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Le Maroc rejoue la carte kabyle face à l’Algérie

Depuis la tribune virtuelle du Mouvement des Non Alignés, le royaume a plaidé l’autodétermination du peuple kabyle. La dernière fois que le Maroc officiel a joué cette carte remonte à 2015 à l’ONU.

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Après six années de modération sur la question kabyle, les officiels marocains remette le dossier sur la table. Ainsi, le présentant permanent du Maroc aux Nations unies, Omar Hilale, a plaidé les revendications du peuple kabyle dans sa réponse à l'intervention du nouveau ministre des Affaires étrangères, Ramtane Lamamra, largement en faveur du Polisario, durant le débat général de la réunion ministérielle du Mouvement des Non Alignés (MNA), tenu en format virtuel les 13 et 14 juillet.

Le diplomate marocain a pointé du doigt les contradictions de l’Algérie qui «se dresse en fervent défenseur du droit à l’autodétermination» mais «refuse ce même droit au peuple Kabyle, l’un des peuples les plus anciens d’Afrique, qui subit la plus longue occupation étrangère». L’ambassadeur Hilale a ajouté que «l’autodétermination n’est pas un principe à la carte. C’est pourquoi le vaillant peuple Kabyle mérite, plus que tout autre, de jouir pleinement de son droit à l’autodétermination».

Depuis la même tribune virtuelle, mercredi 14 juillet, Lamamra s'est fait l’avocat des positions du Polisario, appelant l’ONU à «lancer un processus politique crédible entre les deux parties au conflit, dans le but de parvenir à une solution politique juste et durable qui assurera l'autodétermination du peuple de la République sahraouie, membre fondateur de l'Union Africaine (UA)».

Une dernière fois qui remonte à 2015 à l’ONU

Si l’Algérie a fait de la question Sahara occidental l’axe prioritaire de sa diplomatie, ce n’est guère le cas pour le Maroc officiel avec la carte kabyle, qu'il agite de manière sporadique pour ensuite la reléguer aux oubliettes. Il faut remonter à octobre 2015 pour retrouver une référence à ce dossier dans un discours d’un représentant du royaume, dans le cadre du conflit avec le voisin de l’Est. La commémoration à New York du 70ème anniversaire de la création des Nations unies avait donné l’occasion à un diplomate marocain d'affirmer que «l’un des plus anciens peuples de l’Afrique continue d’être privé de son droit à l’autodétermination», soulignant qu’il est «regrettable que les aspirations légitimes du peuple autochtone de la Kabylie, fort de huit millions de personnes et vieux de 9 mille ans, soient toujours bafouées au 21ème siècle. Ses droits humains sont violés au quotidien, ses représentants légitimes sont persécutés et ses leaders sont pourchassés, y compris quand ils sont en exil».

Le même plaidoyer avait été réitéré quelques jours après par un autre diplomate marocain, à l’occasion des travaux de la 3ème commission de l’ONU. Une instance qui traite justement des questions relatives à la protection des populations autochtones et au droit à l'autodétermination.

A l’exception de ses deux interventions et celle de Omar Hilale ce jeudi 15 juillet, les responsables marocains évitent de soutenir publiquement les revendications autonomistes des amazighes de la Kabylie. Pire, des instructions avaient même été données aux voix officielles afin d’observer le silence vis-à-vis du Hirak algérien en 2019. L’ancien président de la CGEM, Salaheddine Mezouar, avait payé un lourd tribut pour quelques mots de solidarité avec le peuple algérien, prononcés à l’occasion d’un forum international organisé à Marrakech en octobre 2019.

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