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Grand Angle

Belgique : L’imam Toujgani s’exprime pour la première fois sur le retrait de son permis de séjour

Au lendemain de l’annonce du retrait de son permis de séjour belge pour des raisons de sécurité nationale, selon le secrétaire d’Etat à l’Asile et à la migration, l’imam Mohamed Toujgani est revenu sur cette décision, dont il n’a pas été notifié en 2021. La révocation aurait été découverte au hasard d’une démarche administrative ordinaire.

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L'imam Mohamed Toujgani / DR.
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L’imam marocain Mohamed Toujgani est sorti de son silence pour commenter la polémique sur le retrait de son permis de séjour, décidé par le secrétariat d’Etat belge à l’Asile et à la migration, Sammy Mahdi. Résident en Belgique depuis 1982, il sera également interdit de territoire pour dix ans, le gouvernement ayant invoqué des raisons de sécurité nationale, sur la base d’information des renseignements. En cause, la réapparition d’une vidéo datée de 2009, où l’homme appelle à «brûler les sionistes oppresseurs», dans le contexte de l’offensive israélienne sur Gaza (2008 – 2009).

Mais la mesure de son éloignement a provoqué l’ire d’acteurs politiques et de la société civile dans son pays d’accueil, où d’autres encore y voient plutôt une nouvelle manœuvre du ministre de la Justice, dans son conflit médiatique avec les instances du culte musulman et surtout après les révélations sur le soutien saoudien des plaignants ayant récemment poursuivi l’Exécutif des musulmans de Belgique (EMB). Président de la Ligue des imams de Belgique, Toujgani est membre du Conseil des théologiens, représenté à l’EMB.

Sur la plateforme Un autre regard, tenue en Belgique par un groupe de femmes issues de l’immigration, Mohamed Toujgani s’est défendu de la radicalisation que le gouvernement lui reproche, soulignant que durant ses 40 ans de résidence dans le pays, «l’ensemble de [son] travail a été de soutenir le vivre-ensemble et le dialogue interreligieux». «Chaque fois que des tensions apparaissaient au sein de la société bruxelloise ou belge, nous étions en première ligne pour alerter les parents et calmer les esprits des jeunes. Et cette position que je défends est largement documentée», a-t-il soutenu.

Des prêches tenus pour dénoncer les attentats terroristes

L’imam a également rappelé qu’après les attentats terroristes de 2016 à Bruxelles, il a donné un prêche contre le terrorisme. «La Belgique fait partie de mon identité, il s’agit de mon pays, j’y ai vécu davantage que le Maroc, mon deuxième pays. C’est pourquoi, je récuse et rejette totalement cette accusation qui n’a aucun fondement», a-t-il déclaré.

«Les musulmans de Belgique et de France me connaissent parfaitement, j’ai sillonné de nombreuses mosquées. Ils ont entendu mes discours, et c’est pour cela qu’aujourd’hui ils me soutiennent même si je n’ai rien demandé. C’est à leur propre initiative et je les en remercie et je demande à Dieu de les récompenser. Mais il est clair qu’ils ne peuvent rester silencieux devant une telle injustice car c’est une injustice flagrante.»

Mohamed Toujgani

Après avoir exprimé son soutien à Toujgani, le conseiller communal Ahmed El Khannouss a essuyé de vives critiques, surtout au sein de son parti (CDH), qui a convoqué son conseil déontologique et suggère d’ores et déjà la possibilité d’exclure le responsable politique. Il a fait en revanche de nouvelles sorties médiatiques, où il a réaffirmé son soutien à l’imam et en taxant le secrétaire d’Etat Sammy Mahdi d’invoquer des «raisons fallacieuses» pour «participer à la course folle pour concurrencer la droite et l’extrême droite en Flandre».

Mohamed Toujgani n’aurait jamais été notifié du retrait

El Khannouss révèle que «cette mesure a été prise au moment où Mohamed Toujgani était bloqué au Maroc, suite à une décision des autorités marocaines de fermer leurs frontières pour limiter la propagation du nouveau coronavirus». «On prive M. Toujgani de se défendre au niveau administratif et judiciaire, ce qui est encore plus grave que la mesure elle-même», a-t-il dénoncé auprès de 7sur7.

Pour lui, l’imam «n’a pas tenu de propos antisémites, tels que ces derniers sont définis par la loi» et «il n’y a pas eu de plainte des associations de lutte contre l’antisémitisme». «Nous lui avons toutefois fait remarquer qu’il n’était pas normal de tenir de tels propos, mais sa critique de l’Etat d’Israël était légitime, étant donné que cette guerre a fait de nombreuses victimes innocentes», a ajouté le responsable politique.

«Les autorités qui dépendent de M. Mahdi prétendent qu’il serait un agent des services secrets marocains, et au même moment on le soupçonne d’être proche ou membre des Frères musulmans, alors il faut savoir.»

Ahmed El Khannouss

Le conseiller municipal soutient qu’il ne défend par Mohamed Toujgani mais le droit. «Je pars du principe que si ce monsieur a enfreint la loi, il faut lui donner les moyens de se défendre auprès des instances judiciaires (…) Il est trop aisé aujourd’hui, pour des raisons de communication, de prendre une décision administrative, qui je le rappelle aura des conséquences catastrophiques pour lui et sa famille (…) je ne veux pas que ça devienne un système ici où un responsable politique au niveau de l’exécutif peut décider de l’avenir de quelqu’un», a plaidé Ahmed El Khannouss.

Vendredi 14 janvier, 9 organisations de culte musulman ont signé un communiqué collectif, appelant également à faire annuler la mesure visant l’imam. Les signataires se sont notamment interrogés sur «les motivations profondes» du traitement consacré au concerné.

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