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Après 100 jours aux commandes, quel premier bilan pour le gouvernement Akhannouch ?

Alors que le politologue Abderrahim Elalam estime que le gouvernement d'Akhannouch n'a réalisé aucun progrès significatif, cent jours après son investiture, son collègue Omar Cherkaoui considère que le nouvel exécutif fait déjà mieux que ses prédécesseurs.

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Le gouvernement d'Aziz Akhannouch lors de la cérémonie de nomination présidée par le roi Mohammed VI, le 7 octobre 2021 à Fès. / MAP
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Dans quelques jours, le gouvernement d’Aziz Akhannouch fêtera ses 100 premiers jours au pouvoir. En pleine campagne électorale, le Rassemblement national des indépendants (RNI) avait fait du «changement» et de la «rupture» ses fers de lance, en multipliant les promesses à l’adresse des Marocains. En octobre, devant les députés et les conseillers de la nation, le nouveau chef du gouvernement a promis que son cabinet «réalisera ses engagements», en dépit d’une crise sanitaire ayant laissé sa marque sur les finances de l’Etat et la situation socio-économique du pays.

Près de 100 jours au pouvoir, l’exécutif a-t-il réussi à déclencher un «réel changement» ? «Dans le cas normal, cent jours s'écoulent en enregistrant une centaine de réalisations, mais le gouvernement actuel termine les 100 jours avec de nombreux problèmes», tranche le politologue et professeur à l'Université Cadi Ayyad de Marrakech, Abderrahim Elalam. «Pas une semaine se passe sans qu’on s’assure que l’une de ses promesses ne sera pas tenue», ajoute-t-il.

Pour le politologue, «l’exemple le plus éloquent est celui du secteur de l’éducation nationale et notamment le dossier des enseignants contractuels. Des promesses ont été tenues par le Parti de l’Istiqlal mais ont fini par être abandonnées».

«Nous avons vu le problème du concours de recrutement des contractuels, le fait de fixer l’âge maximum à 30 ans et les problèmes que cela a créés. Nous avons vu aussi la polémique sur l’obligation du pass vaccinal. Même pour le chantier de la couverture sociale et hormis certains décrets, il n’y a pas d’avancées.»

Abderrahim Elalam

«Les attentes se sont accompagnées de frustrations»

Pour le politologue et universitaire, «le manque de précipitations, à son tour, augure d’une année agricole difficile, ce qui affectera les engagements du gouvernement». «A cela s’ajoutent les prix élevés des carburants, qui ont grandement affecté les prix des denrées essentielles». Il estime, dans ce sens, qu’il «n'y a pas une seule réalisation faite par le gouvernement pour qu’il en soit fier pour ces premiers 100 jours». «Le cabinet actuel est même le premier gouvernement à faire face à des slogans contre lui au cours de son premier mois au pouvoir», rappelle-t-il.

Abderrahim Elalam cite, à cet égard, les protestations des élèves contre le système des contrôles continus ainsi que les manifestations des étudiants et des diplômés chômeurs contre la fixation d'un âge maximum pour candidater au concours de recrutement des enseignants. «La rue bouillonne pour une raison simple : Le gouvernement a fait de très grandes promesses et les attentes se sont accompagnées de frustrations. Les gens attendaient et espéraient un changement», ajoute-t-il, rappelant que «beaucoup d’observateurs ont mis en garde contre le fait de faire trop de promesses, car elles peuvent apporter de la frustration et du désespoir». «Même pour la communication, qui n'est pas juste faible mais morte, le chef du gouvernement est redevenu un premier ministre», constate le politologue.

«Je ne sais pas si le gouvernement va remédier à ces questions à l'avenir, mais il est certain que dans l'histoire du Maroc, des gouvernements qui commencent faibles, terminent leurs mandats de la même manière, comme ce fut le cas avec le gouvernement d’El Othmani et nous avons vu la fin du parti qui le dirigeait. Je pense que le gouvernement actuel a démarré avec un faux départ.»

Abderrahim Elalam

Des «réalisations sans bruit» et «sans marketing folklorique»

Le politologue et professeur universitaire des sciences politiques et du droit constitutionnel à l’Université Hassan II, Omar Cherkaoui apporte toutefois une autre lecture. «A mon avis, ce gouvernement a peut-être réussi, là où les autres gouvernements  marocains, depuis au moins le gouvernement d'Abderrahmane Youssoufi, ont échoué. Il suffit de se référer aux décrets relatifs à la couverture santé et aux retraites qui concernent environ 5 millions de Marocains», nous confie-t-il.

Il considère ainsi que «ces seuls décrets destinés aux artisans et aux professions libérales sont considérées comme une réalisation gouvernementale» et cite aussi «le projet «Awrach», qui a été lancé récemment, et les engagements inscrits dans la loi de finances relatives à l'allègement de l'endettement des petites et moyennes entreprises».

«Le gouvernement a choisi une autre méthodologie pour gérer, de façon à exécuter ces réalisations sans bruit, sans polémique, et sans marketing folklorique. L'évaluation est basée sur des indicateurs et des données et non pas sur un état psychologique envers Akhannouch ou son gouvernement.»

Omar Cherkaoui

Pour le professeur universitaire des sciences politiques et du droit constitutionnel, «l'évaluation objective, qui ne regarde pas l'acteur mais les résultats, les politiques, les mesures et les décisions, dit que ce gouvernement a bien commencé son parcours, que ce soit au niveau de l'harmonie gouvernementale, la taille des décisions prises au niveau des politiques et des chantiers ouverts».

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