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Grand Angle

Maroc : Avec une agriculture en berne, le HCP prévoit une croissance de 1,3% en 2022

L’activité économique nationale devrait connaître une croissance d’à peine 1,3% en 2022, après un rebond de 7,9% en 2021, a indiqué le HCP en présentation, ce jeudi, du budget économique exploratoire relatif à 2022 et à 2023. L’activité agricole est nettement impactée par une saison moyenne, où les effets de la sécheresse se ressentent de plus en plus.

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Ayachi Khellaf, secrétaire général du HCP et Ahmed Lahlimi, haut-commissaire au plan lors de la présentation du budget économique exploratoire de 2022 et 2023 / Ph. Yabiladi
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Après avoir bondi à 7,9% en 2021 en laissant derrière une année 2020 marquée par la crise sanitaire, l’activité économique nationale ne connaîtra que 1,3% de taux de croissance en 2022, a indiqué ce jeudi le secrétaire général du Haut-Commissariat au Plan (HCP), Ayachi Khellaf. Ce net ralentissement est dû principalement à la baisse de la valeur ajoutée agricole (-13,5%), en raison principalement des impacts de la sécheresse, a-t-il indiqué lors d’un point de presse consacré à la présentation du budget économique exploratoire relatif à 2022 et 2023.

Les valeurs ajoutées des secteurs secondaires et tertiaires ont connu des hausses respectives de 1,5% et 4,5%, a ajouté le responsable. En 2023, la croissance économique nationale devrait se situer à 3,7%. Ayachi Khellaf a souligné que quatre hypothèses ont été retenues pour les perspectives de l’année 2023 : une campagne agricole 2022/2023 moyenne, un ralentissement de 5,9% sur la demande mondiale adressée au Maroc en 2022 et ses prévisions de passage à 3,6% en 2023, la reconduction de la politique budgétaire en vigueur en 2022 et un cours de pétrole aux alentours de 100 dollars le baril.

L’agriculture fortement impactée par la sécheresse et le contexte mondial

Selon le HCP, la croissance économique devrait être «soutenue par une forte demande intérieure, contribuant à hauteur de 3,6 points à la croissance», alors que «la demande extérieure aurait une contribution nulle». Par ailleurs, le déficit budgétaire se maintiendrait à 5,5% du Produit intérieur brut (PIB) en 2023. Les déficits externes connaîtraient un allègement timide. Concernant l’épargne nationale, elle afficherait une quasi-stagnation à hauteur de 26,5% du PIB (26,6% en 2022). L’épargne intérieure se situerait à 21,2% du PIB. Quant à la dette publique globale, elle devrait s’établir à 83,3% du PIB et la dette du Trésor à 68,9%.

Consultée par Yabiladi, la note du HCP à ce sujet rappelle que l’économie nationale a été affaiblie par la crise sanitaire et pâtit d’un «secteur agricole en berne». Elle devrait subir en 2022 les effets de cet environnement mondial défavorable, notamment à travers «la décélération de la demande extérieure et la montée de l’inflation». «La hausse générale des prix devrait affecter nettement l’offre et la demande, ce qui devrait peser lourdement sur le pouvoir d’achat des ménages et sur le budget de l’Etat. Ainsi, les prévisions établies dans le cadre du budget économique prévisionnel de janvier dernier devraient être revues à la baisse», note le document.

La «faible production céréalière» a été «compensée légèrement par les bonnes performances des cultures printanières», ajoute le HCP, soulignant ainsi que «le secteur agricole devrait peser négativement sur l’activité économique suite à la sécheresse subie durant la campagne agricole 2021-2022, induisant ainsi une baisse significative de la production des céréales». Celle-ci est estimmée à 32MQx, «en recul de 69% par rapport à la campagne précédente».

Quoique peu abondantes, les pluies tardives en mars et avril «devraient être bénéfiques aux cultures printanières et aux activités de l’élevage». Toutes deux bénéficieraient de «l’amélioration du couvert végétal et du plan d’urgence mis en place pour soutenir les éleveurs face à la sécheresse et à la hausse des prix des aliments du bétail». C’est ainsi que la valeur ajoutée agricole devrait «marquer un repli de l’ordre de 14,6% en 2022 après une hausse remarquable de 17,8% en 2021». «Compte tenu d’une évolution de 2,9% de l’activité de la pêche maritime, en nette décélération par rapport à 12,7% enregistré en 2021, le secteur primaire devrait ainsi, enregistrer une forte baisse de l’ordre de 13,5% après un fort rebond de 17,6% en 2021», prévoit encore le HCP.

Ces conditions vont impacter aussi le marché du travail, marqué par une baisse du taux d’activité de 0,9%, après une hausse de 1,1% en 2021. «Tenant compte d’une baisse prévisible de la création nette d’emploi, le taux de chômage au niveau national devrait connaitre une quasi-stagnation à 12,2% en 2022», ajoute encore le HCP.

Une économie mondiale exacerbée par la crise sanitaire et les conflits

Lors de son exposé, Ayachi Khellaf a expliqué que ces évolutions et prévisions doivent être analysées dans le contexte mondial de l’année 2022. Après un «rebond exceptionnel» en 2021 qui a suivi une «profonde récession» liée aux effets de la crise sanitaire, l’économie mondiale fait face en effet à «de multiples chocs, notamment en lien avec le conflit en Ukraine, les confinements répétitifs en Chine et le resserrement monétaire dans les pays développés», a-t-il indiqué. L’estimation de l’ampleur de ces percussions sur l’économie mondiale «demeure délicate et dépendrait de l’évolution des problématiques géopolitiques et des actions menées par les différents gouvernements», a ajouté le responsable. Cependant, «l’aggravation des pressions inflationnistes et les perturbations dans les chaînes d’approvisionnements minent la confiance et nuisent à la croissance mondiale», qui devrait elle aussi ralentir considérablement et passer de 5,8% en 2021 à 3,0% en 2022, puis à 2,8% en 2023, souligne le HCP.

Ainsi, les pays émergents et en développement devraient voir leur croissance fléchir en 2022 à cause de l’inflation, creusant ainsi les déficits commerciaux et augmentant les niveaux d’endettement. «Ces pays resteraient confrontés à des arbitrages délicats entre soutien des revenus, viabilité de la dette et confiance des investisseurs», prévoit l’institution. Par ailleurs, «le renchérissement des matières premières devrait bénéficier aux pays exportateurs et leur offrir une certaine latitude pour amortir le choc de l’inflation sur leurs économies».

Toujours au niveau mondial, «les cours du gaz naturel et du charbon devraient être deux fois plus élevés en 2022 qu’en 2021, ce qui devrait induire la flambée des cours des engrais, exerçant une pression à la hausse sur les prix agricoles». Les prix des métaux et minerais, eux, devraient progresser de 16% en 2022, «après 49,5% en 2021, ce qui devrait augmenter le coût des énergies renouvelables».

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