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Grand Angle  

France-Maghreb-Afrique de l’Ouest : Grand oral des candidats de la neuvième circonscription

En préparation des élections législatives en France, prévues les 12 et 19 juin pour le premier et le deuxième tour, les candidats de la neuvième circonscription des Français du Maghreb et de l’Afrique de l’ouest font campagne dans ces territoires. Ils ont également la parole, dans un webinaire coorganisé avec Yabiladi.

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Un webinaire tenu vendredi 27 mai a été consacré aux élections législatives françaises, dans la neuvième circonscription qui couvre le Maghreb et l’Afrique de l’ouest, où 22 candidats font campagne. Organisé par Nicolas Arnulf, conseiller consulaire à Rabat et le portail d’information Yabiladi, l’événement a été une occasion pour les candidats de différentes tendances de s’adresser directement à leurs électeurs. Sur les 22 confirmés, certains ont été injoignables tandis que d’autres (Elisabeth Moreno pour LREM, Mehdi Reddad pour Horizons) ont décliné l’invitation, alors que Naïma M’faddel (LR) a confirmé sa présence mais a eu un problème de connexion. In fine, ce sont 11 candidats qui ont répondu présents pour se prêter au jeu.

Avocat et conseiller des Français au Maroc, Mohamed Oulkhouir revendique une approche non-partisane, avec comme «seule boussole la défense des intérêts des Français de l’étranger», notamment en veillant à une présence du défenseur des droits proche des concitoyens. Me Oulkhouir est porté aussi sur le soutien aux entreprises françaises à l’étranger. Il défend ainsi une «approche de sortie de la politique partisane et d’agir dans un cadre non-partisan pour défendre des droits, comme l’éducation, l’accès à la santé et à l’administration, la fiscalité». Questionné sur le Mouvement ASFE, positionné à droite, et qu’il représente pour cette élection, Me Oulkhouir a souligné que c’est une association «apolitique et non-partisane de différentes obédiences».

Né en Tunisie d’un couple mixte, Karim Ben Cheikh est pour sa part diplomate depuis 2006. Dans cette candidature commune de gauche au sein de NUPES, il porte l’ambition de «rebâtir le service public des français de l’étranger», notamment la composante consulaire, éducative et sociale, sous les couleurs de l’Union de la gauche et de l’écologie.

En poste au Maroc pendant quatre ans et consul général de France au Liban, le candidat s’est mis en disponibilité pour s’engager dans les élections, après avoir longtemps travaillé sur le volet de la sécurité dans le Sahel. Karim Bencheikh aspire ainsi à défendre les droits des Français à l'étranger autrement, cette fois-ci au sein de l’Assemblée nationale, notamment pour renforcer le réseau consulaire en termes de moyens humains.

Ecologiste centre, Thiaba Bruni est quant à elle conseillère municipale au Val-de-Marne. Franco-sénégalaise, elle est engagée depuis une quinzaine d’années dans la politique et dans l’associatif éducatif. Porte-parole et vice-présidente d’une association contre le racisme et l’islamophobie, elle milite pour l’égalité des chances en France. Elle est notamment l’auteure de la demande de naturalisation du ressortissant malien Lassana Bathily, intervenu dans l’hyper-casher de Vincennes lors d’une prise d’otage en 2015. La candidate a introduit la même demande en faveur de Didi, héro algérien du Bataclan, médaillé d’or de la sécurité intérieure depuis.

Thiaba Bruni axe sa candidature et son action, en cas d’élection, sur «une meilleure cohésion et concorde nationales en luttant contre les discriminations». «Nous avons un problème de racisme décomplexé contre lequel il faut agir fermement en arrêtant de pointer du doigt certaines populations. La laïcité ne doit pas être un prétexte pour justifier l’islamophobie et la stigmatisation», a-t-elle défendu. Elle soutient également toute initiative pour «rendre leur dignité aux anciens combattants dont les sacrifices n’ont toujours pas été reconnus». «Les engagements pris par le président de la république n’ont pas encore été tenus depuis huit mois», a-t-elle rappelé.

