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Interview

Maroc : L'association ANIR lance un appel d'urgence sur la violence infantile [Interview]

À l'occasion de la journée internationale des enfants victimes innocentes d'agression, le 4 juin, la présidente de l'association ANIR pour le développement des femmes, de leurs enfants et de la solidarité sociale, Fatiha Harouch, brise le silence sur ce sujet tabou au Maroc. Face au manque de données et à l'urgence de la situation, elle appelle à une action immédiate pour protéger cette tranche vulnérable de la société.

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Quelle est l'ampleur du phénomène de la violence contre les enfants au Maroc, et quelles sont les formes les plus prévalentes (sexuelle, physique, verbale, enlèvement, abandon) ?

Le phénomène de violence contre les enfants s'aggrave quotidiennement, exacerbé par la désintégration des structures familiales au Maroc, ainsi que l'émergence de nouvelles formes de violence à l’encontre des jeunes, âgés de 0 à 18 ans. Parmi celles-ci, la violence en ligne, incluant le harcèlement moral et sexuel ainsi que l'exploitation sexuelle, est en pleine expansion.

On observe également une aggravation du trafic d'enfants et de leur exploitation à travers la mendicité et le vol. En outre, le mariage des mineurs demeure une problématique majeure, intrinsèquement liée à la pauvreté qui touche la majorité des familles concernées.

Avez-vous des chiffres récents en termes de cas signalés, de types de violence et des régions les plus touchées ?

Les travaux sur le phénomène de la violence contre les enfants restent parmi les sujets sur lesquels aucune étude ou rapport n'a été publié, car on la relie toujours à la violence conjugale, à savoir, la violence contre la mère. Il est donc difficile de trouver des chiffres ou des statistiques précis. Toutefois, au niveau local, grâce à notre association ANIR, nous avons constaté une augmentation du nombre d'enfants victimes de violences, notamment de harcèlement et de blessures chez les enfants âgés entre 9 et 15 ans.

En quoi le cadre juridique et institutionnel actuel du Maroc soutient-il ou entrave-t-il la protection des enfants victimes de violence, et quels sont les changements nécessaires à cet égard ?

Le Code pénal marocain prévoit, dans les articles 408-409-410-411, que les sanctions s'appliquent à quiconque commet des violences sur un enfant de moins de 15 ans. Néanmoins, on constate un déficit important de mécanismes de protection et de prévention. De façon générale, les institutions manquent à leur devoir de protection envers les enfants des rues, les enfants de mères célibataires et ceux abandonnés. Les programmes de sensibilisation face aux dangers de la violence infantile demeurent quasi-inexistants.

Comment votre association collabore-t-elle avec les autorités locales et d'autres acteurs pour identifier et aider les enfants victimes de violence, et quels sont les résultats de ces collaborations jusqu'à présent ?

L'association coopère aux côtés de deux cellules d'intervention distinctes : l'une, dédiée à l'accueil des enfants avec l'appui des hôpitaux, de la police et du tribunal des affaires familiales, vise à leur assurer une protection ; tandis que l'autre, dirigée par la région de Khénifra, se concentre sur un accompagnement global des enfants.

ANIR aide les enfants affectés par ces violences en leur offrant un accompagnement psychologique dispensé par un intervenant spécialisé, un accompagnement juridique, une réintégration dans le système éducatif, ainsi qu'une garantie de stabilité sociale et de revenu pour leur famille. Toutefois, elle se heurte à d'importantes difficultés, notamment dans les cas d'enfants de mères célibataires puisque, très souvent, les institutions d'accueil refusent de les prendre en charge.

La plupart du temps, cette situation conduit à la séparation entre la mère et l'enfant, exposant ce dernier à une forme de violence institutionnelle. Néanmoins, en dépit de ces obstacles, la société civile maintient son rôle essentiel dans le soutien aux enfants victimes de violences.

À terme, quels objectifs souhaitez-vous atteindre avec ANIR ?

À travers nos programmes, notre association s’engage à préserver la cohésion familiale des enfants, en promouvant une éducation de qualité et en instaurant des mesures de protection contre la violence. De plus, nous préconisons des peines plus sévères à l'encontre de toute personne coupable de violence ou de crimes envers les enfants. Par le biais d'un projet spécifique, notre association vise à garantir les droits fondamentaux des enfants nés de mères célibataires, en leur offrant un soutien psychologique, social et économique.

Nous lançons un appel à toutes les composantes de la société marocaine, notamment au Ministère de la Solidarité, pour élaborer un plan stratégique complet visant à éradiquer la violence à l'égard des enfants.

mousse111
Date : le 05 juin 2024 à 20h18
UNE BELLE CHANSON SUR LE SUJET https://www.youtube.com/watch?v=VZt7J0iaUD0
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