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Grand Angle

Diaspo #304 : Fatima Zohra Khayar décloisonne les compétences médicales en Belgique

A Bruxelles, Fatima Zohra Khayar ne se contente pas de la gestion de son officine. Au sein d’organisations professionnelles ou associatives, la pharmacienne belgo-marocaine est la dynamo qui favorise l’échange multidisciplinaire, afin que la réponse des professions de santé aux attentes des patients soit adaptée de la meilleure façon. Ce savoir-faire, elle en fait désormais une passerelle entre ses deux pays.

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Née à Bruxelles de parents marocains originaires du Rif, Fatima Zohra Khayar ne s’est pas projetée précocement dans un métier de la santé. C’est la persévérance de cette ainée de trois frères qui l’aura finalement menée à opter pour des études en pharmacie à l’Université de Louvain. «A la maison comme à l’extérieur, mon père a toujours mis un point d’honneur pour que nous soyons élevés, mes frères et moi, de la même manière : tout le monde fait tout. Bien entendu, cela implique aussi que nous allions tous à l’école et qu’il tienne à ce que nous ayons tous les mêmes chances», a-t-elle confié à notre rédaction.

Sans engouement particulier pour les sciences, la jeune élève est cependant marquée par un souvenir de sa troisième année secondaire, lorsque ses professeurs ont conseillé à son père de l’orienter vers la section de couture. «Ils ont estimé que je n’avais pas les capacités pour suivre un enseignement général classique. La réaction de mon père a été immédiate. Il a exigé que je reste en sciences et il m’a grandement défendue», se souvient la pharmacienne. «Ma plus grande qualité étant la persévérance, c’est surtout cela qui m’a poussée à être une bosseuse. Mon père le voyait bien et j’ai plutôt réussi mes études avec satisfaction», s’est-elle félicitée.

Evoluer professionnellement et personnellement de manière autonome

Une fois son baccalauréat en poche, Fatima Zohra Khayar tranche pour des études en pharmacie, déterminée à travailler à son compte. «J’ai toujours été animée par l’idée d’avoir une activité professionnelle où je ne travaillerais pas sous les ordres d’un patron. J’ai opté pour cette filière également parce qu’en réfléchissant à mon projet de vie, j’ai certes aspiré à être autonome, mais en exerçant une fonction qui me permettrait d’être confortable en termes de vie de famille», souligne-t-elle. Diplômée, elle se spécialise un an de plus en industrie pharmaceutique, avant de rejoindre le département des médicaments au sein de Monsanto Belgique.

Après son mariage, Fatima Zohra Khayar décide de s’installer aux Etats-Unis, où son époux suit un post-doctorat en sciences médicales. «Cela nous a permis à la fois de rester stables et de découvrir comment les choses se passent dans notre secteur sous d’autres cieux», se souvient-elle. Enrichie grâce à sa première expérience avec Monsanto en Belgique, la pharmacienne travaille pendant un an dans les essais cliniques, au St. Jude Children’s Research Hospital de Memphis (Tennessee). Deux ans plus tard, le couple retourne en Belgique et la désormais jeune maman rachète son officine, pour exercer de manière entièrement autonome.

«Mon premier enfant est né aux Etats-Unis et les deux autres en Belgique. Ma priorité a été ma vie de famille. J’arrive à travailler à mi-temps, parfois moins, afin de me consacrer à mes enfants, tout en ayant plusieurs possibilités pour m’actualiser dans mon domaine d’expertise, suivre des conférences, lire, chercher et me mettre à jour en autodidacte, mais aussi être là pour mes petits, exactement comme nos parents ont été là pour nous et nous ont permis d’être les parents autonomes que nous sommes aujourd’hui.»

Fatima Zohra Khayar

«J’ai tenu à ce que mes enfants aient un exemple de maman à la fois très présente pour eux et très active professionnellement, car les deux sont tout à fait conciliables. Aujourd’hui, j’encourage mes enfants à développer leur fibre entrepreneuriale, de manière à ce qu’ils puissent se construire une vie d’adulte indépendant», nous dit encore la pharmacienne. «Mon fils aîné fait aujourd’hui une business school et il veut lancer une start-up avec ses amis. Mon deuxième commence des études en génie civile et ma fille veut se lancer dans la médecine», confie-t-elle avec fierté.

Au plus près des patients

Au fur et à mesure des années, Fatima Zohra Khayar est bien consciente que dans le quartier nord de Bruxelles, connu pour sa grande diversité, «les habitants ont longtemps été délaissés en matière de soins de santé». Aujourd’hui membre du conseil d’administration de Pharmacy.brussels, elle mène des actions de proximité auprès de la population locale et du personnel médical, afin de trouver les réponses les plus adaptées aux réalités et aux défis du terrain. «J’ai toujours défendu ces personnes-là. Avec la crise sanitaire, on a dû faire appel à toutes les forces vives et j’ai été sollicitée par l’union des pharmaciens de Bruxelles-Capitale, pour être responsable de l’un des huit centres de vaccination. C’est ainsi que le travail a commencé», déclare-t-elle à Yabiladi.

Pendant la campagne vaccinale anti-Covid en 2021, la pharmacie de Fatima Zohra Khayar est devenue la première en Belgique à accueillir la vaccination. «Je prône l’information auprès des patients, partant du principe qu’ils ne sont pas réticents à la vaccination, mais qu’ils ont peur ce qui leur échappe et qu’il faut donc leur parler dans leur langage, avec leurs codes, pour les sensibiliser», nous confie la pharmacienne. «Grâce à cela, nous avons commencé à vacciner des centaines et des centaines de personnes par jour et depuis, je suis sollicitée auprès de médias en Belgique, parfois en France aussi, pour intervenir à ce sujet», souligne-t-elle.

