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Maroc : La flambée mondiale des prix appelle à une révision des politiques agricoles

Les cours mondiaux des matières agricoles augmentent, notamment les prix du blé. Cette tendance affecte particulièrement les pays du sud, où les défis de souveraineté alimentaire impliquent une révision des politiques agricoles. Au Maroc, ce débat remet en avant la réadaptation de la production à la demande nationale.

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Photo d'illustration / DR.
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Parallèlement à la hausse des prix énergétiques dans le monde, le coût des matières agricoles et des produits alimentaires risque de peser davantage sur les économies axées sur l’importation pour répondre à la demande nationale de la consommation. L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a indiqué que l’indice des prix des denrées agricoles pour l’alimentation de base ne cessait d’augmenter depuis un an.

Entre septembre 2020 à septembre 2021, cet indice a évolué de 33%. Les analyses estiment que «le prix de ces matières agricoles a dépassé les pics atteints au lendemain de la crise financière de 2008-2009» et qu’il «s’approche de son plus haut historique, atteint lors de la crise de 1973» et du premier choc pétrolier.

L’évolution de ces prix questionne sur les conséquences dans les pays dont la consommation nationale est couverte en grande partie par l’importation des denrées concernées. Parmi elles figurent le blé, dont le Maroc est un grand importateur. Outre les défis économiques, cette situation questionne aussi sur les orientations de la politique agricole et sur les contraintes climatiques, qui poussent à repenser les activités du secteur primaire.

Un poids des prix tributaire de la réorganisation de la production nationale

L’économiste Mohamed Chiguer estime auprès de Yabiladi que les conséquences de cette flambée des prix vont dépendre des effets de la compensation prévue dans le PLF pour 2022. Si le pays continue d’importer du blé de manière conséquente, le poids «sera couvert à un certain degré par les taxes sur la consommation», notamment avec la hausse des prix de ces matières et de leurs dérivés au niveau national, a indiqué le spécialiste. «Ce sont les politiques de compensation qui doivent couvrir ces dépenses», a-t-il estimé.

Au-delà de ce dispositif, le recours à l’importation des denrées de base, notamment les céréales pour couvrir la demande nationale, traduit «un échec du Plan Maroc vert (PMV)», qui a développé en priorité «une exploitation agricole dirigée vers la demande étrangère et l’exportation de productions à forte valeur», selon Mohamed Chiguer. Pour lui, cette politique «a longtemps oublié d’adapter les stratégies politiques à la demande nationale, en capitalisant principalement sur les céréales».

Dans ce sens, l’économiste a rappelé que le dernier discours du roi Mohammed VI a insisté sur la notion de souveraineté alimentaire. Il souligne que «les démarches et les politiques agricoles doivent être revues en tenant compte de ces orientations, en donnant de l’importance à l’activité des petits paysans, qui investissent principalement dans les céréales».

Pour absorber un tant soit peu une forte augmentation des cours internationaux des produits agricoles et principalement du blé, Mohamed Chiguer insiste sur une révision de ces politiques, qui devraient «privilégier tout ce qui touche justement à la souveraineté alimentaire, c’est-à-dire les besoins de la consommation locale, avec une agriculture qui tient compte des contraintes climatiques et environnementales du pays, y compris les défis liés au stress hydrique, à la sécheresse et à a désertification, des points de plus en plus déterminants dans les orientations gouvernementales du secteur dans d’autres économies».

L’économiste cite à titre d’exemple l’expérience de la production de la tomate, qui a permis au Maroc d’augmenter ses exportations surtout vers l’Union européenne, mais «au détriment de la consommation de l’eau et de la reconversion des agriculteurs». Il pointe aussi une politique agricole qui a encouragé des exploitants des céréales à se tourner vers la culture d'arbres fruitiers. Il s’agit selon lui d’«un échec en termes de souveraineté alimentaire et de rationalisation de l’utilisation des ressources hydriques, lorsqu’on sait qu’une importante partie de l’activité du secteur primaire repose sur les précipitations de pluie et sur les nappes phréatiques».

Des enjeux climatiques et sociaux qui pèsent dans la blance

Mohamed Chiguer considère que les enjeux climatiques posent de réels défis, auxquels les politiques agricoles peinent encore à s’adapter.

«Au niveau mondial, nous constatons d’ailleurs un déplacement des cultures selon les variétés, notamment à cause du dérèglement climatique. Certains pays du nord ont commencé à réduire la production de variétés de fruits pour capitaliser sur d’autres productions. Le Maroc est tenu de revoir les priorités en termes de production agricole.»

Le spécialiste alerte d’ailleurs sur l’aspect continental de cette problématique. «En Afrique, l’agriculture est un pilier vital de l’économie. (...) L’enjeu est économique, environnemental et social, lorsqu’on considère l’impact de sur la migration climatique», a-t-il souligné.

Pour Mohamed Chiguer, les nouvelles orientations royales portées sur la souveraineté alimentaire permettent de questionner les approches d’exploitation et d’exportation des produits agricoles, «à condition qu’elles soient suivies d’une mise en œuvre cohérente et d’une volonté politique de la part du nouveau gouvernement». Dans ce sens, l’économiste rappelle que l’«on ne peut pas parler de l’agriculture et de la valorisation d’une classe moyenne rurale, main-d’œuvre de la sécurité et de la souveraineté alimentaires, sans aborder la situation sociale et économique des travailleurs du secteur, dont beaucoup sont laissés dans l'informel, avec un salaire minimum très inférieur à celui admis dans les autres secteurs d’activité».

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