Au niveau régional et international, Thiaba Bruni soutient un siège permanent pour l’Union africaine au Conseil de sécurité de l’ONU car sans cela, «18% de la population mondiale que compte l’Afrique sont ignorés d’une organisation internationale telle que l’ONU».

Des programmes portés sur le social et les relations internationales

Fatou Sagna Sow candidate centriste, a fait ses premières armes en politique au sein du Parti socialiste français en tant que conseillère municipale dans les Yvelines. Elle a quitté la France en 2016 pour s’installer au Sénégal et a rejoint La République en marche. Dès son installation, elle a fait campagne pour l’élection et la réélection du président Emmanuel Macron.

Nathalie Amiot, de Reconquête, défend par ailleurs «l’idée d’une France nationale, en tant que Française de l’étranger depuis 20 ans dont 17 en Afrique». Admirative de Eric Zemmour, elle trouve au polémiste une clarté dans l’expression d’idées qu’elle rejoint «depuis longtemps». «Le grand remplacement n’est pas une théorie d’extrême droite, au vu du risque d’islamisation de la France», a-t-elle tranché, indiquant qu’elle se battra «contre le déclassement de la France».

Outre les problématiques de l’école, de l’accueil des consulats et de la santé, Nathalie Amiot souligne particulièrement la précarité des retraités partis de France, faute de pouvoir continuer d’y vivre décemment. «On ne se bat contre les binationaux, mais on distingue les français qui aiment leur pays de ceux qui rejoignent la France pour des raisons de convenance», a-t-elle encore souligné, ajoutant par ailleurs qu’elle défend le maintien de la laïcité contre les «provocations communautaristes».

Jean-Claude Fontanive, quant à lui, est né à Casablanca au Maroc. Après ses études au lycée Lyautey, il a suivi un parcours économique dans les relations internationales. Candidat du mouvement Agissons, il dit porter un «programme pragmatique», axé sur les affaires internationales entre le nord et le sud. «Les quatre dernières années n’ont pas été brillantes, surtout dans les relations bilatérales entre la France et les pays d’Afrique», a-t-il reconnu. Face à cela, il ambitionne de mettre en place des «horizons africains, pour sortir de l’aide et être dans le partenariat, porter la voix de la France et s’intégrer dans un tissu économique et social» sur le principe du vivre-ensemble, en particulier avec et grâce aux binationaux qui représentent la France comme les pays d’origine de leurs parents. Dans ce sens, il soutient aussi le renforcement de la coopération culturelle et académique par une «ERASMUS du bassin méditerranéen».

Revenant à la situation des Français de la neuvième circonscription, Jean-Claude Fontanive estime que «c’est un scandale que les Français de l’étranger n’aient pas les mêmes droits que les concitoyens sur le territoire français». «Les services consulaires sociaux ont été dégradés», a-t-il déploré, dénonçant par ailleurs un système de copinage qui «américanise» la fonction publique au lieu d’en faire la base d’un service efficient et fort.

Samira Herbal, candidate de l’Union des centristes et écologistes (UCE), prône un renversement pour favoriser l’accueil dans les représentations consulaires. «Les Français de l’étranger ont des postes de dépenses sociales importantes et il faut aborder ces problèmes à l’Assemblée nationale», a-t-elle soutenu. Ainsi, elle se dit «engagées à repenser les aspects sociaux, la retraite, le taux de cotisation…».

Sébastien Périmony, du Mouvement La Raison du peuple, soutient pour sa part une «candidature unique», considérant que «tous [les candidats] ont les mêmes programmes». «Nous sommes en crise sans précédent et il est essentiel de commencer par reprendre le contrôle de notre économie» pour que les autres problématiques puissent être réglées, a-t-il défendu.

Dans cette démarche, il propose notamment de «reprendre le contrôle de l’économie [française], en faisant passer une loi de séparation des banques de dépôt des banques d'affaires, afin de protéger l’épargne des citoyens face à la spéculation». «Il n’y a pas d’argent magique pour résoudre les problèmes des Français de l’étranger, mais la banque centrale européenne peut créer 3 000 milliards pour renflouer des banques en faillite», a souligné Périmony. Il soutient ainsi la renationalisation de «la Banque de France pour remettre en place une politique de crédit public et rediriger l’argent vers l’école, les laboratoires, les hôpitaux, la recherche et les grands projets industriels en France avec les partenaires en Afrique».

