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Programme gouvernemental : Les libertés sacrifiées sur l’autel du développement ?

A l’image du nouveau modèle de développement, le programme gouvernemental présenté, mardi, par Aziz Akhannouch, ne mentionne pas les libertés et ne s’intéresse qu’au développement. Un constat qui inquiète les militants des droits humains dans le royaume.

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Photo d'illustration. / DR
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Renforcement des piliers de l’Etat social, stimulation de l'économie nationale et consécration de la bonne gouvernance. Tels sont les grandes priorités du nouveau gouvernement dirigé par Aziz Akhannouch et présentées, lundi, lors d’une session conjointe des deux chambres du Parlement. 

Au Maroc, alors que le pays connaît un déclin des libertés et des droits, militants et activistes s’attendaient à un apaisement de tensions et un engagement pour résoudre plusieurs dossiers restés en suspens. Mais à l’image du Nouveau modèle de développement, qui «place l’humain au cœur du développement», sans évoquer ses droits et ses libertés, le programme gouvernemental pour les cinq prochaines années évoque presque tout, sauf ce volet primordial. Un constat qui soulève des interrogations quant aux acquis et inquiète déjà les militants des droits humains. 

Pour Aziz Rhali, président de l’Association marocaine des droits humains (AMDH), «l'absence du dossier des droits de l'Homme ne se limite pas à la déclaration gouvernementale». «Ce volet était également absent dans la structure du nouvel exécutif, à travers l'absence d’un ministère des droits de l'Homme ou de société civile et l'absence du mot libertés», rappelle-t-il. «Ce sont toutes des indications survenus avant le programme gouvernemental qui confirme que la parenthèse du 20 février a été fermée. On peut dire qu'à travers ces ministères qui ont été supprimés et l'absence des termes auxquels j'ai fait référence que le nouveau gouvernement s'est écarté de la Constitution de 2011, malgré nos réserves en tant qu’association sur cette constitution», poursuit le président de l’AMDH.

«Il s'avère que l'Etat veut tourner la page de la dernière décennie et aller dans une autre direction. Je pense que la déclaration du gouvernement était très claire, même si elle évoque de la transition démocratique et de la mise en œuvre des recommandations de l’Instance Équité et Réconciliation, mais ce n'est que de la poudre aux yeux.»

Aziz Rhali

Des droits présentés «sous forme de charité» de l’Etat

Le président de l’AMDH estime qu’un «engagement fort» du nouvel exécutif vis-à-vis des droits humains aurait été exprimé par «le maintien d’un ministère dédié, en lui octroyant un rôle plus important dans les politiques publiques».

Pour sa part, Mohamed Bensaissa, président de l’Observatoire du Nord pour les droits de l’Homme (ONDH) qualifie de «caritatif» le programme gouvernemental présenté, hier devant les députés et les conseillers par Aziz Akhannouch. «C’est un programme caritatif plutôt qu'un programme basé sur les droits, et même lorsqu'elle parlait de droits économiques et sociaux, la présentation les a présenté sous forme de charité», fustige-t-il.

Pour le militant des droits humains, «les droits civils et politiques restent absents, ce qui est une lacune majeure». «Le gouvernement se concentrera au cours des cinq prochaines années sur le travail caritatif, afin de pouvoir apaiser les tensions sociales. Ainsi, nous ne chercherons pas de solutions sérieuses à travers une approche globale des droits de l'Homme, sachant qu’il n'est pas possible de séparer ce qui est social et économique de ce qui est civil et politique», ajoute-t-il.

«Les militants des droits humains s'attendaient à un apaisement du climat politique, notamment en ce qui concerne certains procès liés aux mouvements sociaux, et les poursuites contre des journalistes. Malheureusement, il semble que les cinq prochaines années connaîtront plus de restrictions sur les libertés et ne seront marquées par aucun apaisement.»

Mohamed Bensaissa

Pour le président de l’ONDH, militants et instances des droits humains doivent «mettre davantage de pression et plaider pour des revendications sociales et économiques comme des droits humains et non des actes de charité menées par l'Etat envers ses citoyens».

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