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Grand Angle

Espagne : Une Marocaine invite les enfants d'immigrés à dénoncer la discrimination en classe

Victime de la discrimination au lycée il y a quelques années, une Maroco-espagnole a publié récemment une vidéo pour venir en aide à une élève dans la même situation, invitant les élèves immigrés ou nés de parents immigrés à dénoncer ces actes. 

Publié
Photo d'illustration. / DR
Temps de lecture: 3'

En Espagne, une vidéo d’une jeune marocaine âgée de 20 ans s’approche des 10 000 vues sur le réseau social TikTok. Basma Belrhalia Laouar, étudiante en journalisme à l'université de Murcie y raconte la discrimination qu’elle a subie au lycée par une enseignante.

Dans sa vidéo, la Maroco-espagnole invite même les élèves immigrés ou nés de parents immigrés à dénoncer le racisme et la discrimination. La vidéo n’arrête pas de susciter des réactions chez d'autres jeunes qui disent vivre la même chose ou avoir été témoins de situations similaires en classe, écrit El Espanol, qui a interviewé la jeune femme.

Après avoir terminé son Educación Secundaria Obligatoria (ESO), soit l’enseignement secondaire à Los Conesas, Basma raconte avoir demandé à ses parents de déménager à Carthagène pour ses études au lycée. Arrivée dans la ville, la jeune maroco-espagnole commence alors à jouer comme ailière au FC Cartagena, pendant sa première année. Toutefois, tout a basculé lorsqu’elle passe en deuxième année, prélude à l'évaluation du Baccalauréat pour l'accès à l'Université (Ebau). Elle commence alors à subir de la discrimination par son enseignante de langue et littérature espagnoles.

«Elle disait que je m’exprimais mal car étant Marocaine, et que les autres enseignants ne me disaient rien sur la façon dont j’écrivais mes notes ou les réponses aux examens», confie Basma. «En classe, elle m'a dit que j'étais la seule à me plaindre de ses notes. À chaque fois, je me sentais plus stressée et plus impuissante.» La jeune lycéenne abandonne alors le football pour se consacrer à ses études. Elle s’inscrit aussi dans une école pour améliorer son niveau d'anglais à Ebau, mais les résultats tardent à venir. Un jour, lors d’un entretien en tête-à-tête, la maroco-espagnole demande alors à son enseignante pourquoi elle a de mauvaises notes. «Elle m'a répondu : "Parce que tu es marocaine, c'est ta mauvaise expression qui te mène à l'échec. A quel âge êtes-vous arrivés en Espagne ?"» Quand l’élève lui répond qu’elle est née à Murcie, son enseignante lui aurait lancé : "Vraiment ?"

Plusieurs «cas de discrimination qui touchent les élèves»

Basma décide de se confier à une professeure de latin, qui lui promet de la soutenir lors de la session d'évaluation au troisième trimestre. Sous la pression du reste de ses camarades de classe en raison du bon dossier scolaire de Basma, l’enseignante de langue et littérature espagnoles n'a eu d'autre choix que de donner à cette étudiante la moyenne pour qu'elle puisse se présenter à l'examen de la Selectividad, où elle obtient une note globale de 11,4 sur un maximum de 14.

Auprès du média espagnol, la jeune étudiante explique avoir pris la décision de faire une vidéo plus tard après avoir appris que l’enseignante en question fait la même chose avec une autre élève de parents marocains. «J'ai décidé de raconter mon histoire pour soutenir cette fille. A cette époque, j'étais en deuxième année de lycée, je pensais que l'enseignante avait tout le pouvoir et que si elle me suspendait je ne pourrais pas étudier pour un diplôme universitaire», explique-t-elle, en affirmant que «les élèves doivent trouver une solution aux situations de discrimination : ils ne peuvent pas rester silencieux».

Sabah Yacoubi, présidente de l'Association des Travailleurs Immigrés Marocains (ATIM) confirme, en rappelant que son ONG reçoit «des cas de discrimination qui touchent les élèves du primaire à l'université, qui sont espagnols de droit» et ce, en raison de leurs origines. «Nous conseillons toujours aux familles de signaler à l'équipe de direction du centre éducatif ou au ministère de l'éducation, si elles ont des preuves de discrimination raciale dans la salle de classe», ajoute-t-elle, déplorant que les familles ne dénoncent pas ces actes pour différentes raisons, comme la non-maitrise de la langue ou le fait «qu'elles ne veulent pas avoir d'ennuis avec l'administration».

«Un plan doit être conçu pour proposer des alternatives afin que les étudiants immigrés ou les enfants d'immigrés qui ne terminent pas l'enseignement secondaire obligatoire soient scolarisés. Il faut aussi promouvoir les médiateurs des centres éducatifs parlant la langue marocaine pour avoir un bon interlocuteur avec les familles», plaide l’associative, en rappelant que «les immigrés ont leurs devoirs, mais ils ont aussi leurs droits».

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