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Ceuta et Melilla : Vox demande la protection de l’OTAN, Madrid ne s’y oppose pas

Après s’être assuré que Ceuta et Melilla sont considérées comme «frontières» de l’UE, Vox lorgne désormais le parapluie de l’OTAN pour les deux villes. Le gouvernement espagnol ne s’oppose pas à une telle demande et dit même travailler sur «un concept stratégique» qu’il soumettra au prochain sommet de l’Alliance.

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A la faveur de la crise diplomatique avec le Maroc, Vox a exhumé une vieille revendication, portée par des figures de la classe politique en Espagne. La formation d’extrême droite a demandé au gouvernement de coalition de gauche que préside Pedro Sanchez, d’intégrer Ceuta et Melilla dans le dispositif sécuritaire de l’OTAN. Une adhésion qui permettrait d’assurer «une protection» aux deux villes face à d’éventuelles attaques du Maroc, a estimé le porte-parole de Vox à la Chambre des représentants.

Dans sa réponse, la ministre des Affaires étrangères a expliqué que «durant les derniers mois, l’Alliance atlantique a identifié avec clarté les risques auxquels nous faisons face et les a recueillis dans un document «OTAN 2020-2030». L’Espagne a appuyé ce rapport et prévoit de travailler pour sa mise en œuvre», a-t-elle souligné. Visiblement, les ambitions de voisin du nord ne se limitent pas à cet objectif. «A partir de ce document, nous comptons élaborer un concept stratégique dont nous espérons l'adoption par l’OTAN lors de son prochain sommet qui se tiendra en Espagne» au printemps 2022.

«Ce qui guidera les actions de l’Alliance du futur. Et comme vous le savez bien, ce sera aussi une garantie pour notre sécurité et notre défense», a précisé la cheffe de diplomatie.  Dans les mois à venir devraient donc être déclinées les grandes lignes de ce «concept stratégique» que devra proposer l’Espagne aux membres de l’OTAN.

Quand le PSOE s'opposait à placer Ceuta et Melilla sous la protection de l’OTAN

La requête de Vox ne constitue pas une surprise. Les fidèles de Santiago Abascal sont obsédés par des «attaques et invasions», civiles et militaires, en provenance du Maroc pour récupérer Ceuta et Melilla. En revanche, la nouveauté réside dans la réponse de Mme. Gonzalez qui n’a pas rejeté l’intégration de Ceuta et Melilla au sein de l’Alliance atlantique, brisant ainsi une entente entre le PSOE et le PP sur cette question.

Pour mémoire, en janvier 2012, les deux grands partis s’étaient opposés à la Commission de la Défense au sein de la Chambre des représentants lors de l’examen d'une proposition allant dans le même sens, signée alors par la petite formation d’Union et Démocratie. L’ancien député du PSOE et président de la région autonome de l’Andalousie, natif de Ceuta, Manuel Chavez, avait affirmé que cette approche «patriotique n'apporte rien» et de surcroît est «hors du temps». Son collègue du PP, Antonio Gutiérrez, né à Melilla, avait abondé dans son sens.

La protection de l’OTAN pour les deux enclaves espagnoles est une revendication qui suit les vissicitudes des relations avec le Maroc. Suite à une réunion houleuse avec le roi Hassan II, à Madrid en janvier 1978, Adolfo Suarez, le premier chef de gouvernement dans l’histoire de l’Espagne démocratique, avait parié sur une double adhésion de son pays à l’OTAN et la CEE (la Communauté économique européenne, ancêtre de l’Union européenne) pour assurer la défense de Ceuta et Melilla.

Depuis 1982, Madrid est membre de l’Alliance atlantique mais Ceuta et Melilla sont restées exclues. L’OTAN n’a pas traité l’Espagne sur le même pied d’égalité que le France. En effet, en 1949, l’organisation militaire avait intégré l’Algérie, alors sous colonisation française, dans le champ de son action.

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