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Grand Angle

Maroc : Le scandale «sexe contre bonnes notes» bientôt au Parlement ?

Une dizaine de jours après les révélations sur le harcèlement des étudiantes par leurs professeurs dans le milieu universitaire au Maroc, le débat ne s’est pas installé ouvertement au sein du Parlement, en dehors des travaux des commissions. Des députées sont décidées à s’en saisir.

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Photo d'illustration / DR.
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Après les multiples réactions des présidences des universités marocaines, du ministère de l’Enseignement supérieur, de la recherche scientifique et de l’innovation, ainsi que des associations féministes, peu de parlementaires se sont saisis publiquement de la question du harcèlement sexuel que des étudiantes ont récemment révélé avoir subi. L’occasion ne s’est pas encore présentée pour inclure ce point à l’ordre du jour des séances ordinaires au sein de l’hémicycle. Mais en attendant, le ministre de tutelle a déjà été questionné à ce sujet.

La semaine dernière, la députée du Parti authenticité et modernité (PAM) Najwa Koukouss, membre de la Commission de l’éducation et de la culture, a formulé deux questions orales à l’attention d’Abdellatif Miraoui. Dans la première, introduite au nom du groupe parlementaire au sein de la Chambre des représentants, la députée a interpellé le ministre sur le phénomène dans les milieux scolaire et universitaire à la fois, au vu des nombreux témoignages relayés sur les réseaux sociaux depuis la fin décembre 2021. Dans la seconde, elle a abordé la mise en place d’une stratégie ministérielle pour la protection des étudiantes contre le harcèlement et le chantage sexuels.

La question a égalemment été évoquée lors des travaux de la Commission parlementaire de l’éducation, de la culture et de la communication, a appris Yabiladi. Par ailleurs, selon nos sources des représentants d'universités publiques ont insisté directement auprès du ministre pour ne pas clore le dossier et pour veiller à suivre jusqu’au bout les procédures à l’encontre des mis en cause. 

Des groupes parlementaires s’organisent pour se saisir du sujet

Ancienne vice-présidente de la région Tanger-Tétouan-Al Hoceïma et actuellement députée à la Chambre des représentants sous les couleurs de l’Union socialiste des forces populaires (USFP), Salwa Demnati a déclaré à Yabiladi qu' «une rencontre s’est tenue mardi dernier avec le ministre de l’Enseignement supérieur. Ce dernier a lui-même dénoncé les faits de harcèlement, avec tous les parlementaires de la commission, toutes tendances partisanes confondues».

«Le point n’est pas encore évoqué au sein de l’hémicycle, mais cela ne devrait pas tarder. Le ministre a insisté sur le fait qu’aucun des crimes avérés ne restera impuni et qu’il n’y aura aucune tolérance», a ajouté la députée. «Notre législature vient de commencer et lors des séances ordinaires du Parlement, plusieurs sujets sont débattus à chaque fois. Vu que le ministre n’a pas encore pris part à une séance ouverte des questions et des réponses orales, nous n’avons pas encore eu la possibilité d’aborder le harcèlement sexuel dans les universités», a-t-elle expliqué.

Pour avoir fréquenté elle-même les bancs de l’université au Maroc, Salwa Demnati confirme que le phénomène a longtemps été passé sous silence et que «l’heure est venue d’en finir avec l’impunité dans nos établissements».

«En tant que femme ayant fréquenté l’université récemment pour mon doctorat, j'ai eu connaissance de ces pratiques-là de l’intérieur de nos facultés et de nos écoles supérieures. Nous avons toujours dénoncé ces pratiques mais sans avoir de visibilité, et avec une marge de manœuvre limitée. Maintenant que nous siégeons à la Chambre des représentants, nous élues sommes déterminées à ouvrir le débat, quitte à évoquer ce point en motion d’ordre dès la prochaine séance prévue lundi.»

Salwa Demnati - USFP

La députée rappelle que «la question a été abordée par le passé, même si elle était taboue, mais il n’y avait aucune réactivité de la part des décideurs». «Maintenant que nous observons des interactions positives, nous souhaitons que ce soit l'occasion pour travailler sérieusement à la lutte contre ce phénomène qui n’a pas sa place dans nos universités, qui nuit à l’image de notre système d’enseignement supérieur et à l’image de notre pays», affirme-t-elle.

Plusieurs ministères doivent réagir

Le groupe parlementaire du Parti du progrès et du socialisme (PPS) compte également aborder la question en séance ordinaire du Parlement, selon des déclarations de ses élus à la Chambre des représentants. Parmi eux, Nadia Touhami, membre du bureau politique de la formation et députée, a indiqué à Yabiladi qu’«un travail de coordination est en cours pour aborder la question, mais tout en tenant compte de ses dimensions multisectorielles».

«Nous apprécions la réactivité au niveau des enquêtes administratives et judiciaires récemment menées ou en cours. Mais la lutte efficace contre le harcèlement sexuel dans les universités et la lutte contre l’impunité des mis en cause, parallèlement au travail sur les mécanismes de prévention et de sensibilisation, doivent interpeller à la fois les responsables des secteurs de l’Enseignement supérieur, de la Solidarité, de l’intégration sociale et de la famille, ainsi que de la Justice.»

Nadia Touhami - PPS

«Nous souhaitons formuler une question écrite et une autre orale, en présence des ministres de différents secteurs intervenant sur cette problématique», explique Nadia Touhami, qui insiste sur l’importance «d’un traitement et d’une approche multisectoriels». «En ma qualité d’enseignante universitaire, j’estime qu’il est éminemment important de faire le tour de l’ensemble des aspects que revêt cette problématique, si nous voulons nous en saisir efficacement en tant que parlementaires», a-t-elle affirmé.

Avec la succession des révélations dans divers établissements de l’enseignement supérieur, le ministère de tutelle a décidé de travailler sur un dispositif global qui s’appliquera à l’ensemble des universités. Il s’agit d’«instaurer des mesures d’accompagnement» à travers des cellules d’écoute, «dédiées au signalement contre les actes de violence, de discriminations et d’harcèlement moral et sexuel et gérée par des spécialistes en la matière».

Aussi, un numéro vert et des adresses mails permettront de «dénoncer tout acte de harcèlement et de violences enregistrés», parallèlement à «des campagnes de sensibilisation aux violences dans le milieu universitaire pour combattre les inconduites et les violences à caractère sexuel». Une cellule de médiation devrait également voir le jour, en guise de structure de gestion des conflits, y compris ceux liés au harcèlement.

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