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Interview

«Les différences biologiques des femmes sont devenues un argument de violences faites envers elles»

Comme chaque 25 novembre, la Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes lance les 16 jours d'activisme. Selon le HCP, le Maroc a enregistré 16.500 affaires de violences faites aux femmes en 2020. Une semaine avant le coup d’envoi, des militants pour les droits des femmes venant de 128 pays, dont le Maroc, lançaient un projet de traité mondial pour mettre fin à la violence à l’égard des femmes et des filles. Interview de Luis Mora, Représentant de UNFPA, (Fonds des Nations Unies pour la Population) au Maroc.

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Luis Mora, Représentant de UNFPA, (Fonds des Nations Unies pour la Population) au Maroc / DR
Temps de lecture: 3'

On parle de violences contre les femmes, à l’égard des femmes, qu’est-ce que cela engobe réellement ?

Depuis l’évolution des Nations Unies, et concernant les conventions sur l’éradication de toute forme de violences faites à l’égard des femmes, des traités internationaux ont défini les formes de violences faites aux femmes et aux filles. On entend par violences à l’égard des femmes, la violence que les femmes comme les filles subissent par le fait même d’être femme et fille. Cette violence est associée d’une part à la différence biologique et reproductive et d’autre part, à la différence sociale que l’on établit entre les femmes et les hommes dans différentes sociétés.

Les violences peuvent aller de la violence physique, à la violence psychologique, sexuelle, économique, à la violence digitale. Tout cela est englobé dans ce que l’on appelle la violence symbolique. J’entends par là, que les différences biologiques et reproductives des femmes sont devenues, à travers l’interprétation et les différentes normes sociales, un argument de justification des violences faites à l’égard des femmes et des filles.

Vous parlez de différences biologiques et reproductives, mais le corps de la femme est encore sujet au tabou au Maroc. Comment lutter contre les violences faites aux femmes et aux filles, alors que ses pratiques, telles que le viol, sont encore taboues ? 

La meilleure façon de lutter contre la thématique du tabou, qui fait référence à de nombreuses formes de violences, est tout d’abord de le rendre visible. Il faut donc mener des études, des analyses, des réflexions au niveau académique, public et communautaire, afin que ces pratiques, pour la plupart du temps invisibles, devient flagrantes.

Ensuite, il faut démontrer comment ces pratiques de violences constituent des violations des droits Humains et en particulier des droits des Femmes. Bon nombre de ces violences sont taboues et d’un autre côté sont naturalisées et prises comment des pratiques de l’ordre du normal.

Puis, il faut mettre en place des actualisations des législations, mettre en place des traités et des programmes de sensibilisation de l’ensemble de la population, afin de changer ces normes sociales et ces stéréotypes, afin de pouvoir maintenir ces pratiques de violences sous le radar.

Concernant la mise en place de traités et de programmes, cette semaine, le Maroc participait au lancement d’un traité mondial pour mettre fin à la violence faite aux femmes et aux filles, quels en seront les changements ?

Ce traité permettait de changer les choses au niveau mondial. Depuis les lancements de résolutions, de conventions au niveau régional et des traités internationaux, il existe tout un corpus juridique concernant la question des violences à l’égard des femmes. La plupart de ces traités ont été ratifiés par bon nombre de pays des États membres des Nations Unies, y compris le Maroc.

Pour constater des changements, il faut d’abord analyser l’écart entre les standards internationaux, en matière de prévention à la violence envers les femmes et de prise en charge de ces dernières, avec la pratique nationale. Le fait d’avoir des lois qui protègent les femmes, ne signifie pas qu’elles sont forcément exécutées et mises en œuvre de façon complète.

Il y aura également tout un travail d’harmonisation entre les cadres juridiques et les accords programmatiques et politiques au niveau national et international. Si nous avançons vers un traité mondial actualisé, ce dernier permettra d’intégrer de nouvelles formes de violences contre les femmes, qui n’avaient pas été prises en considérations avec les instruments précédents.

Le traité permettra également de renforcer des mécanismes, rendant redevables les États membres concernant les mises en place de ces nouvelles mesures internationales en matière de prévention de la violence et de la prise en charge des femmes et filles victimes de violences à l’échelle mondiale, et dans les États membres, comme le Maroc.

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