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Maroc : Des espaces publics inclusifs pour encourager la présence des femmes

Avec l’ONU Femmes au Maroc, le ministère de l’Aménagement du territoire national, de l’urbanisme, de l’habitat et de la politique de la ville a développé un Guide référentiel «pour des espaces publics plus accessibles aux femmes et aux filles». Cette feuille de route permet d’appuyer un aménagement des espaces urbains qui tient compte du genre.

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Photo d'illustration / Ph. AFP
Temps de lecture: 4'

Publié récemment par l’ONU Femmes au Maroc, le Guide référentiel «pour des espaces publics plus accessibles aux femmes et aux filles» a été développé avec le ministère de l’Aménagement du territoire national, de l’urbanisme, de l’habitat et de la politique de la ville. Il part du constat que l’urbanisation pose des défis de pauvreté et d’exclusion qui impactent surtout les femmes et les filles, «confrontées à des risques liés à la vulnérabilité accrue, au harcèlement et à la violence». Il permet également de repenser l’espace public, en tenant compte des impératifs d’inclusion des femmes.

Le guide s’est référé aux enquêtes sur la mobilité, menées au Maroc, montrant que les femmes se déplaçaient à pied plus que les hommes. En effet, «76% des déplacements des femmes à Casablanca se font à pied contre 57% pour les hommes ; ce pourcentage augmente lorsqu’il s’agit de petites distances», a indiqué le document, mettant en avant l’importance de faire de cet espace un endroit inclusif. De plus, les chiffres de l’enquête réalisée dans le cadre de ce guide ont indiqué que les principales problématiques vécues par les femmes dans les espaces publics urbains au Maroc étaient liées à l’absence de facteurs permettant l’appropriation et le sentiment de sécurité.

La sécurisation et l’entretien favorisent la présence des femmes

Au Maroc, 51% des femmes interrogées ont indiqué se faire harceler verbalement au moins une fois par semaine. 31% se font suivre une fois par semaine et 24% se font harceler physiquement au moins une fois par an. Par ailleurs, elles se sentent en insécurité «du fait des cas de violences sexuelles qui se déroulent dans les 2/3 des cas dans l’espace public, selon les chiffres de l’Observatoire national de la violence faite aux femmes». Le guide note que «cela les oblige à modifier leurs comportements dans l’espace public : elles évitent de sortir la nuit, marchent plus vite, évitent certains lieux comme les terrasses de café et changent leurs tenues vestimentaires, et celles qui en ont les moyens font le choix de se déplacer en voiture».

82% des interrogées ont indiqué aussi avoir des difficultés à se déplacer dans la rue du fait de l’accessibilité réduite des trottoirs et 85% ont fait remarquer l’accès restreint aux équipements sportifs. Les mères ont particulièrement des difficultés lorsqu’elles sont dans cet espace, où 96% d’entre elles ont estimé que «leur ville ne leur fournit pas des espaces sûrs pour allaiter et 86% pour changer leurs enfants». 77% ont souligné «le manque de jeux pour enfants suffisamment sécurisés et diversifiés».

L’appropriation est rendue difficile aussi en termes de références auxquelles les femmes peuvent s’identifier dans les espaces publics. 82% parmi elles trouvent que leurs villes manquaient de représentation de figures historiques féminines. «En matière d’aménagement, l’objectif de la politique de la ville est de veiller à ce que les espaces publics soient accessibles et adaptés à toutes et pour tous», a noté le guide, qui ambitionne d’«accompagner la conception et la mise en œuvre de projets d’aménagement d’espaces publics qui répondent à l’impératif d’accès égal et intègrent les besoins des femmes et des filles».

C’est pourquoi, le document réunit des indications pratiques et utiles pour les autorités et les maîtres d’ouvrage, concernant les aménagements qui doivent être intégrés dans les espaces publics, «afin de les rendre plus amènes et plus accessibles à tous, notamment et en particulier aux femmes et aux filles». Dans ce sens, il insiste sur l’importance de palier les «éclairages défaillants, les arcades mal entretenues et mal éclairées», entre autres. Les places publiques (parcs, jardins…) gagneraient également à être aménagées dans le même esprit inclusif. Dans ce sens, l’enquête a montré que lorsque les femmes fréquentent ces endroits, elles le font souvent en groupe. Elles sont accompagnées de leurs enfants qui jouent près d’elles, ont tendance à choisir des heures spécifiques pour s’y rendre, ou elles se retrouvent en groupe pour atténuer «le sentiment de malaise, d’inconfort voire de manque de légitimité à occuper l’espace que les femmes ressentent lorsqu’elles y sont seules».

Ce malaise «peut devenir un sentiment d’insécurité lorsque l’espace est dégradé (dallage en mauvais état, éclairage public défaillant, bancs absents ou cassés, fontaines endommagées) ou sale (du fait d’une gestion des déchets défaillante et de l’absence de poubelles publiques, etc.)», indique le guide. La même source rappelle que l’«absence d’entretien de l’espace public peut signifier que l’espace social est sans règle, encourageant de ce fait la délinquance et le harcèlement, ce qui décourage les femmes à utiliser l’espace public».

L’importance d’un aménagement favorisant la mixité

Pour combler ces failles, le guide retient l’importance de la conception des espaces publics dans une vision de proximité, en plus du renforcement la sécurité. «Si les aires de jeu pour enfants peuvent être pratiquées indifféremment par les filles et les garçons, à partir d’un certain âge (10 ans), les espaces de jeux sont souvent conçus pour les jeunes garçons (terrains de sport)», a noté le guide. Le document rappelle aussi que «les femmes sont les moins représentées dans les terrains de sport parmi les espaces publics». Pour cause, «la diversité des sports proposés sur les terrains monopolisés par les hommes et jeunes garçons» fait défaut. «Bien souvent, les femmes adaptent leur pratique au sein d’un terrain de sport : elles s’y rendent à certains horaires, font attention à leur tenue vestimentaire, et ont une pratique sportive différente de celle des hommes».

Dans un autre registre, le guide a considéré que la présence des femmes dans l’espace public ne pouvait être appuyée sans «la féminisation à la fois des noms et des professions de l’espace public», à savoir «les agentes de sécurité, les conductrices de bus ou taxi, les contrôleuses de tramway, les jardinières, les petites commerçantes, notamment dans les marchés des médinas ou quartiers populaires».

En 2013, la Commission des Nations unies de la condition de la femme (CSW) a déjà considéré que plusieurs formes de violences sexuelles contre les femmes et les filles dans les espaces publics constituaient un problème spécifique, nécessitant l’intervention des gouvernements. Aussi, les 17 Objectifs de développement durables (ODD) de l’Agenda 2030 des Nations unies incluent «l’élimination de toutes les formes de violence faite aux femmes et aux filles de la vie publique et de la vie privée» et «l’accès de tous, en particulier des femmes et des enfants, des personnes âgées et des personnes handicapées, à des espaces verts et des espaces publics sûrs».

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