Le candidat préconise, par ailleurs, un renforcement des relations internationales entre la France et les pays de la neuvième circonscription, notamment pour faire du Mali «le grenier alimentaire de l’Afrique de l’Ouest, changer de paradigme entre la France et l’Afrique et les voir avec les yeux du futur». «Le président du Programme alimentaire mondial l’a déjà dit, qu’on s’attend à des famines (…) il est essentiel de doubler la production alimentaire de la région avec les Français de l’étranger» et les compétences françaises installées dans la région, a-t-il ajouté. Il a évoqué aussi le projet de «mettre fin aux ajustements structurels du FMI» ainsi qu’au système monétaire du franc CFA, «colonne vertébrale de la Françafrique».

Consulter les autres députés des Français de l’étranger pour converger les actions

David Azoulay, entrepreneur franco-marocain né à Essaouira, axe pour sa part sa candidature sur l’humanisme et le dialogue interculturel. Sillonnant la circonscription depuis plusieurs mois, il porte sa réflexion sur les moyens de résoudre les inégalités, à travers quatre sujets prioritaires que sont l’éducation, la santé, la fiscalité et la coopération avec l’Afrique.

Pour mener ce travail, David Azoulay dit capitaliser sur deux exigences, à savoir l’écoute et la proposition, afin de se saisir des sujets quotidiens et fondamentaux et de redonner plus de poids à la démocratie locale. Préoccupé par ailleurs par les questions du réchauffement climatique, il ambitionne de soutenir les programmes de transition écologique, ainsi que l’égalité dans une approche de diplomatie féministe et respectueuse des valeurs égalitaire. Pour y procéder, il indique, dans un premier temps, «consulter tous les élus des français de l’étranger pour faire remonter tous les problèmes», les soumettre aux dix autres députés des Français de l’étranger et décliner une action commune sur tous les sujets majeurs, à travers un groupe de travail dédié. «On n’est jamais aussi fort qu’en étant à plusieurs et l’union fait la force», a-t-il tranché.

Emilie Marchès, adhérente du parti des Radicaux de gauche, est candidate de la Fédération de gauche républicaine qui compte cinq partis. Elle est chargée de communication et d’animation scientifique dans la direction de la recherche à l’Université de Bordeaux. Militante politique et associative engagée depuis 30 ans, elle lutte contre les discriminations, le racisme et l’antisémitisme. «Etre élue de la nation, c’est participer aux débats de l’Assemblée nationale confisqués ces cinq dernières années», a-t-elle indiqué.

Pour avoir vécu au Maroc, la candidate souhaite continuer ses combats avec un mandat national, «en créant des passerelles entre les jeunes des quartiers et des projets de coopération avec ceux des pays de la circonscription». Attachée à l’éducation et à la culture qui sont «les deux vecteurs d’émancipation des citoyens de demain», Marchès veut «défendre la particularité du système de scolarité à l’étranger pour la rendre accessible pour tous le jeunes français, binationaux, enfants de travailleurs à contrat local et de familles mixtes démunies, en proscrivant les tarifications par établissement».

Pour Jean-Claude Martinez (ex-Front national), il existe des problèmes locaux d’éducation, de fiscalité auxquelles il souhaite répondre, en tant que «candidat des solutions», riche de son expérience politique auprès de feu le roi Hassan II. «J’ai peur de ce qui est en train d’arriver à cause de la sécheresse» dans les pays de la 9e circonscription, avec des menaces de «révoltes sociales et de crise alimentaire extrêmement importante», s’est-il inquiété, présentant comme alternative une «politique agricole méditerranéenne».

Pour ce faire, le candidat défend une méthode de rapport d’information à obtenir en commission des finances. «On aura un instrument et un document de base pour le président de la République, une communauté économique diplomatique universitaire francophone, afin d’aller plus loin dans la francophonie», a-t-il déclaré.

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