Menu

Article

Diaspo #213 : Maria Hraoui, ambassadrice des saveurs marocaines à Bruxelles

A Bruxelles, le concept de Zelij qui a donné naissance à Zeligourmet se veut plusqu’une vitrine des produits du terroir marocain exportés des coopératives locales. Porté par Maria Hraoui depuis 2019, il capitalise sur la cuisine comme outil de networking, de travail en commun et de transmission de valeurs ancestrales.

Publié
Maria Hraoui, initiatrice de Zelij à Bruxelles / DR.
Temps de lecture: 4'

De son enfance et de sa jeunesse à Casablanca, Maria Hraoui se souvient de la chaleur familiale et la générosité qui ont lié les voisines de palier. «Je me rappelle quand j’aidais ma mère pour préparer les mets de Ramadan, la porte de la maison et celle de notre voisine étaient toujours ouvertes ; c’était tout à fait naturel de faire des allers-retours ici et là et il était inconcevable de préparer du msemen ou de la harira sans faire goûter à notre voisine, et réciproquement», se rappelle-t-elle avec nostalgie.

Jeune entrepreneuse basée désormais à Bruxelles, Maria Hraoui nous confie que ces moment sont plusqu’une simple action de partage de repas. «C’est une éducation à la transmission, à la générosité, à la bienveillance et il est important de créer aujourd’hui ces espaces, où on peut se retrouver et partager des valeurs d’hospitalité autour de la cuisine», soutient-elle. C’est ainsi qu’après son baccalauréat marocain, ses études en France et sa longue carrière dans la communication institutionnelle et la publicité au Maroc depuis 2004, elle a décidé de monter son agence.

Un espace solidaire qui capitalise sur la transmission de valeurs

Son espace Zelij a ainsi vu le jour à Bruxelles, où elle s’est installée en 2019 pour lancer la marque, à laquelle s’est greffé un concept store, un service de cuisine «à taille humaine, alliant culture, petite restautation marocaine et traiteur». En travaillant sur une série d’événements, Maria Hraoui remarque en effet une absence d’espaces culturels dédiés pour la jeunesse marocaine installée en Belgique, mais aussi pour les étrangers qui n’arrivent pas à voir le Maroc au-delà de la carte postale. «Les espaces représentaient un Maroc folklorique et nous étions un peu lassés par cela. De jeunes artistes souhaitaient se lancer aussi, mais ils avaient des difficultés à trouver un accompagnement en communication», a-t-elle remarqué.

Dans un premier temps, son objectif a été de «démocratiser les prix de ces prestations, dans une approche solidaire», avec la création du «Comptoir pluriel», pour le coworking et la mise en liens d’experts en communication avec les jeunes auteurs artistes. «On laissait le choix aux clients de payer ce qu’ils pouvaient et nous arrivions à trouver un équilibre, entre ceux qui payaient généreusement et ceux qui avaient des moyens limités», nous raconte-t-elle.

C’est ainsi aussi que l’initiative «La table plurielle» est née, permettant de se réunir, de travailler, mais aussi partager un repas familial en fin de journée et de tisser de nouveaux liens. «Les gens se rendent dans l’espace et le dialogue interculturel a créé un véritable melting-pot avec des personnes venues de partout», se félicite Maria. «Au début, on est parti d’un dîner par semaine sur inscription. C’est devenu «La table plurielle», dans un concept-store d’objets issus des coopératives marocaines (roses, mélanges de thés, tapis berbères, babouches, parfums d’ambiance…)», se souveint-elle encore.

«Nous avons été encouragés pour lancer un service de cantines et un service traiteur, d’où le lancement de Zeligourmet pour les brunchs et les dîners marocains, mais aussi des gammes de vente des produits de beauté (ghassoul, huiles, henné…) Avec le confinement, nous avons stoppé ces activités, mais les clients ont commencé à nous contacter pour les livraisons. Nous avons eu l’idée de faire des box où il n’y avait uniquement de la nourriture.»

Maria Hraoui

Convaincue que chaque commande était unique et nécessitait de petites attentions, Maria Hraoui n’hésite pas à y glisser un petit bouquet de fleurs, des roses séchées, de la lavande, des épis de blé, ou tout autre petit détail qui fait la différence et rappelle cette identité marocaine plurielle. Le succès a été immédiat.

Grandir avec et grâce aux femmes «guerrières»

«Le jour où nous avons décidé de digitaliser le concept, nous ne nous attendions pas à autant de demandes dès le premier jour», se souvient Maria. «Nous avons opté pour du matériel et un emballage recyclable ou rechargeable et nous avons dû limiter les commandes dans le temps, afin de maintenir la même qualité et continuer à faire vivre une expérience unique, réveiller des souvenirs de voyages, d’enfance, de traces du Maroc», explique-t-elle.

De la brunch box, la porteuse du projet fait évoluer les prestations de restauration dans une carte marocaine, des plats classiques, puis des box soirée, toujours avec cette touche marocaine.

«Pour la préparation des plats, nous comptons surtout sur les mamans, les grands-mères marocaines installées à Bruxelles. La crise sanitaire a été dure pour nous tous, mais c’était magnifique d’avoir pu créer une chaîne de solidarité avec cette vingtaine de femmes qui ont commencé à cuisiner pour Zeligourmet.»

Maria Hraoui

Maria Hraoui a baptisé les membres de son équipe entièrement féminine : les guerrières. «La cuisine marocaine est particulière, en ce sens où le même tajine peut avoir des saveurs différentes à chaque préparation. Nous laissions donc les femmes s’exprimer et préparer les plats à leur guise, pour que chaque petite touche personnelle fasse la différence. Nous avons par ailleurs un chef marocain basé à Paris pour travailler sur les événements et les buffets internationaux», explique-t-elle, insistant sur la dimension sociale dans l’entrepreneuriat, y compris dans la dynamique interne de son projet.

«Nous avons veillé à ce que toutes les personnes qui interviennent sur ce projet bénéficient des retombées. Nous sommes donc espace qui propose de la cuisine familiale, de grand-mère à prix abordables et avec des mets généreux. Toutes les personnes qui nous ont aidées et qui ont travaillé avec nous étaient également nos invitées, notamment les mamans pour lesquelles nous cuisinions à l’occasion de tables spéciales.»

Maria Hraoui

A moyen-terme, l’ambition de Maria Hraoui est que Zelij devienne plus que jamais une vitrine du travail coopératif marocain, en montant cette fois-ci une coopérative au Maroc. Son objectif est d’intégrer davantage les femmes à la chaîne économique solidaire, tout en les soutenant à exporter leurs produits, semoules, huiles et productions locales, pour les accompagner dans leur émancipation sociale et économique, puisée dans leur propre identité.

Soyez le premier à donner votre avis...
Emission spécial MRE
2m Radio + Yabiladi.com