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Grand Angle

Maroc – France : Des responsables français réagissent aux mesures drastiques de refus de visas

Depuis près d’un an, l’octroi de visas pour la France a drastiquement baissé, surtout pour les demandeurs originaires du Maroc. Après plusieurs témoignages publics, des représentants français se sont saisis du sujet, en s’adressant au président Macron ainsi qu’aux représentations consulaires.

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Photo d'illustration / DR.
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Ancienne députée écologiste et ex-ministre française de l’Egalité des territoires et du logement, Cécile Duflot s’est adressée publiquement à l’ambassade de France au Maroc, mardi, en l’interpellant sur la baisse drastique de l’octroi des titres de séjour temporaires. L’actuelle directrice générale d’Oxfam dans l’Hexagone a basé son appel sur le témoignage public d’une internaute, qui a diffusé sur Twitter le numéro de dossier de la demande déposée par sa mère et sa grand-mère pour assister au mariage de leur fils. «La machine administrative manque parfois de cœur ou de discernement, mais il y a toujours des humain.es capables de résoudre des problèmes (et de laisser une maman et une grand-mère assister à un mariage…)», a écrit l’ancienne ministre.

Alors que, selon le témoignage relayé, tous les critères ont été remplis, la demande de visa pour le motif de visite familiale a été rejetée, en raison d’une insuffisance de garanties financière des demandeuses. Or, pour la jeune femme auteure du tweet, les moyens de subsistance répondraient à la grille élaborée par les autorités consulaires, lesquelles auraient reçu un dossier complet. Ce dernier inclurait des invitations de mariage fournies par la mairie, les attestations d’accueil nécessaire, en plus des documents d’assurance, les billets aller-retour non-remboursables pour les dix jours et trois prises en charge.

Toujours est-il que ce témoignage est l’un des plus récents parmi plusieurs illustrant les difficultés administratives auxquelles se confrontent de plus en plus les demandeurs marocains de visas, court ou long séjour, y compris les ascendants de binationaux. Depuis plusieurs mois, les interrogations se multiplient également sur les critères de ces refus, qui semblent devenir quasi-systématiques, abstraction faite des pièces fournies dans le dossier présenté pour l’obtention d’un titre de séjour temporaire.

Une mesure aléatoire et quasi-systématique

Cette mesure concerne le Maroc en premier lieu, avec une réduction d’octroi annoncée de 50%, mais elle s’étend aussi à l’Algérie (50%) et à la Tunisie (30%). Alors porte-parole du gouvernement français, Gabriel Attal a déclaré, le 28 septembre 2021, qu’il s’agissait de «mettre une menace à exécution», en réaction à ce que les autorités françaises perçoivent comme une lenteur de ces pays-là à délivrer le laisser-passer consulaire, nécessaire à l’exécution des Obligations de quitter le territoire français (OQTF).

Dans un courrier adressé au président Emmanuel Macron, le sénateur Yan Chantrel (NUPES), représentant des Français établis à hors de France, s’est interrogé depuis mai dernier sur «les raisonnements qui ont pu justifier de tels chiffres et une telle différence entre pays, tant ils paraissent arbitraires». Pour s’être rendu dans les pays concernés, celui qui est également membre de la commission de la cuture, de l’éducation et de la communication au Sénat affirme que «sur le terrain, les conséquences de cette mesure de rétorsion se font ressentir chez les populations qui n’y sont pour rien».

«Auprès des conseillères et conseillers des Français de l’étranger, qui sont très sollicités sur ce sujet sur place, j’ai pu observer le grand nombre de cas de personnes dont la demande de visa aurait été, auparavant, honorée sans aucune difficulté, et qui aujourd’hui, la voient bloquée ou ralentie alors même que leur dossier est complet et parfaitement valable», a ajouté Yan Chantrel, dans ce courrier qu’il a rendu public sur son compte Twitter, en réaction au témoignage relayé par Cécile Duflot. Cette dernière a d’ailleurs interpellé l’ambassade de France au Maroc, dans sa publication, sans que la représentation ne réagisse encore au sujet.

Yan Chantrel, quant à lui, a déjà souligné que les baisses d’octroi des visas ne touchaient pas uniquement les touristes ou les membres des familles en visite en France. Elles affectent aussi les étudiants, comme il l’a souligné dans son courrier au président de la république. «Alors même que, dans un discours consacré à la francophonie en 2018, vous aviez annoncé vouloir doubler le nombre d’enfants scolarisés dans les réseaux d’enseignement français à l’étranger d’ici à 2025, notamment pour encourager ces enfants à venir poursuivre leurs études dans les universités françaises, et promouvoir le rayonnement de la France, la décision de votre gouvernement de réduire drastiquement le nombre de visas délivrés par la France dans des pays particulièrement concernés par cette politique d’échanges culturels et de promotion de la francophonie, paraît, au mieux, contre-productive, au pire, cruelle», a écrit le sénateur.

Député de la neuvième circonscription des Français hors de France, Karim Ben Cheikh (NUPES) a indiqué avoir interpellé, la semaine dernière, le gouvernement sur la politique des visas dans les postes consulaire, particulièrement au Maroc, en Algérie et en Tunisie. «Je m’y suis engagé durant ma campagne, je défends un véritable droit à la circulation des parents de Français.e.s. Ce sujet me tient à cœur et je le porterai durant mon mandat de député», a-t-il écrit, dans un autre tweet.

Les représentants et hauts-cadres n’en sont pas exclus

Récemment, les refus de visas se sont même étendus à des représentants institutionnels marocains, ainsi qu’à de hauts-cadres, en déplacement en France dans le cadre de leurs missions. Ainsi, en juin dernier, une dizaine de cadres de l’Office chérifien des phosphates (OCP) n’ont pas pu participer au salon Vivatech, rencontre incontournable dont l’OCP, par le biais de l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P), a été un pilier.

Le même mois, cette mesure n’a pas exclu Chakib Alj, président de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM). Tout juste en novembre 2021, le représentant du patronat a d’ailleurs appelé à lever quelques obstacles aux relations économiques entre le Maroc et la France, à commencer par la récente restriction à l’octroi de titres de séjour. L’appel a été lancé depuis Casablanca, en présence de Franck Riester, alors ministre français délégué en charge du Commerce extérieur et de l’attractivité.

Contactée ce mercredi par nos soins, afin de réagir globalement sur le sujet, l’ambassade de France au Maroc n’a pas été joignable.

Article modifié le 04/08/2022 à 10h15

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