Parallèlement, Fatima Zohra Khayar préside depuis décembre 2022 le centre Athéna à Bruxelles, où sont proposés des soins médicaux et des conseils sociaux pour les personnes sans accès aux soins, y compris les sans-papiers. Avec l’appui de Pharmacy.brussels et du ministère de la Santé régionale, pharmaciens, praticiens et médecins siègent au conseil administratif de cette structure, pour «aider les plus précarisés à se soigner et à bénéficier d’orientations médicales». «C’est un centre très actif, avec une quinzaine d’employés. On parle diverses langues, des médecins et des assistantes sociales se relaient. C’est quelque chose qui me satisfait beaucoup», nous dit la pharmacienne.

Dans le cadre de la même approche multidisciplinaire, Fatima Zohra Khayar préside également la Concertation médico-pharmaceutique sur la commune de 1300. «On s’est rendu compte que nous, pharmaciens, ne nous connaissions pas assez et que nous avions besoin également de nos collègues médecins, dans la chaîne de la qualité de soins. J’ai pris l’initiative de contacter tous mes confrères et consœurs de la commune, pour nous rencontrer avec nos collègues médecins chaque trimestre, au sein de cette organisation à but non-lucratif», déclare-t-elle à Yabiladi.

L’idée est ainsi de «tisser des liens entre professionnels, pour avoir plus d’efficacité dans l’accès des patients à la prise en charge la plus adéquate à leurs besoins et à leurs attentes au niveau local». Désormais, l’ambition est de dupliquer cette initiative à toute la région de Bruxelles-Capitale, voire à toute la Belgique.

Créer des passerelles entre la Belgique et le Maroc

Parallèlement à ses activités professionnelles, Fatima Zohra Khayar est portée sur le travail associatif, même au-delà de la Belgique. Il y a sept ans, avec son époux, elle crée l’ONG Actions village pour promouvoir l’éducation et la santé des enfants dans les zones rurales marocaines, surtout les petites filles. «Nous parrainons les rentrées scolaires, nous rénovons les classes et nous construisons des blocs sanitaires, rares dans les établissements des régions reculées, ce qui met à mal la continuité de l’éducation de beaucoup de filles», indique-t-elle à notre rédaction. Selon la pharmacienne, ces initiatives ont permis une augmentation de 30% des retours des écolières concernées par le décrochage.

Dans un autre registre, Actions village organise une caravane médicale annuelle. Cette année, l’initiative a bénéficié à plus de 3 600 patients en cinq jours, grâce à une équipe multidisciplinaire qui intervient dans l’ophtalmologie, les soins dentaires, la médecine urgentiste et la gynéco-pédiatrie. D’ici 2025, une équipe élargie mènera une action plus conséquente dans les régions du Rif. «Nous serons prochainement reçus par l’ambassadeur du Maroc en Belgique et nous sommes en contact permanent avec le ministère de la Santé et de la protection sociale au Maroc. Nous sommes considérablement appuyés par la partie marocaine dans ces actions, notamment en termes d’autorisations, d’acheminement des médicaments et du matériel médical», se félicite Fatima Zohra Khayar.

«Nous sommes fiers et reconnaissants pour ce partenariat exceptionnel que nous allons réitérer, avec la participation de l’équipe multidisciplinaire de 30 bénévoles, qui prennent des congés spécialement pour cette mission, payent leur avion et leur hébergement de leurs fonds propres, dans le cadre de cette structure associative à taille moyenne, où la confiance règne avec les différents partenaires.»

Fatima Zohra Khayar

L’associative se félicite du partenariat avec les autorités marocaines et les délégations régionales de santé. «Les choses s’organisent bien et nous travaillons aussi avec des associations locales qui sont nos relais. Cela nous permet également de transférer des compétences. En 2025, nous investirons un hôpital de campagne et nous travaillerons encore ensemble», nous confie-t-elle. A terme, l’idée est de «pouvoir rendre possibles des échanges professionnels à part entière, dans les deux sens, entre le Maroc et la Belgique».

«Avec beaucoup d’humilité, nous assistons aux changements que traverse le Maroc et nous sommes étonnés de ce qu’il pourra nous apprendre. C’est donc de part et d’autre que nous souhaiterions échanger, afin d’y contribuer un tant soit peu», nous déclare encore la pharmacienne, qui organisera prochainement un congrès médical dans le pays. «Avec l’impulsion de notre roi qui a fait appel à la mobilisation des Marocains du monde, c’est un honneur pour nous d’être là pour notre pays, riche de sa compétence, de sa résilience et de sa pugnacité. C’est une belle leçon de vie que ce pays nous donne», souligne-t-elle.

mousse111
Date : le 16 septembre 2023 à 12h06
UN BEAU PARCOURS DE VIE BRAVO " ses professeurs ont conseillé à son père de l’orienter vers la section de couture." une politique reflechi en france c etait systématiquement la meme chose quand je suis revenu en france apres mon bac a l universite y avais pas plus d une poignee de fille surtout et de gars issue de l immigration tout le reste c etait C A P et B E P quand ca avait atteint ce niveau les parents etaient analphabètes ou peut instruit qu en avait en general rien a glander de leurs gosses et qui regardaient vers le pays d origine esperant un retour qui n arriverait jamais des generations exclus et perdus destine a devenir comme leurs parents des manoeuvres au mieux de ouvriers qualifie quel gachis heureusement ca a change
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