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Les toilettes publiques au Maroc, une galère pour les jeunes filles

Une personne sur deux, soit 3,6 milliards de personnes dans le monde n’a pas accès à des toilettes convenables, rappelle l’ONU ce vendredi 19 novembre, en cette journée internationale des toilettes. Le fait que des écoles n'aient pas de toilettes en 2021 pourrait choquer. Pourtant, au Maroc c’est assez fréquent, notamment dans le milieu rural. Mais c’est une situation d’autant plus dérangeante pour les jeunes filles, qui de ce fait, manque à leur santé et à leur éducation.

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Créée en 2001, la journée mondiale des toilettes œuvre à la sensibilisation du public sur le rôle important que jouent les toilettes dans la vie des populations, et à encourager les actions ciblées pour relever le défi de la crise mondiale de l’assainissement. L’accès à l’assainissement est un droit humain reconnu par l’ONU depuis 2015 : les sanitaires sont essentiels pour la santé des hommes comme des femmes. Encore peu connu, le lien entre un accès sûr aux toilettes et droits des femmes est pourtant direct.

De nombreuses écoles rurales et périurbaines au Maroc n'ont toujours pas accès à des installations convenables. Cela a de graves répercussions sur la qualité de vie et la santé des élèves, en particulier celle des jeunes filles qui fréquentent les écoles rurales au Maroc. En effet, la mauvaise hygiène est l'un des nombreux facteurs qui dissuadent les familles d'envoyer leurs filles à l’école.

Un impact sur la santé féminine

Le manque de toilettes a des conséquences dramatiques sur la santé des écoliers. En effet, selon plusieurs médecins, l’absence de sanitaire contribue à véhiculer des maladies comme la dysenterie, la poliomyélite ou encore la typhoïde. Aussi, selon la gynécologue Ghita Belkhayat Zougari, «le manque d’infrastructures oblige certains élèves à se retenir. Cela engendre des infections urinaires et des reflux vesico-ureteraux». Mais l’absence de toilettes n’est pas le seul facteur de maladies et d’infection, selon la gynécologue : «Ces problèmes de santé peuvent également être dus au manque de propreté des locaux, facteurs de mycoses et autres infections.» Ces probèmes ont un impact majeur sur la santé féminine au sein des établissements scolaires et sont pour les enfants, des freins à la scolarisation.

L’émancipation des femmes commence aussi par les toilettes

Le simple fait biologique de la menstruation ne doit en aucun cas empêcher les jeunes filles de jouir de ses droits élémentaires. Cependant une gestion inadéquate de cette hygiène conduit à toutes les formes d’inégalités qui peuvent se creuser davantage à cause de l’abandon scolaire. Bon nombre d’écoles ne disposent pas d’installations sanitaires privées, sûres et adaptées aux élèves et tendant à la déperdition scolaire des filles.

Pour Sara Benmoussa, co-fondatrice du mouvement #7achak, qui lutte contre la précarité menstruelle, «s’il n’y a pas d’infrastructures sanitaires dans les écoles rurales, les jeunes filles ne peuvent pas aller à l’école durant leurs menstruations». Elle précise que «ces jeunes filles n’ont pas de quoi se changer durant leurs menstruations, et sont donc plus aptes à quitter les cours, ou pire, connaître un abandon scolaire total, car le phénomène est redondant et le retard trop important». En effet, les raisons évoquées par les jeunes filles pour justifier leur absence des bancs de l'école lors de leurs menstruations sont le défaut de produits d'hygiène menstruelle, suivie des difficultés d'accès à de l'eau propre et de sanitaires pour assurer leur hygiène personnelle à l'école, tout comme l'absence de solution d'élimination de leurs protections hygiéniques à proximité des sanitaires.

Les raisons de décrochages scolaires sont multiples, mais l'une des plus frappantes demeure le manque de sanitaires décents dans les écoles en milieu rural. Sur les 13 000 écoles situées en zone rurale, pas moins de 4 000 établissements disent ne pas avoir de vraies toilettes au sein de leurs locaux. Selon le rapport du HCP «La Femme marocaine en chiffres : 20 ans de progrès», la scolarisation des jeunes filles en milieu rural reste un défi de taille, avec 6 filles sur 10 non-scolarisées dans le milieu rural. Sur le plan de l’accès à l’éducation, l’étude fait état de la scolarisation de 39,2% des filles âgées entre 15-17 en milieu rural en 2020. 

Rendre disponibles et accessibles les services d’eau, d’assainissement et d’hygiène et veiller à ce que tous puissent suivre une éducation de qualité font partie des 17 Objectifs du Développement Durable à atteindre d’ici à 2030.

Article modifié le 2021/11/20 à 07h59

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