financement pour faciliter l'accès à l'eau potable dans les villages.
Berkshire
Date : le 10 juin 2024 à 08h48
«…80 à 90% des habitants rencontrent ce problème …» il s’agit de … calculs rénaux «… avec la moitié des infrastructures hydrauliques (financées par des bienfaiteurs) gravement endommagées … ». Le peu de services dont ils disposent sont fournis par  la charité , et non pas par la région/province/commune etc .. «… chaque foyer envoie une personne marcher une heure aller-retour pour remplir des bidons de 10 à 20 litres …. jusqu'à cinq fois par jour…». Inégalités dont souffre le monde rural rend la vie quasi impossible, procoquant l’exode rural. Rien que ces 3 points, résument la gravité de la situation de ce village, les manquements, et les conséquences. Mais ce village est très loin d’être une exception malheureusement …
Sakina2020
Date : le 10 juin 2024 à 05h13
C'est triste.
Dernière modification le 10/06/2024 08:48
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