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Abdelaziz Eladnany a gravi le sommet d’Imsfrane avec une seule jambe

Abdelaziz Eladnany n'a pas laissé son handicap l'empêcher de réaliser ses rêves. Grâce à sa persévérance, il a réussi à atteindre le sommet d’Imsfrane, culminant à 1 868 mètres d'altitude. Il envisage désormais d’autres sommets.

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En février, Abdelaziz Eladnany a réussi à atteindre le sommet d’Imsfrane, culminant environ de 1 868 mètres d'altitude. / DR
Temps de lecture: 3'

Abdelaziz Eladnany est un jeune homme à besoins spécifiques qui a refusé que son handicap soit un frein dans sa vie. Il a pourtant vécu des aventures difficiles depuis son accident tragique. En février de cette année, le jeune homme originaire de Casablanca a réussi à gravir le Mont Imsfrane (appelé aussi Cathédrale d’Imsfrane), haut de 1 868 mètres et situé près de Beni Mellal. Une aventure que certains trouveront ordinaire, mais qui représente plusieurs défis pour quelqu’un ayant perdu sa jambe à l'âge de quatre ans.

Le jeune homme de 26 ans raconte les moments où il a décidé de tenter cette aventure, décidée un peu par hasard. «Deux amis m’avaient proposé de faire un voyage à Imsfrane, sans me dire que nous allions gravir au sommet. Je pensais seulement camper dans la région», confie-t-il à Yabiladi. «Arrivés sur les lieux, ils m’ont alors demandé le lendemain si j’étais prêt à gravir le sommet», ajoute-t-il. Abdelaziz pensait que ses deux amis plaisantaient avec lui.

«J'avais peur parce que je n'étais pas prêt. Même les chaussures que je portais n'étaient pas adaptées pour gravir une montagne. En fait je ne savais pas ce qui m'attendait.»

Abdelaziz Eladnany

Une aventure pas comme les autres

Même si l’idée paraissait «folle», ses amis ont réussi à le convaincre d’accepter le défi. «Ils avaient gravi ce sommet plusieurs fois auparavant, donc c'était une simple formalité pour eux. Mais ils voulaient que je vive cette expérience et ils avaient tout prévu pour moi», se rappelle le jeune casablancais.

«C'est vrai que c'étaient des moments amusants, mais difficiles en même temps», ajoute-t-il sur un ton amusé. Car, une heure après avoir commencé l’aventure, Abdelaziz commence à ressentir douleur intense au niveau du dos et sa jambe. «J’ai dû m’arrêter», se remémore-t-il. Mais il n'a pas pensé à abandonner, même s'il est tombé plusieurs fois. «A chaque fois que mes amis sentaient que je ne pouvais pas continuer la route, ils me disaient : "Il ne reste plus grand-chose, seulement quelques minutes et nous arrivons". En réalité, nous n’avions même pas fait la moitié du chemin», ironise-t-il. Les trois amis n’arriveront au sommet qu’au bout de 6 heures. Et malgré tous les ennuis qu'il a rencontrés, atteindre le sommet a suffi à lui faire oublier toutes les péripéties traversées.

«C'était une sensation merveilleuse. J'ai regardé du haut du sommet vers le bas et je me suis demandé si je l’avais vraiment fait. Dès que je suis arrivé, j'ai détaché ma jambe prothétique et j'ai pris une photo en la tenant, car sans elle, je n'y serais jamais arrivé.»

Abdelaziz Eladnany

Un drame survenu en 1999

Le jeune homme réussit également à descendre du sommet sans incident, ce qui lui donne de l'enthousiasme pour de nouveaux sommets. Contrairement à la première fois, cet aventurier ne veut rien laisser au hasard et compte faire un plan. «Je vais commencer par les sommets faciles jusqu'à m'habituer avant de viser d’autres défis», confie-t-il.

Le jeune rappelle que ses parents n'étaient pas au courant du voyage d'Imsfrane. «Ma mère l'a découvert après que mes photos soient diffusées sur les réseaux sociaux. Elle était heureuse, mais j’ai jamais osé montrer les photos à mon père», regrette-t-il.

Cette peur de ses parents pour lui a commencé quand il avait quatre ans et se poursuit même s'il est trentenaire. En 1999, sa vie a changé à cause d’un accident de la circulation suite auquel sa jambe gauche a été amputée. «J'attendais le bus avec ma mère. Une fois arrivé, nous étions à peine montés à bord lorsque le chauffeur démarra. Nous sommes donc tombés au sol, et le bus a roulé sur ma jambe», se rappelle-t-il en partageant ce moment douloureux dont il se souviendra à jamais. Arrivé à l'hôpital, la mauvaise nouvelle tombe comme un couperet : sa jambe sera immédiatement amputée.

La situation sociale de la famille de Abdelaziz ne lui permettait pas de supporter les frais d'achat d'une prothèse. C’est finalement grâce à l'intervention d'un bienfaiteur qu’il l'obtint. «Nous ne connaissons pas cette personne, mais je lui en suis très reconnaissant», déclare le jeune aventurier, qui regrette le fait de n’avoir jamais eu une indemnisation suite à l'accident.

Un chômage forcé à cause du handicap

Durant cette période de sa vie, Abdelaziz a eu des difficultés à s'intégrer. «J'étais exclu d'un éventail d'activités. Je me considérais pourtant comme une personne normale et ayant des droits», regrette-t-il. «La chose la plus difficile est de s'isoler du monde, alors je ne me suis pas permis de tomber dans ce piège», enchaîne-t-il.

Le jeune homme pense qu’une part de responsabilité incombe aux parents, en estimant que la peur que certains développent vis-à-vis des enfants ayant des besoins spécifiques empêche toujours ceux-ci de mener une vie normale.

«Par peur et par le regard de la société sur moi, j'ai été privé des choses les plus simples, comme porter des sandales ou des shorts par exemple, ce que je n'ai pu faire qu'à 22 ans.»

Abdelaziz Eladnany

Mais comme plusieurs personnes à besoins spécifiques au Maroc, le jeune homme est confronté à un autre type de défis. Diplômé en graphisme, il est toujours en quête d’un emploi stable. «J'étais parmi les meilleurs élève à l'école, mais quand je suis invité à passer un entretien d'embauche, une question commune et qui se répète à chaque entretien : "Nous avons remarqué en entrant que vous avez du mal à marcher, avez-vous des blessures ?", me dit-on», poursuit-il. Lorsqu’il annonce son handicap, il constate un regard qui lui «dit tout» et continue de le tracasser. Une «déception» qui ne l’empêche pas toutefois de travailler en freelance de temps à autre, en attendant que sa quête puisse aboutir.

Article modifié le 2021/06/12 à 17h39

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