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Au Maroc, les femmes sont de plus en plus instruites et au chômage

Après une première décennie d’évolution globalement positive, les indicateurs de l’insertion des femmes à l’emploi sont dans le rouge. Dans les dernières statistiques du HCP sur la situation des Marocaines, les chiffres ont montré qu'elles étaient pourtant scolarisées plus qu’avant.

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Photo d'illustration / Ph. Shutterstock
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En obsolescence globale, l’ascenseur social est en panne pour les femmes, chez qui l’instruction diplômante suit de moins en moins le cheminement habituel vers l’emploi. Les chiffres mis à jour par le Haut-commissariat au plan (HCP) sur la situation des Marocaines indiquent une évolution positive dans différents domaines, notamment l’accès à la santé et à l’éducation. En revanche, l’un des secteurs clés de l’autonomisation et de l’évolution sociale qu’est l’emploi est de moins en moins accessible aux femmes, surtout depuis 2010.

Outre l’insertion au marché professionnel en elle-même, les femmes représentent la part la plus importante de celles et ceux qui ont perdu leur emploi. Pourtant, elles constituent plus ou moins la moitié des personnes à accéder désormais à l’école, à l’université, voire à un troisième cycle de l’enseignement supérieur.

Une évolution contrastée entre l’accès à l’école et celui à l’emploi

En effet, les données globales du HCP indiquent une augmentation du taux de femmes âgées de 15 ans et plus, sachant lire et écrire. Entre 2004 et 2019, le chiffre est passé de 39,6% à 53,9%, contre une évolution de 53,3% à 64,1% pour les hommes. En 2013, 90,9% des filles scolarisées avaient achevé leur enseignement primaire, contre 97,6% en 2019.

Intitulé «La femme marocaine en chiffres : vingt ans de développement», le rapport chiffré du HCP montre aussi que l’accès à l’éducation pour les filles âgées entre 15 et 17 ans a évolué au cours des vingt dernières années, passant de 32,2% en 2000 à 68,7% en 2020. Dans le milieu urbain, ce chiffre a évolué de 56,3% à 90,5% sur la même période. Dans le rural et à moindre vitesse, l’indicateur reste également positif, avec une évolution de 6,1% à 39,2%.

En revanche, les chiffres montrent une baisse du taux d’activité chez les femmes diplômées. Celles âgées entre 25 et 59 ans sont particulièrement concernée. Alors qu’elles étaient 38,7% à accéder à un emploi jusqu’en 2010, elles ne sont que 33,7% en 2020. Plus difficilement insérées au marché du travail, les femmes constituent aussi la part de la population active la plus exposée à une perte d’emploi. Ainsi, le taux de chômage des femmes a enregistré une augmentation, surtout au cours de l’année 2020, atteignant 16,2% contre 9,6% en 2010. Chez les hommes et malgré les effets économiques globaux de la crise sanitaire traversée l’année dernière, la courbe s'est dégradée à un moindre degré, évoluant de 8,9% en 2010 à 10,7% en 2020.

De même, le taux global d’activité des femmes et des filles (15 ans et plus) a considérablement baissé, passant de 28% en 2000 à 25,9% en 2010, puis à 19,9% en 2020. Alors que du côté les hommes, l’indicateur a évolué respectivement de 78,9% à 74,7%, puis à 70,5%.

Les femmes diplômées sont particulièrement touchées par cette baisse du taux d'activité : de 60,9% à 52,4%, puis à 43,2%, sur la même période. Les chiffres dans le monde rural pour cette partie sont encore plus parlants, puisque les femmes diplômées et actives y ont représenté le taux le plus élevé (66,3%) en 2000, avant que ce dernier ne chute drastiquement, passant à 49,2% puis à 28,8% en 2020. Dans le milieu urbain, il est passé de 60,8% à 52,6%, puis 44,3%, dans un contexte marqué par l’exode vers les villes.

Des femmes plus instruites mais toujours aussi exposées aux violences domestiques

Alors que le milieu de l’emploi semble se fermer aux femmes, les universités se féminisent. En effet, les diplômées du cycle de master et de troisième cycle de l’enseignement supérieur ont représenté 39,5% des lauréats en 2000, 42,2% en 2010 et 52,7% en 2019. Cette tendance reste pratiquement inchangée dans le cycle normal du supérieur, où le taux a évolué de 42,9% en 2000 à 52,3% en 2010 puis 52,7% en 2019.

Au primaire, le taux de féminisation a été de 46,3% en 2000, 47,8% en 2010, avant de se rapprocher du chiffre d’il y a 20 ans, avec 46,6% en 2020. Au collège, la courbe a évolué positivement de manière ininterrompue, le pourcentage des filles représentant 46,9% des inscrits en 2020. Au secondaire qualifiant, la même tendance a ramené ce taux à 51,3%.

Dans un autre registre, le HCP a mis à jour aussi les données liées aux violences basées sur le genre. En termes de prévalence des violences sous toutes leurs formes ayant visé les femmes, les indicateurs ont baissé, passant de 62,8% en 2009 à 56,5% en 2019. Les cas sont moins signalés dans le monde professionnel et dans l’espace public. Toujours est-il que malgré l’entrée l’entrée en vigueur de la loi 103.13, le taux de prévalence dans le milieu domestique et conjugal reste le plus important. Il a enregistré même une légère hausse, passant de 51,4 % à 52,2 % sur la même période.

Ces indicateurs font partie des huit axes sur lesquels les données chiffrées du HCP ont porté, à savoir la situation globale de la population féminine, la santé et le bien-être, l’éducation et la formation, le marché du travail, l’emploi du temps, la participation à la vie publique et à la prise de décision, les conditions de vie et la pauvreté, ainsi que la violence contre les femmes.

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