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Belgique : Nouvel imbroglio entre l’Exécutif des musulmans et le gouvernement

Une semaine après les révélations sur les manœuvres de plaignants à l’encontre de l’Exécutif des musulmans de Belgique (EMB) qui serviraient aux membres du gouvernement belge dans leur conflit médiatique avec la représentation cultuelle, le secrétariat d’Etat à l’Asile et à la migration riposte. Il vise cette fois-ci un imam belgo-marocain.

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Sammy Mahdi, secrétaire d'Etat belge à l'Asile et à la migration / Ph. Belga
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L’Exécutif des musulmans de Belgique (EMB) a réagi aux informations relayées, ce jeudi, sur le retrait du titre de séjour de l’imam belgo-marocain Mohamed Toujgani et l’interdiction de territoire pour dix ans à laquelle il serait exposé. L’EMB a souligné qu’en cas d’application d’une telle mesure à «qui que ce soit», cela reste «une affaire strictement privée sur laquelle [l’]institution n’a aucun commentaire à apporter». Parvenu à Yabiladi, un communiqué de la représentation cultuelle a indiqué que cette dernière recevait «de nombreuses sollicitations» des médias, après que la décision a été rendue publique ce matin, d’où sa mise au point.

Dans une vidéo datée de 2009 et réapparue en 2019, l’imam a parlé de «brûler les sionistes oppresseurs», dans le contexte de l’offensive israélienne sur Gaza (2008 - 2009), avant de présenter ses excuses. C’est cette sortie qui serait à l’origine de la mesure prise à son encontre, selon le secrétaire d’Etat à l’asile et à la migration, Sammy Mahdi. Mais pour sa part, l’EMB rappelle avoir, dès 2019, «fermement condamné les propos antisémites» de Toujgani qui, «entretemps, a regretté ses propos et présenté ses excuses à la communauté juive de Belgique». «L’EMB œuvre et continuera d’œuvrer pour une société pacifique et de vivre-ensemble, exempte de toutes formes d’extrémisme et de radicalisme», a souligné l’institution.

Cette dernière rappelle qu’elle «gère le temporel du culte, notamment les dossiers des communautés islamiques locales et des imams reconnus, dans le cadre des missions qui lui sont confiées par les arrêtés royaux de 2016 et 2017 portant reconnaissance de l’EMB», qui, par ailleurs, «n’a pas de lien d’autorité avec les imams non rattachés aux mosquées subventionnées». En effet, le salaire de Toujgani n’est pas versé par l’Etat, mais grâce aux dons des fidèles de la plus grande mosquée belge où il faisait ses prêches. Président de la Ligue des imams de Belgique et membre du Conseil théologien, représenté à l’EMB, l’homme a par ailleurs formé des imams.

Des stigmates de la position du gouvernement à l’égard du culte musulman

Prise dès octobre 2021 mais rendue publique seulement en janvier 2022, la mesure annoncée à l’encontre de Toujgani ne serait pas uniquement l’œuvre du secrétaire d’Etat à l’Asile et la migration, qui invoque «des informations des renseignements» sur la radicalité du concerné. Contactées par Yabiladi ce jeudi, des sources informées suggèrent une nouvelle manœuvre du ministre belge de la Justice, Vincent Van Quickenborne, après la succession de tensions entre son département et les organisations du culte musulman, principalement l’EMB, surtout après les révélations sur les origines du soutien financier de plaignants détracteurs de l’excécutif musulman.

Depuis son annonce, la décision à l’encontre de l’imam a fait réagir au sein de la société civile. Militant des droits humains belgo-marocain, Mohsin Mouedden estime qu’«il y a non seulement un dérapage, mais cela démontre que notre Etat de droit est instrumentalisé et devient par moment une tartufferie pour de la basse politique politicienne». «Mohamed Toujgani, plutôt proche des autorités marocaines, selon les connaisseurs de l’islam, était plutôt connu depuis quelques années pour être un imam qui luttait contre la radicalisation», a estimé l’activiste, dans une tribune parvenue à Yabiladi.

Mohsin Mouedden souligne d’ailleurs que Koen Geens, prédécesseur de Vincent Van Quickenborne, voyait en l’imam «une pièce maitresse de l’islam belge». «Le voilà qui serait devenu, en quelques mois, "une menace grave pour notre sécurité nationale"», écrit-il encore, ajoutant que «Sammy Mahdi flingue de la sorte un poids lourd de la politique belge, en la personne de l’ancien ministre de la Justice».

«Les vrais radicaux estiment que Mohamed Toujgani est un "traitre", un "mauvais imam au service de l’état du Maroc et de la Belgique". Les services de sécurité belge, incapables de prévenir les attentats terroristes, doivent nous faire interroger sur leur réelle efficacité, voir légitimité, lorsque des rapports opaques sont notifiés sans que les intéressés ne puissent se défendre. Là encore, il y a des violences qui sont faites à l’Etat de droit.»

Mohsin Mouedden

Le militant appelle à la mobilisation de la société civile belge «pour cet imam (même si nous ne partageons pas ses idées, voir que nous nous opposons à certaines d’entre-elles), car il s’agit d’une question de principes et dire stop aux dérives du gouvernement belge».

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