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Interview

Elections : Candidat de la FGD, Montassir Sakhi veut porter la voix des MRE au Parlement

Docteur en anthropologie et enseignant des sciences sociales en France et en Belgique, Montassir Sakhi se présente aux élections législatives du 8 septembre en tant que mandataire de la liste de la FGD. MRE et enfant de Salé, il porte en lui une volonté de faire entendre la voix des Marocains résidant à l’étranger, toujours privés de se présenter et d’être représentés aux élections marocaines.

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MRE et enfant de Salé, Montassir Sakhi se présente aux élections législatives du 8 septembre en tant que mandataire de la liste de la FGD à Salé-Ville. / DR
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Quelles sont les raisons de ce retour au Maroc pour se présenter aux élections du 8 septembre ?

C’est un retour pour des raisons politiques. Depuis 2011, le printemps arabe et le Mouvement du 20 février (M20F) où j’étais pleinement impliqué, il y a eu une dynamique qui mettait l’accent sur la question des droits du citoyen mais sacrifiait énormément les droits économiques, sociaux, la question des inégalités. La question du droit s’est renforcée mais en même temps, celle des droits sociaux des citoyens s’est dégradée, à l’opposé des revendications du Mouvement du 20 février. Quelque chose n’allait pas.

Je suis parti au moment où je voyais la montée assez puissante de la société civile avec un point de vue totalement libéral. J’ai quitté le Maroc pour faire des études en sociologie, en lien avec la question des mouvements sociaux, le terrain et l’enquête permanente. Ces enquêtes étaient menées sur des situations de mouvements sociaux, comme la Syrie, l’Irak de 2011, la question du Hirak en 2016… Même si j’étais parti pour faire des études, j’avais toujours l’envie et la volonté de mener des études en lien avec la politique et ce qui se passe en termes de mobilisation sociale.

Aujourd’hui, l’idée pour moi après avoir accompli mes études et surtout après avoir eu quelques réponses par rapport à la situation des mouvements sociaux, est de revenir pour reprendre la politique au sens direct, c’est-à-dire ce contact avec les gens et les questions d’enquête par le biais de la politique. Il s’agit aussi de m’impliquer pour ma ville et essayer de raviver ce qui a été déjà relancé par Omar Balafrej, Ali Bouabid et un nombre de jeunes militants.

Pourquoi avoir choisi de se présenter sous les couleurs de la Fédération de gauche démocratique (FGD) ?

Depuis 2012, j’ai pris mes distances avec l’USFP en tant que structure à cause de certaines difficultés. Les USFPistes du 20 février était très mal vus au sein de la structure partisane et il y avait déjà une crise des 20 Févrieristes à l’intérieur du parti, qui a donné lieu à une rupture.

Depuis, certains d’entre nous ont intégré le PSU, d’autres ont rejoint le CNI. Le rêve était celui de créer un parti de gauche marocain et cela a constitué une vision centrale de ceux ayant quitté le parti de la Rose. Aujourd’hui, nous nous retrouvons au sein de la FDG car elle représente la vision gauchiste en politique et a toujours été, avec la CDT, aux côtés du M20F, du Hirak du Rif, des prisonniers politiques et des ouvriers travailleurs.

Quels sont les dossiers que vous souhaitez aborder et y apporter votre contribution ?

Mon retour n’est pas définitif. Je continue à donner des cours en sociologie et à être enseignant en France et aussi en Belgique où je suis chercheur à l’Université catholique de Louvain. C’est donc un retour conscient de ce qu’est la crise des Marocains résidant à l’étranger et de ce qu’ils vivent à l’étranger. J’espère représenter la communauté des Marocains du monde dans cette campagne électorale. J’estime qu’il est honteux de constater que les lois n’autorisent toujours pas les Marocains à l’étranger à se présenter aux élections et à y être représentés depuis leurs pays de résidence.

Cela découle, à mon avis, d’un calcul politique assez répressif et qui veut tout contrôler. On pense peut-être qu’en organisant des élections là-bas aussi que les résultats ne seront pas assez contrôlables.

Pour moi, il faut vraiment en parler, surtout dans la situation de crise sanitaire actuelle. Les MRE en souffrent énormément mais leurs intérêts sont complètement piétinés. Je donne l’exemple du fait qu’ils étaient empêchés de se rendre au Maroc et d’y enterrer leurs morts, au grand dam de la tradition qui date de plusieurs décennies. En Belgique, les MRE payent une assurance pour avoir droit à un enterrement digne ici au Maroc. J’ai l’impression qu’on leur confisque tous les droits sauf celui d’envoyer de l’argent à leurs familles ici.

La question de la représentation est essentielle pour les MRE, surtout qu’ils ont le sentiment d’une double-absence. Je rappelle que beaucoup de Marocains du monde sont absents politiquement, ceux n’ayant pas la nationalité ne peuvent pas voter dans leurs pays de résidence.

Quelles démarches faut-il suivre justement pour rétablir cette injustice et permettre aux MRE de se présenter et de voter aux élections se déroulant au Maroc ?

Je pense qu’il est nécessaire que les MRE puissent se présenter aux élections au Maroc, quand ils le peuvent, même s’il faut renter jusqu’au bled afin de porter la voix de leurs frères et leurs sœurs résidant à l’étranger.

Personnellement, je suis motivé et animé par cette volonté de porter une voix d’opposition et de critiquer les formes de lois liberticides. La seule situation légale que j’ai trouvée est de compter sur ma double-résidence au Maroc pour pouvoir venir me présenter ma candidature ici.

Je porte en moi la question des MRE, des migrants et des travailleurs marocains à l’étranger, leurs souffrances et les discriminations qu’ils subissent et la nécessité de défendre leur voix et leurs droits. Je me présente donc en tant que Marocain Slaoui mais aussi en tant que MRE, ayant des enfants en France et subissant cette exclusion du champ politique marocain.

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