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Belgique : La justice blanchit l’EMB, ses détracteurs cherchent un soutien saoudien

Il y a une semaine, la justice a débouté les plaignants montés contre l’Exécutif des musulmans de Belgique (EMB) pour désigner un administrateur provisoire. Face à une demande jugée injustifiée, après d’autres procès que les magistrats ont qualifié dans leurs arrêts de «règlement de compte», les trois requérants bénéficieraient d’un soutien saoudien.

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Ambassade d'Arabie saoudite en Belgique / DR.
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Nouveau procès contre l’Exécutif des musulmans de Belgique (EMB) et nouveau rejet des demandes des plaignants. Ce que l’institution qualifie comme une «victoire totale au tribunal» est cette fois-ci le refus de désigner un administrateur provisoire, sur la base d’une plainte déposée par trois membres qui reprochent aux dirigeants de l’instance un manque de transparence, notamment dans la gestion financière et administrative.

Consultée par Yabiladi, l’ordonnance du tribunal de l’entreprise francophone de Bruxelles blanchit l’EMB des accusations de malversations et rejette la demande d’une nouvelle nomination provisoire. «La défenderesse conclut au non-fondement de la demande et postule la condamnation des demandeurs aux dépens», a noté l’arrêt. Et d’ajouter que «pour justifier la désignation d’un administrateur provisoire, la partie demanderesse doit démontrer, outre l’urgence de sa demande, le dysfonctionnement / la paralysie des organes de la société : de l’association ou la compromission grave d’intérêts de tiers». Elle doit également «établir que cette désignation intervient en dernier recours», ce qui manque dans l’ensemble de la requête des plaignants.

Président de la Fédération des mosquées albanaises en Belgique, représentée au sein de l’EMB, Ramadan Gjanaj a fait part à Yabiladi de son soulagement de la décision des magistrats, qui selon lui «réconforte l’exécutif dans son respect des lois en vigueur et met en porte-à-faux les détracteurs de l’exécutif avec leurs fausses allégations sur le financement suspect, mais aussi sur l’ingérence étrangère au sein des instances de la représentation».

«Des idiots utiles du ministre de la Justice»

Dans le fond, Ramadan Gjanaj estime que cette nouvelle décision qui s’ajoute à de précédentes, où l’EMB a déjà été blanchi d’accusations similaires, répond factuellement et juridiquement à l’ensemble des sorties médiatiques du ministre de la Justice, Vincent Van Quickenborne. Selon le responsable associatif, les plaignants seraient en effet «des idiots utiles du ministre et de la droite dure qui soutiennent ces procédures et qui se servent des manœuvres de certains individus membres de la communauté musulmane de Belgique, pour asseoir leur vision politique, aux dépens de l’organisation institutionnalisée de l’islam dans le pays».

«On utilise politiquement ces arguments pour déconstruire l’intégration des musulmans de Belgique. L’important pour nous est la préservation de l’organe chef de culte mais il ne semble pas que ce soit une priorité pour tous. D’ailleurs, aucun président de l’EMB n'a pas été insulté ou confronté à des procès devant la justice. On attaque les présidents successifs, quels qu’ils soient, uniquement pour atteindre l'EMB.»

Ramadan Gjanaj

Questionné notamment sur la déclaration du ministre au sujet du refus du versement des subsides pour l’année 2022, Gjanaj a affirmé à Yabiladi que «cela n’a pas été officialisé par courrier, qui constitue un acte administratif opposable, car dans ce cas-là l’EMB saisirait le tribunal dans l’heure et le ministre sera tenu de répondre factuellement de ses actes».

Dans ce sens, Ramadan Gjanaj déplore que depuis au moins un an, le ministre de la Justice semble déterminé à en découdre avec l’EMB. «On a bien compris qu’il attaque systématiquement par tous les moyens et tous les arguments l’instance, mais toutes ses déclarations sont construites sur des extrapolations et n’ont pas une base factuelle», a-t-il insisté. «Nous nous demandons bien pourquoi le ministre de la Justice ne va pas au tribunal pour faire condamner les actes qu’il considère illégaux et l’ingérence dont il dit avoir été informée. S’il en détient des preuves, la loi lui impose de les fournir au Parquet, mais il ne fait pas parce qu’il ne les a tout simplement pas», a-t-il ajouté.

