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Interview

Bachir Dkhil : «La réconciliation proposée par le Polisario est un leurre»

Bachir Dkhil, ancien membre fondateur du Front Polisario, analyse dans cette interview accordée à Yabiladi, la «réconciliation» proposée par Brahim Ghali aux Sahraouis des camps de Tindouf.

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Bachir Dkhil. / Ph. Yabiladi
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Le chef du Polisario a annoncé, hier, le lancement d’un processus de réconciliation avec réparation des victimes de violations commises par ses milices armées. Comment évaluez-vous cette initiative ?

C’est un leurre destiné à tromper l’opinion publique sahraouie et internationale. Comment réussir une réconciliation sans connaître les auteurs des exactions ? Comment voulez-vous qu’un tortionnaire soit désigné à la tête d’un processus de réconciliation ? Tourner la page du passé nécessite d’abord de connaître le nombre exact des victimes et le lieu ou les lieux où elles sont enterrées et qui a donné l’ordre de les torturer et les tuer. Cela exige également une justice indépendante capable de rendre justice aux morts ainsi qu'aux survivants.

Par cette annonce, Brahim Ghali ne cherche-t-il pas à assurer sa réélection lors du prochain congrès, prévu vers la fin de cette année ?

Le 16e congrès sera un échec parce qu’il y a une rupture entre la majorité des Sahraouis des camps de Tindouf et la direction. C’est une évidence que la «réconciliation» agitée par Brahim Ghali ne peut en aucun cas occulter ou reléguer au second plan.

Quant à la désignation du secrétaire général du Front Polisario, elle relève des prérogatives exclusives de l’Algérie. A l’exception de Mustapha El Ouali, c’est l’Algérie qui a désigné les autres chefs du Polisario. Il faut souligner que depuis son arrivée au «pouvoir» en juillet 2016, Brahim Ghali n’a réalisé la moindre victoire. Son parcours est jalonné de défaites. En témoignent l’intervention de l’armée marocaine, le 13 novembre 2020, à El Guerguerate, le retour du Maroc au sein de l’Union africaine, la reconnaissance par les Etats-Unis de la souveraineté marocaine sur le Sahara, le soutien de l’Espagne et l’Allemagne à la solution de l’autonomie proposée en 2007 par le Maroc et la série d’ouverture de consulats de pays africains et arabes à Laâyoune et Dakhla.

Comment le Polisario compte-t-il gérer cette «réconciliation», selon vous ?

Dès hier, ils ont commencé à diffuser une petite liste des noms des victimes, répartie comme suit : les morts à l’intérieur des prisons du Polisario, les morts à l’extérieur des prisons et les survivants. Une petite liste qui ne reflète pas la réalité alors que de nombreuses personnes ont été enterrées dans des fosses communes. La répression du Polisario a touché toutes les tribus.

Le Polisario a-t-il des chances de réussir ce pari ?

Le Polisario ne peut mener un processus de réconciliation. C’est contraire à son identité politico-militaire dont le principal marqueur reste la violence et l’exclusion par tous les moyens, y compris l’élimination physique, de celui qui a un avis différent. La réconciliation ne peut se faire avec une petite organisation politico-militaire qui accuse tous ses opposants d’être des traîtres.

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