Des soupçons de soutien saoudien aux plaignants

Pour Ramadan Gjanaj, ces tempêtes médiatiques et juridiques déteignent sur le bon fonctionnement du processus de l’organisation du culte musulman «et bloque sa reconnaissance à égalité avec les autres cultes en Belgique». «La juge a reconnu qu’il n’y a aucune malversation prouvée. Nous recourrons à un double-audit avant de déposer nos bilans auprès des autorités financières, afin de ne jamais laisser passer une erreur ; tout ce que nous demandons maintenant est que nous puissions passer à l’essentiel, c’est-à-dire renforcer l’organisation de l’islam, loin des soupçons infondés et des fausses allégations».

«Ce qui reste de l’ensemble de ces polémiques, c’est ce qui a été rapporté dans les médias depuis un an. On a des preuves formelles sur l’obédience des plaignants pour un pays du Golfe et ils attaquent actuellement les membres de l’exécutif, souvent marocains, parce que le rite malékite bloque l’infiltration wahabite depuis que la Belgique a décidé de mettre fin à la présence saoudienne au sein des instances cultuelles du pays.»

Ramadan Gjanaj

Parvenus à Yabiladi ce jeudi, des enregistrements sonores et des retranscriptions des échanges suggèrent en effet le soutien de l’ambassade d’Arabie saoudite à Bruxelles auprès des plaignants, proches des milieux salafistes et rigoristes musulmans. Dans les conversations, l’un des auteurs déboutés à la suite de la récente plainte cherche à renforcer son action en justice avec l’ajout de «trois autres personnes» de la communauté musulmane en Flandre. Les trois se porteraient ainsi volontaires, afin de «couper les pieds» (sic) aux dirigeants de l'EMB, avec le soutien financier de l’ambassade de l’Arabie saoudite. Implicitement, la Ligue islamique mondiale est soupçonnée de «mettre en place ses anciens» au sein de quelques ASBL, afin de s’activer dans le même sens.

«D’un côté, le ministre de la Justice utilise ces gens-là pour des objectifs politiques et de l’autre, des personnes sont en conflit avec les décideurs de l’EMB, simplement parce que le wahabisme n’a plus la main sur l’organisation du culte musulman en Belgique», tranche Ramadan Gjanaj. Pour lui, «on ne peut pas partir en croisade contre une partie importante de la communauté musulmane parce qu’elle est malékite depuis des siècles».

«Ce n’est pas cette représentation-là que l’exécutif cherche mais l’institutionnalisation d’un islam en Belgique, qui soit en même temps en phase avec la pratique de ses citoyens musulmans, et il se trouve qu’ils ne sont pas saoudiens historiquement mais issus des générations de migration de l’Afrique et de l’Europe centrale, où les rites musulmans n’ont jamais été wahabites.»

Ramadan Gjanaj

Le président de la Fédération estime que ces manoeuvres servent au ministre de la Justice pour «en finir avec la neutralité de l’Etat belge, comme il l’a d’ailleurs défendu avant son mandat ministériel, en tant que député, à travers la proposition d’amendement de la constitution à cet effet». «On utilise n’importe quel argument pour préparer l’opinion publique à être réceptive aux mesures qui vont être instaurées, notamment la régionalisation des cultes», explique Gjanaj, pour qui Vincent Van Quickenborne «a préparé la population pendant un an et demi afin de bénéficier d’une certaine reconnaissance, en cas d’enclenchement d’une scission franche entre les composantes du pays, sans que cela n’émeuve personne». «Les idiots utiles du ministre sont ainsi instrumentalisés contre l’EMB, mais dès que le ministre finira de s’en servir, il leur tournera le dos en premier», avertit le responsable.

Afin de sortir de ce tourbillon, «le projet de renouvellement de l’exécutif prévoit un autofinancement dans l’un de ses points, de manière à ce que le fonctionnent soit payé par les fidèles et non pas le subside qui tient en otage une institution cultuelle», a affirmé Gjanaj, souhaitant dépasser les polémiques médiatiques sur le financement du culte musulman en Belgique, «qui sert de surcroît d’argument aux détracteurs de tout bord».

Article modifié le 07/01/2022 à 18h28

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